22.07.2008
Une bavure filmée fait scandale en Israël
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Israël/Palestine/Apartheid
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/19/des-militants-anti-apartheid-juifs-sud-africains-choques-par-leur-visite-en-cisjordanie-occupee_1075157_0.html
Des militants anti-apartheid juifs sud-africains "choqués" par leur visite en Cisjordanie occupée
LE MONDE | 19.07.08 | 14h19 • Mis à jour le 19.07.08 | 19h31
JÉRUSALEM CORRESPONDANT
Andrew Feinstein n'était jamais venu en Israël et dans les territoires palestiniens occupés. Sud-Africain et juif, il a perdu sa mère et ses dix frères et soeurs dans l'Holocauste. Il a été très impressionné par le mémorial de Yad Vashem et l'évocation d'Auschwitz, où a péri sa famille. Cet ancien député de l'ANC (African national Congress) a également été très marqué par ce qu'il a vu à Hébron : les colons qui insultent et jettent des pierres sur les Palestiniens, qui s'en prennent à cette délégation venue se rendre compte sur place de la réalité des choses. "Comment, au nom du judaïsme, peut-on se comporter de cette manière ? Comment peut-on transformer en ville fantôme un quartier commerçant arabe pour protéger quelques centaines de colons ?", s'interroge-t-il.
Avec un groupe de 22 Sud-Africains, défenseurs des droits de l'homme, membres de l'ANC, magistrats, journalistes, syndicalistes, écrivains, blancs, noirs, indiens, une dizaine de juifs, Andrew Feinstein a, pendant cinq jours, du 6 au 10 juillet, sillonné les territoires occupés de Hébron à Naplouse, en passant par Jérusalem et la "barrière de sécurité", rencontré des organisations de défense des droits de l'homme, visité Tel Aviv, tenté d'appréhender le conflit israélo-palestinien. Il ne s'agissait pas de trouver des solutions, ni de juger, encore moins de faire des comparaisons avec le régime de l'apartheid que tous ont connu et subi.
"Il n'est pas question de dénier à Israël le droit d'exister, mais je dois avouer que je suis choqué par ce que j'ai vu", déplore Geoff Budlender, lui aussi juif. Ce juriste a été frappé par l'extension de la colonisation, par "la façon de traiter un peuple comme s'il était de seconde classe, par les pesanteurs de l'occupation militaire et le contrôle de tous les aspects de la vie quotidienne des Palestiniens, par la séparation de plus en plus marquée de deux communautés".
Geoff Budlender se refuse à "faire l'analogie avec le système d'apartheid", estimant que ce n'est pas "approprié". Mais Barbara Hogan, qui a passé huit ans dans les prisons sud-africaines parce qu'elle protestait contre la ségrégation raciale, a été stupéfaite de constater qu'existaient en Cisjordanie des routes séparées pour les colons et pour les Palestiniens, que ces derniers devaient obtenir des permis de l'administration israélienne pour se déplacer, ce qui lui a rappelé le système des "pass" pour les Noirs en Afrique du Sud.
"Les non-Blancs vivaient dans des zones séparées, mais il n'y a jamais eu en Afrique du Sud de routes séparées, de "barrière de sécurité", de check-points, de plaques d'immatriculation différentes, de cantonnements dans des zones délimitées", s'étonne cette députée de l'ANC. "Tout cela est absurde et je me demande jusqu'où cela va aller, ce que ça va donner", s'interroge Barbara Hogan, qui se dit "choquée" par ce qu'elle a vu dans les rues de Hébron : "l'injustice, la haine, le désespoir". Elle se souvient de "la crainte dans les yeux des enfants", du silence régnant dans les rues du camp de Balata, à Naplouse. "Cette ville est assiégée. Les militaires contrôlent toutes les collines, tous les check-points. On ne peut pas entrer et sortir comme l'on veut. Cela n'a jamais existé en Afrique du Sud", ajoute Nozizwe Madlala-Routledge, ancienne vice-ministre de la santé et députée de l'ANC.
Ce qui a frappé ces vétérans de la lutte anti-apartheid est le poids de l'occupation, l'importance des restrictions et la volonté d'établir une séparation complète. "La présence de l'armée partout, ces files d'attente aux check-points, ces raids de soldats sont pour moi pire que l'apartheid. Cela ne fait aucun doute. C'est plus pernicieux, plus sophistiqué grâce aux ordinateurs, qui n'existaient pas à l'époque. Ce sont des méthodes déshumanisantes", insiste le juge Dennis Davis. Ce n'est pas son premier voyage et il trouve la situation "plus sombre qu'elle n'a jamais été". "J'ai l'impression que nous sommes en 1965 en Afrique du Sud, lorsque la répression s'est intensifiée après la condamnation de Nelson Mandela. Il a passé vingt-sept ans en prison. A Naplouse, Saïd Al-Atabeh (membre du Front populaire de libération de la Palestine, condamné à perpétuité pour des attentats perpétrés en 1977 et qui avaient fait un mort et des blessés) est incarcéré depuis trente et un ans. Après le jugement de Mandela, il a encore fallu vingt ans pour que des sanctions internationales soient imposées contre le régime de l'apartheid. Ici, je ne vois aucune solution en perspective", dit-il.
"Le bout du tunnel est plus noir que noir", renchérit Mondli Makhanya, rédacteur en chef du Sunday Times, l'hebdomadaire dominical le plus populaire d'Afrique du Sud, avant d'ajouter : "Nous, nous savions qu'un jour, cela allait se terminer, que les lois de l'apartheid allaient disparaître. Ici, ce n'est pas codifié, c'est l'occupation qui fait que le Palestinien est un être de seconde zone."
Le terme d'"apartheid", considéré comme un outrage en Israël, est utilisé avec précaution par ces hommes et ces femmes qui se souviennent qu'il n'y a pas si longtemps, ils étaient encore qualifiés de "terroristes" par le gouvernement blanc sud-africain, rappelle Barbara Hogan. Ils se refusent aussi à parler de "racisme", de "colonialisme", "car nous ne sommes pas là pour juger mais pour nous informer", se défend Geoff Budlender, qui se déclare surpris de constater que "les Palestiniens veulent encore croire à une solution". "Mais, ajoute-t-il, lorsque vous voyez ce chapelet de colonies sur la route de Naplouse et que vous vous heurtez partout au "mur de séparation", on se dit que cela ne va pas être simple."
Dans l'est de la Cisjordanie, la petite troupe de Sud-Africains s'est rendue à Biddo, à Bilin et à Budrus pour voir de près à quoi ressemble la "barrière de sécurité" dont Dorit Beinisch, président de la Cour suprême, leur avait dit qu'elle avait permis d'éliminer les attentats-suicides. A peine sur place, le groupe a été prié de reculer à bonne distance par des militaires israéliens arrivés immédiatement à bord de jeeps. "Si vous ne vous dispersez pas, cela sera considéré comme une manifestation et nous devrons agir en conséquence", a lancé au mégaphone le plus gradé. Les Sud-Africains sont repartis écouter les responsables des villages qui leur ont raconté de quelle manière ce qu'ils appellent le "mur de l'apartheid" avait "pourri" leur vie. "Je comprends parfaitement la peur des juifs, mais elle ne peut justifier ce qui se passe", conclut Andrew Feinstein avant d'ajouter : "Et je trouve très triste que cela se fasse au nom du judaïsme."
