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07/12/2007

l'AFRIQUE, pauvre ?

DANS LEUR HISTOIRE POST-COLONIALE, LES PAYS AFRICAINS ONT TOUJOURS CHOISI CE QU’IL Y AVAIT DE PLUS MAUVAIS DANS LES MODÈLES DE SOCIÉTÉ OFFERTS PAR L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ.
MAIS QU’ATTENDENT LES ÉLITES AFRICAINES DE CES PAYS POUR FAIRE LEURS RÉVOLUTIONS ?

lu sur lemonde.fr :
Sentiments mitigés pour les 40 ans de pouvoir de Bongo au Gabon
07.12.07 | 17h53
Par Daniel Flynn

LIBREVILLE (Reuters) - Sur le front de mer de Libreville, des panneaux géants annoncent le 40e anniversaire de l'accession au pouvoir du président Omar Bongo. Mais dans les bidonvilles qui bordent la capitale gabonaise, les habitants n'y voient pas grand motif de réjouissance.
Comme beaucoup de Gabonais, Solange Mba n'était pas née quand le doyen des dirigeants africains a pris ses fonctions le 2 décembre 1967. Elle sait toutefois que malgré les ressources pétrolières du pays la misère règne dans les taudis de Kinguélé, où l'eau et l'électricité fonctionnent par intermittence et où les ordures s'amoncellent dans les rues sur fond de chômage.
"Cet anniversaire n'est pas pour nous. C'est lui qui peut se réjouir", dit cette femme de 27 ans, mère de deux enfants.
"Ce n'est pas un mauvais président. Nous avons eu la paix, contrairement à d'autres pays, mais la vie est dure."
L'arrivée au pouvoir de Bongo a coïncidé avec la découverte du pétrole, qui rendit très populaire le président et permit, à coups de millions de pétrodollars, de faire prospérer l'un des types de clientélisme les plus efficaces d'Afrique. Une plaisanterie de diplomate veut que le moyen le plus rapide de devenir ministre soit d'entrer dans l'opposition.
Si l'ex-colonie française est en théorie l'un des rares pays à revenus moyens du continent noir, qui attire des travailleurs venus de toute la région, la majorité de ses 1,6 million d'habitants vit dans la pauvreté tandis que son élite prospère.
Grand vainqueur de trois élections depuis le retour au multipartisme en 1990, Bongo gouverne presque sans opposition et compte briguer un septième mandat en 2012, pour ses 76 ans.
Considéré comme l'un des dirigeants les plus riches du monde, il possède près de la base militaire française de Libreville une grande résidence rose, perchée sur une colline, dont le terrain voit courir des autruches.
Bongo a fait les grands titres de journaux dans les années 1990, lorsqu'un tribunal français a soulevé le voile sur les tractations occultes de la compagnie pétrolière Elf Gabon.

FIGURE DE L'APRES-INDEPENDANCE

Dans un discours prononcé la veille de l'anniversaire de dimanche dernier, marqué par un défilé militaire et un grand concert de musique populaire, le président a évoqué des institutions publiques contaminées par les rivalités ethniques, le clientélisme, la corruption et le népotisme.
Les diplomates saluent les efforts engagés récemment pour combattre la corruption mais se demandent si le président, qui fait porter la responsabilité de mainte dérive à l'élite politique, a les moyens de démanteler le système d'influence et de clientélisme créé par son gouvernement.
Bongo est l'une des principales figures africaines de la génération d'après l'indépendance, comme son voisin camerounais Paul Biya auquel l'oppose un différend de longue date.
Le président, le plus jeune d'une famille de douze enfants, a sept ans à la mort de son père et s'arrache à la pauvreté en entrant dans l'armée de l'air française. Né Albert Bernard Bongo, il changera de nom en se convertissant à l'islam en 1973, apparemment à la demande du roi Hassan II du Maroc. Ses gardes du corps sont toujours marocains.
Pilier de la "Françafrique", nébuleuse liant la France à ses anciennes colonies, Bongo a été l'un des quelques dirigeants africains à rencontrer le président Nicolas Sarkozy lors de sa première visite dans la région après son élection en mai.
De petite taille comme beaucoup de membres de l'ethnie Batéké, il porte des chaussures à semelle compensée en public. Ses lunettes à fortes montures, sa moustache en guidon de vélo et son goût des costumes lustrés en font une silhouette distincte parmi les chefs d'Etat africains.
Il favorise un culte de la personnalité affirmé: son portrait orne les locaux administratifs, les boutiques et les bars, domine la télévision nationale et les journaux. Sa ville natale a même pris le nom de Bongoville.
"Si l'on ne va pas directement au président, rien ne se fait dans ce pays", estime un travailleur humanitaire étranger qui demande à conserver l'anonymat.
Beaucoup de Gabonais s'interrogent sur l'après-Omar Bongo, bien que son fils Ali Bongo, ministre de la Défense, soit présenté comme un successeur probable. Les revenus pétroliers sont en baisse et l'avenir économique paraît moins assuré malgré de forts investissements chinois dans les secteurs miniers.
"Bongo reste populaire auprès de beaucoup de gens, mais pas comme avant", déclare Mohamed, un chauffeur de taxi, qui ajoute cependant: "Ici, en Afrique, on dit qu'une chèvre aime l'endroit où on l'attache."

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