Michel Bôle-Richard
Article paru dans l'édition du 20.07.08
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Exemple à suivre
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/07/22/a-tricastin-une-riveraine-porte-plainte-contre-x-apres-la-fuite-d-uranium_1076115_3244.html
Au Tricastin, une riveraine porte plainte contre X après la fuite d'uranium
LEMONDE.FR avec AFP | 22.07.08 | 16h53 • Mis à jour le 22.07.08 | 17h13
Une riveraine du site nucléaire de Tricastin, où une fuite d'uranium s'est produite début juillet, a décidé de porter plainte contre X, vendredi 18 juillet à la gendarmerie de Bollène dans le Vaucluse, a révélé Le Parisien dans son édition de mardi. Elisabeth Serinian, mère de deux enfants, habite à quelques centaines de mètres de La Gaffière, l'un des cours d'eau dans lequel des effluents uranifères se sont déversés lors de la fuite survenue sur le site de la Socatri, filiale d'Areva, spécialisée dans l'assainissemnent et la récupération de déchets nucléaires. La société Socatri estime que 18 tonnes d'effluents se sont déversées à l'extérieur d'un bassin de rétention et que 75 kg d'uranium ont coulé dans le cours d'eau qui traverse le site. Les teneurs en uranium y demeurent supérieures à la normale.
"NE PLUS POUVOIR UTILISER L'EAU, CE N'EST PAS NORMAL"
"Il y a un préjudice matériel et financier indéniable", a expliqué Mme Serinian, dont la maison est alimentée en eau directement par la nappe phréatique aujourd'hui encore suspecte."Du jour au lendemain, ne plus pouvoir utiliser l'eau, ne plus pouvoir se laver, ce n'est pas normal", a-t-elle déclaré, affirmant avoir enregistré des relevés avoisinant parfois les 70 microgrammes/litre d'uranium dans son puits privatif, alors que le seuil de potabilité fixé par l'Organisation mondiale de la santé est de 15 microgrammes/litre.
Cette plainte est une première, mais les habitants du quartier sont déjà regroupés dans une association, "Les Riverains de la plaine", qui réfléchit actuellement à une éventuelle action en justice. L'association devrait prendre sa décision à l'issue d'une réunion, dans les jours prochains, avec des représentants de l'usine Areva-Socatri.
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21.07.2008
consommation et publicité
lu sur univers-nature.com :
Audi accusé d’avoir détourné l’étiquette énergie
Les constructeurs automobiles font partie des plus importants annonceurs publicitaires. Si pour les modèles à faible consommation et/ou émissions de CO2, les messages diffusés ne posent généralement pas de problème, il n’en va pas de même pour les véhicules haut de gamme et autres 4x4 au bilan écologique nettement plus négatif (1).
C’est notamment le cas d’une publicité pour le haut de gamme A8, de la marque Audi, qui détourne l’étiquette officielle informant sur le niveau de consommation de carburant et d’émission de CO2, dont la gestion est confiée à l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME).
Publiée, selon la FNAUT (Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports), sur différents médias papier dont le quotidien Le Monde (une pleine double-page, dans l’édition du 22 avril 2008), la publicité met en avant une version particulière de l’étiquette officielle. Celle-ci apparaît en effet avec un code couleur inversé et le message 'Nos cylindrées les plus puissantes ont progressé. Certaines ne dépassent même pas les 200.' en lieu et place des seuils émissions de CO2.
La double page de publicité insérée dans le quotidien Le Monde
Au-delà de l’inversion du code couleur, déjà sujette à confusion, le pluriel de la dernière phrase sous-entend que plusieurs motorisations de la gamme A8 ne dépassent pas le seuil des 200 gr de CO2 par kilomètre. Or, une rapide consultation du site internet de la marque (2), où le visuel de l’étiquette détournée est également visible, montre que seul un modèle ne dépasse pas ce volume théorique : l’Audi A8 2,8 FSI efficiency. Si cette voiture se 'limite' à 199 gr de CO2/km, les autres modèles atteignent un minimum de 227 gr de CO2/km pour culminer à 353 gr de CO2/km avec l’A8 W12 de 450 ch, un des véhicules les plus polluants sur le marché…
Considérant que tout est fait pour donner au consommateur l’impression que les véhicules Audi de la gamme A8 ont atteint un maximum de performance écologique, la FNAUT vient de déposer plainte contre le constructeur, pour 'publicité fausse ou de nature à induire en erreur' auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris. Par ailleurs, la fédération souhaite que la justice permette aussi d’identifier le cabinet de communication auteur de la publicité, lequel pourrait ainsi être également poursuivi pour complicité par 'fourniture de moyens'.
En tant que partie civile, la FNAUT demande principalement la diffusion, sur les mêmes supports, d’un message indiquant que 'les grosses cylindrées d’Audi restent des véhicules très polluants au regard de la classification ADEME-France.'
A noter que cette plainte fait suite à celle déposée contre le constructeur Saab, pour une publicité présentant sa gamme 9.3 bimode éthanol-essence comme étant 'verte', 'plus écologique', 'plus économique' et le bioéthanol comme étant un 'carburant naturel'.
Pascal Farcy
1- Voir, entre autres, les articles :
- Automobile : étiquette énergie obligatoire et crédit d’impôt;
(http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=2256)
- Lancement d’un observatoire de la publicité.
(http://www.univers-natur.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=2683)
2- Voir le visuel incriminé sur le site du constructeur.
Nota bene : N'importe qui, souhaitant réagir à une publicité, à la possibilité de contacter le BVP : directement sur Internet :
http://www.bvp.org/frehidden/annexes/reagissez-a-une-pub.html
ou par courrier au : BVP - 11 rue Saint Florentin - 75008 PARIS
16:20 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20.07.2008
les OGM : culture illégale de maïs transgénique, un cas connu, combien d'inconnus ?
lu sur univers-nature.com :
La culture du maïs transgénique MON810 est interdite en France depuis le début de l’année 2008. Néanmoins, la semaine dernière une forte suspicion de plantation de ce maïs OGM a été rendue publique par des associations, dans le Tarn et Garonne sur la commune de Lafrançaise. Cette découverte intervenant à quelques jours du début de la floraison du maïs et, donc, des risques de contamination des cultures traditionnelles par le pollen des plantes OGM, les associations (Confédération paysanne, Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique, Greenpeace, Amis de la Terre, Nature et Progrès) ont déposé une plainte en référé auprès du tribunal de grande instance de Montauban, le 10 juillet, pour faire respecter la loi et détruire les OGM.
Sans attendre les résultats des prélèvements effectués les 11 et 15 juillets, de sa propre initiative l’agriculteur visé, qui risque jusqu’à 150 000 € d’amende et 2 ans de prison, a procédé à la destruction d’une partie de ses cultures. Rendu public aujourd’hui, le résultat des prélèvements confirme la présence du maïs MON810 de Monsanto sur 6 des 7 parcelles analysées par le Service Régional de la Protection des Végétaux (SRPV), de la Direction Régionale de l’Agriculture et de la Forêt (DRAF). En conséquence, l’exploitant a procédé à la destruction des parcelles restantes, y compris celle indemne d’OGM, conformément à la demande de la préfecture du Tarn et Garonne.
Même si les cultures présentes sur ces parcelles ont été broyées selon le protocole technique prévu dans ce cas de figure, un périmètre de sécurité de 300 m a été mis en place. Dans cet espace, les éventuelles repousses d’OGM vont être surveillées pour être déracinées. Des analyses visant à détecter une éventuelle contamination, sur la flore et des ruches, seront également menées.
Si l’aspect environnemental semble être clos, le côté juridique reste à venir. Officiellement, l’agriculteur qui a semé ce maïs, qu’il avait en stock depuis une année, tombe sous le coup de la loi. Toutefois, sa situation économique professionnelle qui semble l’avoir poussé à ne pas jeter ses semences pour les semer malgré l’interdiction, son poste de brancardier à l’hôpital de Montauban pour réussir à boucler des fins de mois difficiles, et son anticipation des mesures de broyage de ses cultures OGM pourrait lui valoir une certaine clémence de la justice.
Pascal Farcy
08:41 Publié dans nature/environnement/santé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.07.2008
le nucléaire et l'appât du gain
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/15/washington-aurait-obtenu-la-destruction-de-pieces-du-dossier_1073483_0.html
Washington aurait obtenu la destruction de pièces du dossier
LE MONDE | 15.07.08 | 14h45
GENÈVE CORRESPONDANCE
Andreas Müller, le juge d'instruction fédéral suisse chargé du dossier Tinner, ne cache pas son dépit devant une affaire qu'il estime extraordinaire : "Nous sommes devant un paradoxe : normalement, au cours d'une enquête, les soupçons devraient devenir plus concrets. Or, là, c'est le contraire qui arrive puisque certaines preuves ont disparu."
En mars 2008, lorsque le ministère public de la Confédération helvétique lui transmet le dossier, après presque quatre ans d'enquête préliminaire, le juge découvre qu'il manque un certain nombre de pièces, référencées en annexe. A l'époque, il n'obtient pas toutes les explications qu'il souhaite. Mais après une fuite dans la presse suisse alémanique, Pascal Couchepin, le président de la Confédération, est contraint, le 23 mai, de reconnaître que ces pièces - "des plans détaillés pour la fabrication d'armes nucléaires, de centrifugeuses à gaz permettant d'obtenir de l'uranium enrichi nécessaire à cette fin, ainsi que des systèmes de guidage de missiles" - ont été détruites sur décision gouvernementale, fin 2007. Après consultation avec l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) et sur injonction des Etats-Unis, selon plusieurs informations.
Comment, dans ces conditions, poursuivre l'enquête et justifier l'interminable maintien en détention provisoire d'Urs et Marco Tinner, presque quatre ans pour le premier et trois ans pour le second ? En mai, le juge Müller a répondu positivement à leur demande de remise en liberté. "La détention provisoire doit être proportionnelle à la peine encourue. Or il est impossible de savoir quelle sera cette peine puisque des preuves ont été supprimées", explique-t-il.
Mais, sur demande du ministère public, le tribunal pénal fédéral a rejeté ces arguments, invoquant le risque de fuite et de collusion. Les avocats des Tinner ont fait appel auprès du Tribunal fédéral, la juridiction suprême suisse.
En attendant, Andreas Müller continue à marcher sur des oeufs, bien conscient de la dimension explosive du dossier : "J'enquête uniquement sur le volet de la prolifération nucléaire. La possible collaboration des Tinner avec des services secrets étrangers ne me concerne pas", souligne-t-il, rappelant que le Conseil fédéral a refusé, en août 2008 - là encore pour des raisons obscures -, que les prévenus soient inculpés d'espionnage militaire et d'actes exécutés pour un Etat étranger.
Le magistrat suisse, qui n'a pas encore interrogé les Tinner père et fils, étudie pour le moment des classeurs et des classeurs de procès verbaux d'interrogatoires effectués au cours des dernières années, et ne veut faire aucun pronostic sur la date du procès.
Agathe Duparc
Article paru dans l'édition du 16.07.08
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http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/07/15/des-suisses-au-dessus-de-tout-soupcon_1073482_3214.html
Enquête
Prolifération nucléaire : des Suisses au-dessus de tout soupçon
LE MONDE | 15.07.08 | 13h29 • Mis à jour le 15.07.08 | 14h45
GENÈVE CORRESPONDANCE
Au bout du fil, la voix est polie, mais ne laisse aucun espoir. "Nous n'avons rien à dire. Pas maintenant." Depuis plusieurs années, derrière les murs de sa maison de la petite ville suisse de Haag, dans la vallée du Rhin, près de la frontière du Liechtenstein et de l'Autriche, Hedwig Tinner est ainsi chargée de repousser les appels téléphoniques inopportuns.
Il y a encore cinq ans, Mme Tinner menait l'existence paisible d'une notable de Suisse orientale. Elle nage aujourd'hui en plein film d'espionnage et drame familial. Ses deux fils, Urs, 43 ans, et Marco, 40 ans, attendent leur procès en prison. Le premier a été arrêté en Allemagne en octobre 2004, puis extradé en Suisse en mai 2005. Le second a été appréhendé en septembre 2005. Quant à son mari, Friedrich, 72 ans, un ingénieur en mécanique, il a passé quelques mois en détention puis a été libéré en 2006 en raison de son âge.
Les Tinner, père et fils, sont soupçonnés d'avoir travaillé pour le réseau de contrebande nucléaire du scientifique Abdul Qadeer Khan - le "père de la bombe atomique pakistanaise", aujourd'hui en résidence surveillée dans son pays -, en particulier entre 2001 et 2003 pour aider la Libye à se doter de l'arme atomique. Ils sont inculpés pour violation de la législation sur le matériel de guerre et le contrôle des biens et pour blanchiment d'argent.
Mais il y a plus inquiétant et obscur. Selon les enquêteurs, le trio aurait été en possession des plans d'une arme nucléaire de nouvelle génération, plus compacte, pouvant être adaptée à des têtes de missiles comme en possèdent l'Iran et la Corée du Nord. Révélé à la mi-juin 2008 par David Albright, un ancien inspecteur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) aujourd'hui à la tête de l'Institute for Science and International Security (ISIS), ce scénario donne des sueurs froides aux spécialistes de la prolifération nucléaire. La question étant de savoir si ces plans sont tombés entre d'autres mains avant que les autorités suisses ne les confisquent en 2004 sur les ordinateurs des Tinner et ne les détruisent en 2007. Et, pour embrouiller encore l'affaire, des éléments attestent que la famille collaborait avec la CIA (Agence centrale de renseignement américaine), voire avec d'autres services secrets.
Comment les Tinner, citoyens respectés du district de Werdenberg, dans le canton de Saint-Gall, se sont-ils retrouvés englués dans une telle histoire ? Dans les années 1970, Friedrich, le père, travaille à la Vakuum Apparat Technik (VAT), une entreprise de haute technologie spécialisée dans la technique du vide, comme il en existe plusieurs dans la région, alors appelée la "vallée du vide". VAT fabrique des composants qui entrent dans la fabrication des centrifugeuses qui peuvent servir à l'enrichissement de l'uranium et ainsi permettre la fabrication d'une bombe atomique.
En 1976, l'ingénieur Tinner fait la connaissance d'Abdul Qadeer Khan, venu dans la région pour prospecter. Avec son épouse, celui-ci sera plusieurs fois reçu chez les Tinner. Dans un récent entretien à NZZ am Sonntag, le Dr Khan décrit ses amis suisses comme des "personnalités totalement droites, honnêtes et compétentes", pour lesquelles il dit être prêt "à mettre sa main au feu".
C'est plutôt l'inverse qui semble s'être passé. En 1980, Friedrich Tinner est licencié de la VAT pour avoir voulu vendre des pièces sensibles au Pakistan. En 1981, il crée la Cetec, petite entreprise familiale qui deviendra la PhiTec. C'est dans un cadre idyllique, une vallée, riante l'été et enneigée l'hiver, où coule le Rhin, surplombée par une barre de montagnes, que sont fabriquées des soupapes à vide et valves de décompression appartenant à la catégorie des produits dits "à double usage", civil et militaire. Certains Etats en ont grand besoin pour leurs programmes nucléaires secrets.
A ses heures de détente, Friedrich Tinner est un citoyen modèle. Il présidera un temps le Parti radical démocrate (la droite bourgeoise) du district, et est à la tête de la société locale chargée de l'eau et de l'électricité, alors que sa femme est membre du conseil de l'Eglise réformée. C'est aussi un radio-amateur passionné (matricule HB9AAQ) qui converse avec des correspondants du monde entier grâce à une immense antenne installée sur son toit et part en expédition à l'autre bout du monde.
A la fin des années 1980, alors qu'Urs et Marco ont rejoint l'entreprise familiale, les tracasseries commencent. En 1990, puis en 1996, alertée par l'AIEA qui détient une liste mondiale d'ingénieurs suspects, Berne procède à quelques contrôles. Une enquête préliminaire est ouverte en 1996, alors que PhiTec s'apprête à vendre en Irak, via la Jordanie, des valves destinées à des centrifugeuses. Friedrich Tinner passe à travers les gouttes, expliquant qu'il ne connaissait pas leur destination finale. "Nous essayerons d'apprendre", promet-il dans la presse locale. Mais, en février 2004, une enquête de la police de Malaisie, conduite à la demande de la CIA et des services secrets britanniques, provoque la chute des Tinner. Juste un an après la saisie dans un port italien de cinq conteneurs de composants destinés au programme nucléaire libyen. Les composants provenaient d'une petite usine malaisienne, la Scope, établie à 25 kilomètres de Kuala Lumpur. Le rapport malaisien, encore disponible sur Internet, explique qu'en 2002 Urs Tinner a été engagé comme consultant technique pour Scope par un Sri-Lankais, Buhary Tahir, proche du Dr Khan. Il supervise la fabrication de composants dont des robinets et soupapes destinés à Tripoli. Il organise l'importation de machines-outils, en faisant appel à son père et à son frère. En octobre 2003, juste avant la saisie des conteneurs, il quitte la Malaisie. Il sera arrêté un an plus tard en Allemagne.
Dans une décision de la justice suisse d'octobre 2007 qui refuse sa mise en liberté, Urs Tinner affirme avoir aidé les autorités américaines à détecter et démanteler le réseau nucléaire libyen, sans donner plus de détails. Selon l'inspecteur David Albright, si les Tinner, approchés dès 2000 par la CIA, ont probablement collaboré sur la Libye, ils auraient déçu la CIA "en omettant de parler des plans d'armes atomiques (trouvés sur leurs ordinateurs)", estime l'ancien de l'AIEA.
Etant simplement apprenti mécanicien - c'est son seul diplôme -, Urs n'avait pas le profil du trafiquant nucléaire et de l'agent double de la CIA, malgré son amour des Porsche et son goût pour l'argent. Au milieu des années 1990, il cherche plutôt à s'émanciper d'un père trop autoritaire. Mais rien ne lui réussit.
Selon le Wirtschaft Regional à Vaduz, il ouvre un magasin de poissons rouges et animaux domestiques puis, en 1998, s'exile à Dubaï pour vendre des sodas. C'est là qu'il tombera sur le fameux M. Tahir, qui collabore maintenant avec l'AIEA. Quant à Marco Tinner, resté dans l'ombre du pater familias, son rôle reste obscur. A la tête de Traco, société commerciale logée dans les mêmes bâtiments que PhiTec, il aurait géré les flux financiers via le Liechtenstein.
Agathe Duparc
Article paru dans l'édition du 16.07.08
14:25 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les femmes dans la société
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/17/le-deuxieme-sexe-par-josyane-savigneau_1074415_0.html
Chronique
"Le Deuxième Sexe", par Josyane Savigneau
LE MONDE | 17.07.08 | 13h25
l aura 60 ans en 2009 et n'a pas cessé de susciter, dans de nombreux pays, commentaires, études, controverses. Ce n'est pas une personne, mais un gros livre - quelque mille pages -, Le Deuxième Sexe, de Simone de Beauvoir (1908-1986). Comment le comprendre ? Comment trouver son propre chemin dans ce texte, dans les milliers de débats et d'essais qui lui ont été consacrés depuis sa parution, en 1949, en deux volumes - en juin et décembre ?
Est-il un texte fondateur, une bible du féminisme contemporain, "le Mouvement d'avant le Mouvement", comme l'a souligné la philosophe Michèle Le Doeuff ? "A des revendications éparses, ce livre va donner de l'unité et de l'éclat, et surtout fournir un substrat philosophique, un appui conceptuel", écrit Danièle Sallenave dans son récent Castor de guerre (Gallimard). Quant à Michel Kail, dans Simone de Beauvoir philosophe (PUF, 2006), il fait état de témoignages de nombreuses lectrices ayant eu par ce livre "une révélation de leur situation". "Révélation qui les a touchées dans leur singularité tout en leur faisant prendre conscience du sort commun réservé à toutes les femmes. Communauté que Le Deuxième Sexe interdisait de penser comme celle d'une essence, d'une féminitude, mais bien comme celle d'une situation partagée."
La fameuse phrase "On ne naît pas femme, on le devient", qui résume l'opposition entre "féminitude" et "situation", est au coeur de la contestation. Les féministes dites différentialistes, qui exhortent les femmes, censées être dotées de qualités propres à leur sexe, à faire entendre leur "différence", récusent en bloc les théories du Deuxième Sexe, tout particulièrement l'analyse de Beauvoir sur la maternité et le piège qu'elle a souvent, selon elle, constitué pour les femmes.
Certaines l'accusent d'être misogyne et de refuser la féminité. Peut-être l'ont-elles lue avec trop peu d'attention pour remarquer cette phrase : "Renoncer à sa féminité, c'est renoncer à une part de son humanité." D'autres estiment seulement que ce livre est "dépassé". Beauvoir s'en est expliquée, dans de nombreux entretiens et dans Tout compte fait ("Folio", Gallimard, n° 1022) : "Je pensais que la condition féminine évoluerait en même temps que la société. J'écrivais : En gros nous avons gagné la partie. (...) Non, nous n'avons pas gagné la partie. (...) La révolution sociale ne suffira pas à résoudre nos problèmes. Ces problèmes concernent un peu plus de la moitié de l'humanité : je les tiens à présent pour essentiels." Elle se déclare alors résolument féministe, et militera sans relâche aux côtés de ses cadettes.
Pour juger ces interprétations, il faut prendre le temps de lire les deux tomes du Deuxième Sexe ("Folio essais" n° 37 et n° 38), le premier traitant des "faits et des mythes" à propos des femmes, et le second de "l'expérience vécue". Le dernier chapitre a pour titre "La femme indépendante". Cette idée, en 1949, était propre à provoquer colères et moqueries. Et plus encore le chapitre "La lesbienne". Ou bien cette phrase de la préface : "Si la "question des femmes" est si oiseuse, c'est que l'arrogance masculine en a fait une "querelle"." Dès la publication d'extraits dans la revue de Sartre Les Temps modernes, des hommes se sont déchaînés. On a connu François Mauriac plus raffiné que dans sa déclaration à un collaborateur des Temps modernes : "Désormais je sais tout sur le vagin de votre patronne." Quand le livre paraît, le même Mauriac écrit dans Le Figaro : "Nous avons atteint les limites de l'abjection. C'est l'Ipéca qu'on nous ingurgitait quand nous étions enfants pour nous faire vomir." Albert Camus, pourtant encore ami de Sartre et de Beauvoir, estime que ce livre "déshonore le mâle français".
UNE FEMME AMOUREUSE
De tous côtés, Beauvoir est insultée, dénigrée, d'une manière qui, aujourd'hui, susciterait probablement des procès. Elle le relate dans La Force des choses ("Folio" n° 764 et n° 765). Même les hommes qui l'ont défendue avaient souvent un ton d'un paternalisme peu plaisant. Les communistes, eux, affirmaient que ce texte, écrit par une bourgeoise intellectuelle, était inutile, car il ne pouvait rien apporter aux ouvrières. Comme souvent lorsqu'une femme prend la parole et s'affirme contre les conventions, on a aussi accusé Beauvoir d'être une frustrée, une mal-baisée.
C'est pourtant une femme de 39 ans, amoureuse, qui a entrepris en 1947 ce travail. Elle vivait alors une histoire qu'elle a qualifiée de magique avec le romancier américain Nelson Algren, dont témoigne leur correspondance, Un amour transatlantique. 1947-1964 ("Folio" n° 3169).
Elle a raconté dans La Force des choses comment était né ce projet, lors d'une conversation avec Sartre en juillet 1946. Elle était alors tentée par l'autobiographie - Le Deuxième Sexe porte trace de ce désir. "Je m'avisais qu'une première question se posait : qu'est-ce que ça avait signifié pour moi d'être une femme ? (...) "Pour moi, dis-je à Sartre, ça n'a pour ainsi dire pas compté. - Tout de même vous n'avez pas été élevée de la même manière qu'un garçon : il faudrait y regarder de plus près." Je regardais et j'eus une révélation ; ce monde était un monde masculin, mon enfance avait été nourrie de mythes forgés par les hommes et je n'y avais pas du tout réagi de la même manière que si j'avais été un garçon. Je fus si intéressée que j'abandonnais le projet d'une confession personnelle pour m'occuper de la condition féminine dans sa généralité."
Moins de trois ans plus tard, le livre était terminé. Jacques-Laurent Bost, auquel il est dédié, en avait trouvé le titre. En une semaine, 20 000 exemplaires du tome 1 étaient vendus. Succès de scandale. Puis, au fil du temps, succès planétaire. Et si, en ce début de XXIe siècle, Le Deuxième Sexe est lu et relu, commenté et contesté, si l'on entreprend de nouvelles traductions, c'est certainement parce qu'il pose - comme toute la vie et l'oeuvre de Simone de Beauvoir - une question qui n'est pas près d'être dépassée : comment penser sa liberté ?
Josyane Savigneau
Article paru dans l'édition du 18.07.08
14:15 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Des questions sur la pollution à l'uranium constatée sur le site du Tricastin
Le Monde rapporte que l'Autorité de sûreté nucléaire de défense (ASND) a assuré que "la contamination des eaux souterraines" aux abords du site du Tricastin "ne pouvait provenir de la butte de terre où sont entreposés les rebuts radioactifs militaires". Mais selon Corinne Castanier, présidente de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), citée par La Croix, ces déchets "ont déjà pollué la nappe phréatique en 1977". Libération considère que cette affaire "révèle des lacunes dans la chaîne du retraitement des déchets radioactifs". La présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, se rendra aujourd'hui sur le site nucléaire du Tricastin.
Croix [La] , 18/07/2008 - Monde [Le] , 18/07/2008 - LIBERATION , 18/07/2008
(extrait de la synthèse de presse de l'INSERM :
http://blogs.inserm.fr/synthesedepresse/ )
14:05 Publié dans nature/environnement/santé | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.07.2008
le droit du plus fort : Israël est-il un État de Droit ?
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2008/07/17/a-naplouse-l-armee-israelienne-lance-la-bataille-du-mall_1074382_3218.html
Reportage
A Naplouse, l'armée israélienne lance la bataille du "Mall"
LE MONDE | 17.07.08 | 13h44 • Mis à jour le 17.07.08 | 13h44
NAPLOUSE ENVOYÉ SPÉCIAL
Après tant d'autres, une nouvelle bataille a commencé à Naplouse, longtemps considérée par Israël comme la capitale du "terrorisme" en Cisjordanie. Un accord avait pourtant été conclu entre l'Autorité palestinienne et l'Etat juif à l'automne 2007 : les forces de police palestiniennes avaient été considérablement renforcées ; les combattants des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa avaient rendu leurs armes ; le calme était revenu en dépit des raids fréquents de Tsahal, qui s'est réservé un droit d'incursion nocturne.
Mais il y a quelques jours, l'armée israélienne a lancé une nouvelle offensive contre une série d'établissements soupçonnés "d'exploiter les infrastructures civiles pour recruter du soutien en faveur des activités terroristes du Hamas". C'est ainsi qu'un certain nombre de perquisitions musclées ont eu lieu dans plusieurs mosquées, à la mairie, dans une station de télévision locale, dans un centre commercial. Chaque fois, des documents et des ordinateurs ont été saisis. Une école islamique a été fermée et des bus scolaires confisqués. Lors d'un autre raid nocturne, dans la nuit du lundi 14 au mardi 15 juillet, au moins 24 personnes, dont des membres du Hamas, ont été arrêtées lors de rafles.
Naplouse, après Hébron au mois de mars, est la cible des autorités militaires israéliennes qui craignent que les islamistes n'utilisent les associations caritatives pour étendre leur influence et prendre le contrôle de la Cisjordanie, après avoir pris celui de la bande de Gaza il y a un an.
C'est pourquoi tout ce qui paraît être lié de près ou de loin au Mouvement de la résistance islamique est visé. Et notamment le Daawa, un organisme regroupant toutes les activités sociales ou charitables accusées d'accroître l'"allégeance politique" au Hamas. Y compris les boulangeries qui, comme à Hébron, ont été fermées, car susceptibles de financer les islamistes.
CHOC IMMENSE
A Naplouse, le choc a été immense lorsque l'ordre de fermeture du "Mall" a été signifié le 9 juillet. L'armée a décidé de saisir cette galerie commerciale de quatre étages comportant 70 magasins et des bureaux officiels de l'Autorité palestinienne. La raison invoquée par les Israéliens est que la société qui chapeaute ce complexe serait proche du Hamas.
Les soldats ont condamné avec des barres de fer soudées entre elles les boutiques vides, fermé les locaux de la société, brisé les caméras de surveillance et laissé sur les vitrines l'ordre de déguerpir avant le 15 août car, à partir de cette date, l'utilisation des locaux sera passible d'une peine de cinq ans de prison.
Les lieux deviendront la propriété de Tsahal et les équipements seront confisqués, indique le décret militaire, qui précise : "Si vous restez dans le magasin après le 15 août, vous serez considéré comme travaillant pour le Hamas."
La décision de fermer le "Mall" a immédiatement été prise très au sérieux par l'Autorité palestinienne. Le premier ministre, Salam Fayyad, s'est rendu tout de suite sur les lieux pour dénoncer cette "humiliation qui va entraver (nos) efforts pour rétablir l'ordre et l'autorité en Cisjordanie". Une délégation du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) est venue sur place, lundi 14 juillet, pour prendre la mesure du "sinistre", selon le mot d'Azzamal Ahmad, dirigeant du Fatah.
Le gouverneur Jamal Muheisen (Fatah) proteste contre la fermeture d'institutions "utiles au peuple palestinien" et dément que le "Mall" soit contrôlé par le Hamas. "Qu'on nous le prouve !", s'insurge un commerçant qui s'emporte contre les dirigeants de l'OLP, demandant des actes plutôt que des belles paroles.
Quant à Yasser Abed Rabbo, proche conseiller de Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne, il s'interroge sur le point de savoir "si c'est la loi israélienne ou la loi palestinienne qui prévaut à Naplouse". Pour les commerçants, la réponse est claire. Ils envisagent différents types d'action "pour empêcher que le crime ne se produise", selon la formule d'Omar Al-Khayyat, propriétaire d'un restaurant et d'un café.
Que faire contre "l'emprise croissante des Israéliens, qui veulent tout régenter" ? s'inquiète Nabil Mabroukeh, un autre commerçant. "L'occupation israélienne est devenue folle", s'alarme, de son côté, le journaliste israélien Gideon Levy, dans le quotidien Haaretz. Il qualifie d'"absurde" la politique consistant à "rendre plus pauvre et plus désespérée une population afin de combattre le Hamas". "Israël n'a-t-il rien appris de l'échec du blocus de la bande de Gaza ?", s'indigne-t-il.
Le Hamas fait remarquer que ces magasins opéraient avec une licence délivrée par l'Autorité palestinienne. "Est-ce que, demain, Israël va fermer les mosquées, les écoles, les librairies, les dispensaires au prétexte que ces établissements sont contrôlés par le Hamas ?", s'interroge Omar Al-Khayyat.
"Les écoles et les orphelinats du Hamas éduquent des générations dans l'esprit du djihad (guerre sainte) et de l'endoctrinement du Hamas comme valeur suprême", indique le ministère des affaires étrangères, rappelant qu'Ehoud Barak, ministre israélien de la défense, vient de bannir 36 organisations de charité qui, à travers le monde, permettraient de financer le mouvement islamiste.
Michel Bôle-Richard
Article paru dans l'édition du 18.07.08
19:49 Publié dans Droits de l'Homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.07.2008
La télévision forge-t-elle des individus ou ... des moutons ?
à lire :
La télévision forge-t-elle des individus ou des moutons ?
Vivre en troupeau en se pensant libres
L’individualisme n’est pas la maladie de notre époque, c’est l’égoïsme, ce self love, cher à Adam Smith, chanté par toute la pensée libérale. L’époque est à la promotion de l’égoïsme, la production d’ego d’autant plus aveugles ou aveuglés qu’ils ne s’aperçoivent pas combien ils peuvent être enrôlés dans des ensembles massifiés. Et c’est bien d’ego qu’il s’agit, puisque les gens se croient égaux alors qu’en réalité ils sont passés sous le contrôle de ce qu’il faut bien appeler le « troupeau ». Celui des consommateurs, en l’occurrence.
Vivre en troupeau en affectant d’être libre ne témoigne de rien d’autre que d’un rapport à soi catastrophiquement aliéné, dans la mesure où cela suppose d’avoir érigé en règle de vie un rapport mensonger à soi-même. Et, de là, à autrui. Ainsi ment-on effrontément aux autres, ceux qui vivent hors des démocraties libérales, lorsqu’on leur dit qu’on vient – avec quelques gadgets en guise de cadeaux, ou les armes à la main en cas de refus – leur apporter la liberté individuelle alors qu’on vise avant tout à les faire entrer dans le grand troupeau des consommateurs...
lire la suite de l'article sur :
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/01/DUFOUR/15491
20:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
07.07.2008
Europe et démocratie : les peuples doivent être consultés !
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/07/07/le-chancelier-autrichien-veut-faire-voter-sur-les-traites-europeens_1067180_3214.html
Le chancelier autrichien veut faire voter sur les traités européens
LE MONDE | 07.07.08 | 15h02 • Mis à jour le 07.07.08 | 15h03
GÖTTWEIG (BASSE-AUTRICHE) ENVOYÉ SPÉCIAL
e non des Irlandais au traité de Lisbonne a donné des idées aux dirigeants sociaux-démocrates autrichiens et provoqué un vif débat qui menace la grande coalition. Le chancelier Alfred Gusenbauer et son ministre des infrastructures, Werner Faymann, qui doit le remplacer à la tête du Parti social-démocrate (SPÖ), viennent, en effet, de se prononcer en faveur d'un référendum, chaque fois que les traités concernent les intérêts de l'Autriche. C'est une vieille revendication des populistes et le lieu dans lequel les deux dirigeants de la gauche autrichienne ont fait cette proposition ajoute à la confusion.
Ils ont choisi le moyen d'une lettre ouverte adressée au quotidien Kronen Zeitung, et plus exactement à son propriétaire Hans Dichand qui, depuis des années, mène campagne contre l'Union européenne (UE). "Les changements futurs des traités européens qui touchent aux intérêts autrichiens devront être décidés par référendum", écrivent M. Gusenbauer et M. Faymann.
Cette prise de position a fait des mécontents dans le SPÖ, mais a surtout provoqué l'indignation du parti conservateur (ÖVP), deuxième formation de la coalition gouvernementale.
VIRULENCE ANTI-EUROPÉENNE
La ministre des affaires étrangères, Ursula Plassnik, a profité du Forum européen de la Wachau, qui se tient tous les ans depuis l'adhésion en 1995 de l'Autriche à l'UE, à l'abbaye de Göttweig, en Basse-Autriche, pour dénoncer "les simplifications conduisant à des impasses". Elle a ajouté que de telles propositions nuisaient à la crédibilité de l'Autriche sur la scène européenne.
Le traité de Lisbonne a été ratifié par le Parlement de Vienne, mais 23 % seulement des Autrichiens se déclarent satisfaits de l'Europe. Dans une lettre à M. Dichand, Mme Plassnik affirme que le Kronen Zeitung, par ses "campagnes anti-européennes, sa couverture partiale qui nourrit l'insécurité et la peur", porte une grande part de responsabilité dans l'hostilité à l'intégration européenne. Le Kronen Zeitung est lu chaque jour par 3 millions d'Autrichiens, soit plus de 40 % de la population en âge de lire un journal. C'est, rapporté à la population, le plus grand quotidien du monde.
La virulence anti-européenne s'exprime surtout dans les pages consacrées aux lettres de lecteurs. Beaucoup sont rédigées par des rédacteurs spécialement chargés de cette besogne, voire par le directeur de la publication, M. Dichand lui-même. A 87 ans, il se glorifie d'être un "faiseur de chancelier".
Il n'est pas certain que cette idée de consultation populaire, qui représenterait un risque de blocage supplémentaire, soit adoptée par la direction du SPÖ. Si elle l'était, ce serait un casus belli au sein de la grande coalition, déjà mal en point après moins de deux ans au pouvoir. Il reste que la démarche insolite des deux dirigeants sociaux-démocrates en dit long sur l'état de l'opinion en Autriche et sur les tentations démagogiques que celui-ci suscite.
Daniel Vernet
Article paru dans l'édition du 08.07.08
18:25 Publié dans démocratie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.06.2008
le déclin de l'humanisme, le déclin de l'humanité ?
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/28/le-declin-de-l-homme-blanc-par-eric-le-boucher_1064071_3232.html
Chronique
Le déclin de l'homme blanc, par Eric Le Boucher
LE MONDE | 28.06.08 | 13h47 • Mis à jour le 28.06.08 | 15h08
Vivons-nous le début du déclin inexorable de l'Europe, de ses valeurs, de l'humanisme ? La fin du monde grec ? Cette question est en arrière-plan des crises actuelles du capitalisme occidental, crise de la finance, crise de l'Etat-providence. Elle est sous-jacente à la montée de l'Asie, qui décolle sur un autre mode, chinois, pour résumer. Elle est évidente dans le monde arabo-musulman dans le rapport à la religion. Elle est aussi présente ici même en France dans les critiques portées sur l'identité européenne : l'"humanisme" ne serait que le cache-sexe de la volonté toujours "colonisatrice" de la race blanche, et il est temps de soutenir le relativisme culturel (thèses auxquelles veut répondre Jean-François Mattéi dans Le Regard vide. Essai sur l'épuisement de la culture européenne, Flammarion, 2007).
Le fond de l'affaire est que développement économique et démocratie politique ne sont plus liés. Plus liés indéfectiblement, comme on le croyait. Un ventre vide pousse à la barbarie, inversement, une assiette pleine permet le dialogue. Cette "évidence" permettait de penser tranquillement que la démocratie était nécessaire au développement et que, dans l'autre sens, le développement enfanterait nécessairement la démocratie. "Notre" modèle grec allait donc, un jour ou l'autre, s'imposer. Y compris en Chine.
Eh bien, c'est faux. En tout cas, ce n'est plus si sûr. La planète vient de connaître une décennie de très forte croissance, or la Banque mondiale, qui suit près de 200 pays depuis douze ans avec une batterie de critères politiques (élections, presse libre, corruption...), conclut froidement sa dernière livraison publiée cette semaine : "Il n'y a aucun signe qui puisse permettre de conclure que la gouvernance s'est améliorée dans le monde".
Sur la période (1996-2007), la démocratie s'améliore en Sierra Leone, au Ghana, en Indonésie, au Liberia, mais recule fortement en Biélorussie, au Zimbabwe et au Venezuela. Selon l'ONG Freedom House, plus optimiste, le nombre des Etats démocratiques dans le monde a progressé, de 75 en 1990 (46 % des pays), à 123 en 2006 (64 %). Mais parmi ces "démocraties", seule la moitié d'entre elles ont une presse libre. La plupart des études d'économistes se rallient à la conclusion de la Banque mondiale : en moyenne, la démocratie n'est pas une précondition au décollage économique d'un pays, et elle n'a ensuite aucun effet sur la croissance. Importer la démocratie (d'Occident) n'améliore en rien la vitesse de développement. Alors, pourquoi le faire ?
Le Koweït, rare démocratie de la région du Golfe, a élu en mai son Parlement. Quel était le débat central ? Le désenchantement : Dubaï fonce vers son avenir, le Qatar suit de près, tandis que le Koweït piétine. L'Assemblée fragmentée en multiples partis perd son temps en discussions, quand les monarques absolutistes des Emirats ne s'embarrassent pas de débats et investissent. Le modèle chinois s'impose là-bas aussi.
Notre déclin arrive : l'Europe est dépassée démographiquement comme économiquement, et l'humanisme politique recule avec nous. Le XXIe siècle n'est plus le nôtre.
Pas si vite ! Il faut élargir la notion de démocratie à celle de gouvernance. Dans sa batterie de critères, la Banque mondiale distingue la démocratie politique (élections libres, Etat de droit, liberté de la presse...), la démocratie économique (efficacité du gouvernement, régulation, liberté de contrat...), et le contrôle de la corruption, point essentiel et souvent oublié, y compris au nord. Ensuite, il faut regarder à long terme. Car la rapidité de l'actuel développement des pays émergents est due au phénomène de "rattrapage", celui-là bien connu des économistes : importer les technologies des Etats-Unis ou d'Europe vous permet de griller les étapes de la productivité. Mais arrive un jour où ce "rattrapage" est achevé , et où la courbe de croissance s'aplatit. Cela arrivera forcément à la Chine dans cinq, quinze ou vingt ans.
Vue ainsi, de façon élargie, la relation gouvernance-croissance redevient positive dans un sens : la croissance n'apporte pas forcément la démocratie, mais la croissance de long terme est liée à cet ensemble de critères énumérés par la Banque mondiale. Prenez l'exemple des pirates : les navires marchands et militaires dirigés d'une discipline de fer par un dictateur-capitaine, seul maître à bord, ne résistaient pas longtemps aux attaques des pirates, gérés pourtant sous le régime d'assemblées, avec un partage discuté et équilibré des prises. La contestation et la coopération libres, les libertés civiles, la distribution "sociale" étaient les meilleures chances du succès de la course.
Rien n'est mécanique. Le processus est complexe, hasardeux, fragile, la relation gouvernance-développement a de nombreuses exceptions et des rechutes. Mais la démocratie, le respect du droit, la liberté de la presse, la transparence, bref, l'"humanisme", conduisent en général et sur le long terme à un meilleur gouvernement, à une économie plus stable et une prospérité plus partagée. Blancs pirates européens, vous avez un avenir !
http://www.america.gov/st/democracy-english/2008/June/20080605094537ebyessedo0.3466913.html
Eric Le Boucher
Article paru dans l'édition du 29.06.08
17:15 Publié dans démocratie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.06.2008
pratiques agricoles intensives et production biologique
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/06/27/senat-les-zones-d-ombre-d-une-institution-contestee_1063691_823448.html
Compte rendu
L'INRA propose un compromis entre pratiques agricoles intensives et production biologique
LE MONDE | 27.06.08 | 15h14 • Mis à jour le 27.06.08 | 15h14
n agriculture, la recette miracle qui permettrait de conjuguer productivité maximale, protection de l'environnement et économies de carburants n'existe pas. Mais certaines techniques peuvent permettre de mieux protéger l'environnement, tout en conservant des marges satisfaisantes pour l'agriculteur, moyennant une baisse modérée des rendements, et un contexte de marché favorable. Tels sont les constats auxquels a abouti l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), après dix années de recherche menées sur des parcelles expérimentales.
Lancé en 1998, le projet de recherche, dont les résultats ont été rendus publics jeudi 26 juin, visait à comparer et évaluer quatre systèmes de culture, testés sur huit hectares. Il s'agit du système intensif classique, qui vise de hauts rendements, utilise des variétés productives, des quantités importantes d'engrais et de pesticides ; du système biologique, qui interdit l'emploi de produits chimiques ; du système baptisé "intégré" par l'INRA, qui conserve les intrants (engrais, pesticides) mais en cherchant à les limiter au maximum ; et du système "sous couvert végétal" (SCV), basé sur la suppression du labour et le maintien d'une plante de couverture du sol en permanence.
Les deux auteurs, Michel Bertrand et Patrick Saulas, soulignent que cette étude a été réalisée sur des rotations typiques des exploitations céréalières d'Ile-de-France, et que les résultats ne peuvent être extrapolés à l'ensemble de la production française.
Les systèmes ont été comparés en fonction de plusieurs paramètres : rendements, protection de l'environnement (quantité et toxicité des produits utilisés), temps de travail, consommation d'énergie, marge dégagée. Les chercheurs ont choisi des assolements typiques de la région de production : blé, pois, colza. Les résultats confirment que le système intensif, dont les rendements sont les plus élevés, nuit fréquemment à l'environnement. En production biologique, les rendements chutent de 50 % en moyenne et sont variables. Le colza a été totalement détruit par les insectes ravageurs.
Le système qui supprime le travail du sol (SCV) a donné des résultats "décevants". Le temps de travail et la consommation d'énergie diminuent fortement, mais les rendements baissent de 25 % en moyenne, et sont très aléatoires. La concurrence entre la plante commerciale et la plante destinée à protéger le sol est difficile à gérer. En revanche, l'impact sur l'environnement est bénéfique, car cette technique est la seule à accroître la quantité de matière organique et préserver la structure des sols.
Le système "intégré", basé sur des techniques de prévention des maladies (semis tardifs et moins denses, mélange de variétés), est celui qui présente le meilleur équilibre, selon cette étude. Les rendements baissent de 10 %, mais la diminution des intrants permet une baisse des charges qui préserve la marge des agriculteurs. L'impact sur l'environnement est modéré. La consommation d'énergie est réduite de 30 %.
Ces résultats ne valent que si le cours des céréales reste moyen. Plus il est élevé, plus le système intensif est favorisé. "Si le quintal de blé n'est pas vendu cher, le traitement qui vous permet de gagner trois quintaux n'est pas intéressant, explique M. Bertrand. Un prix d'achat élevé le rendra rentable. Aujourd'hui, les prix des matières premières alimentaires incitent à intensifier la production."
Gaëlle Dupont
Article paru dans l'édition du 28.06.08
21:56 Publié dans Nature/Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.06.2008
le saviez-vous ?
(un jour viendra, il faut l'espérer, où l'on parlera aussi des crimes contre les générations futures. Et s'approprier le vivant sous couvert de brevets concernant des manipulations génétiques est très certainement un crime contre les générations futures)
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/06/26/enquete-sur-un-crime-de-guerre-oublie_1063076_0.html
Reportage
Enquête sur un crime de guerre oublié
LE MONDE | 26.06.08 | 14h38 • Mis à jour le 26.06.08 | 16h55
MAILLÉ (INDRE-ET-LOIRE) ENVOYÉE SPÉCIALE
es balançoires des jardins ont remplacé les ruines des cours de fermes. Le sang des massacrés ne se lit plus que sur les stèles commémoratives. Et les rescapés en larmes sont chaque année moins nombreux à Maillé (Indre-et-Loire). De la tuerie menée par des militaires allemands, le 25 août 1944, dans ce bourg à 40 km au sud de Tours, il ne reste plus grand-chose. Presque rien de ce jour d'été où, loin des liesses de la libération de Paris, méthodiquement, 124 hommes, femmes et enfants ont été tués, un à un, famille après famille.
Même l'histoire a oublié le crime, dans ce creux de vallon de Touraine. Historiens, manuels scolaires, sont peu nombreux à rappeler que dans la hiérarchie macabre des crimes de guerre, en France, Maillé est le deuxième épisode le plus sanglant de la seconde guerre mondiale, après Oradour-sur-Glane et ses 642 victimes.
Un magistrat allemand, pourtant, vient de se saisir du dossier : Ulrich Mass, spécialisé dans la traque des crimes nazis, dans le cadre d'une information judiciaire contre X... pour "crimes de guerre". Le 15 juillet, ce procureur général du parquet de Dortmund, accompagné de deux enquêteurs et d'un traducteur, doit se rendre à Maillé pour une reconnaissance des lieux. Une procédure exceptionnelle en France.
Pas de bataille des mémoires dans cette histoire. Aucune envie de rattraper les honneurs manqués. Mais la volonté judiciaire de comprendre ce qui, soixante-quatre ans après les faits, échappe toujours aux derniers survivants et aux historiens : qui a tué ce jour-là ? A Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), à Tulle (Corrèze), à Villeneuve-d'Ascq (Nord), autres "villages martyrs" de l'époque, malgré des procès imparfaits, des coupables ont été identifiés. Jamais à Maillé.
C'est au matin du 25 août que tout aurait commencé. Quand, après un premier meurtre, une colonne armée marchant au pas se met soudain à tout massacrer sur son passage, puis bloque les accès au village. Maison par maison, pièce par pièce, les soldats traquent alors les civils, les tuent à bout portant, jettent des grenades dans les caves où ils se sont réfugiés. Les nourrissons sont abattus, comme les chiens, les chevaux, les vaches.
A midi, les militaires se retirent. Ceux qui ont réussi à leur échapper croient à la fin du cauchemar. Mais à l'aide de deux canons postés autour du village, 80 obus sont alors tirés sur la soixantaine de maisons qui composent Maillé. Des tirs sporadiques, pendant plus de deux heures. Des sentinelles postées autour du village mitraillent ceux qui tentent de sortir de leurs abris pour échapper aux bombes.
Sur les 600 habitants du bourg et de ses alentours, 124 perdent la vie. Parfois des familles entières, dont les noms s'égrènent aujourd'hui sur les pierres tombales du cimetière. Malgré la précision de ce récit, aucune enquête, aucun historien n'a pour l'instant réellement réussi à déterminer quelle unité allemande avait commis le massacre.
Dans les heures qui ont suivi le drame, la gendarmerie a bien entamé une enquête. Mais dans la panique, comme dans de nombreux autres endroits en France, la procédure a été bâclée. Dans les maigres PV de l'époque, aucune trace de douilles, de numéros de canon qui auraient pu permettre d'identifier une unité militaire. Seules pièces à conviction : deux billets manuscrits - dont l'un a été retrouvé planté sur un cadavre - avec la mention : "C'est la punission des terrorists et leurs assistents."
Des billets qui permettent en partie de remonter jusqu'aux éléments déclencheurs de ce massacre. Les jours précédant le drame, plusieurs accrochages ont eu lieu entre des résistants et l'occupant. Dans le courant du mois d'août 1944, des résistants ont aussi fait exploser à trois reprises la ligne de chemin de fer qui traverse le village. Au terme de l'enquête de gendarmerie, un sous-lieutenant de la Wehrmacht - Gustav Schlüter, dont les historiens contestent le rôle - est considéré responsable. En 1953, il est condamné à mort par contumace par le tribunal militaire de Bordeaux, mais il ne sera jamais retrouvé et sa peine ne sera pas exécutée.
Alors, jusqu'en 1994, date du 50e anniversaire du débarquement, les Maillaciens gardent leur peine pour eux. "Comment vouliez-vous parler de l'abominable ?", interroge Mauricette Garnier, 9 ans à l'époque des faits, l'une des rares à avoir pu s'échapper du village en plein bombardement. Pendant cinquante ans, les villageois n'ont aucune réponse à leurs questions sur les auteurs du crime. Peu d'attention des gouvernements successifs. Juste une modeste cérémonie commémorative tous les 25 août. Sans discours.
A la différence d'Oradour-sur-Glane, où les ruines ont été conservées, à Maillé, on a reconstruit sur les cendres. Mais, à la fin des années 1990, le besoin de mémoire s'est accru. Un projet de "Maison du souvenir" est lancé, et un jeune historien, Sébastien Chevereau, est détaché du conseil général d'Indre-et-Loire pour s'en charger. C'est en grande partie grâce à lui que l'enquête a lieu aujourd'hui, car c'est en l'entendant, au hasard d'un colloque, à Stuttgart, en 2004, que deux commissaires allemands ont découvert l'affaire.
En France, les crimes de guerre sont prescrits au bout de dix ans - même si un projet de loi en navette actuellement au Parlement prévoit d'allonger cette durée à trente ans après les faits. En Allemagne, ils sont imprescriptibles. Et le simple "soupçon" permet de se saisir d'un dossier. C'est donc grâce à cette disposition juridique qu'en 2005 le procureur Ulrich Mass a pu rouvrir le dossier Maillé, ouvert une première fois en 1990, quand l'accès aux archives de l'ONU fut possible, puis clos sur un non-lieu un an plus tard.
Dans cette affaire, ce sont les gendarmes français locaux qui mènent les enquêtes sur le terrain pour le compte de la justice allemande. Depuis 2005, ils ont recueilli sur PV le témoignage de 58 personnes. Un travail de reconstitution délicat à plus d'un titre. Car pour déterminer les unités présentes le 25 août 1944, il faut identifier les uniformes que portaient les soldats. Etaient-ils en noir avec des bottes comme les SS ? Ou en vert comme la Wehrmacht, l'armée allemande régulière ? Avaient-ils des insignes particuliers ? Quels étaient leurs grades ? A ces questions, la plupart des rescapés, souvent enfants à l'époque du drame, ont du mal à répondre.
Les archives à disposition des historiens ont les mêmes lacunes. Parmi les unités qui ont pu passer dans la région ces jours d'août, en pleine retraite allemande, "aucune ne fait mention de Maillé sur son journal de marche, explique Jean-Luc Leleu, chercheur au CNRS de l'université de Caen, auteur de La Waffen SS, soldats politiques en guerre (éditions Perrin, 2007). Alors qu'a priori ce sont des actes dont les soldats pouvaient se faire valoir auprès de leur h


