Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

14/09/2010

Ploutocratie française (2)

lu sur :
http://www.marianne2.fr/Corbeil-arrete-ton-char,-Dassault_a197215.html
Laureline Dupont - Marianne | Lundi 13 Septembre 2010 à 05:01
.
Coriace, Serge Dassault, qui vient de fêter ses 85 ans en juillet dernier, a annoncé fièrement à l'AFP sa décision de se représenter à l'élection municipale partielle de Corbeil-Essonne. Le sénateur-industriel-patron de presse n'accepte pas que le Conseil d'Etat lui ait ôté des mains son joujou communal. Du coup, il met tout en oeuvre pour s'assurer une réélection digne de ce nom.

1) Se trouver un fidèle pantin

En mars 2008, Dassault est reconduit à la tête de la mairie de Corbeil pour la troisième fois depuis 1995. Excédé par la mainmise de l'avionneur sur la ville, son adversaire communiste Bruno Piriou accuse Dassault de clientélisme et dépose un recours devant le Conseil d'Etat. Reconnu coupable d'avoir versé de l'argent à des habitants en échange de leur vote, il est déclaré inéligible pour une durée d'un an et l'élection est invalidée.
Mais Dassault a plus d'un tour dans son sac. Après moult coups de billard -il obtient notamment le retrait de la candidature de Xavier Dugoin, maire UMP de Mennecy- le «vieux Serge», comme on l'appelle à Corbeil, décide de présenter son propre candidat, Jean-Pierre Bechter, administrateur de la Socpresse et marionnette à visage humain, adoubé par l'UMP. Pour ne rien laisser au hasard, Dassault constitue lui-même la liste sobrement nommée «Les amis de Serge Dassault» censée le représenter. En octobre 2009, Bechter obtient 5190 voix au second tour contre 5163 pour le candidat communiste Michel Nouaille.

Le 26 mars, le tribunal administratif de Versailles annule l'élection au motif que « le nom de Serge Dassault » utilisé sur le bulletin de vote et « la propagande électorale ont été de nature à altérer la sincérité du scrutin ». Le fidèle Jean-Pierre Bechter, maire par intérim et serviteur perpétuel, proteste aussitôt en déposant un recours. L'idée est lumineuse : en faisant appel de la décision du tribunal, il repousse l'échéance électorale de quelques mois.
Et ce qui devait arriver arriva : Dassault, à nouveau éligible depuis juin dernier, sort du bois le 4 septembre pour annoncer sa candidature à la mairie de Corbeil en cas d'annulation des élections. Il ne lui reste plus qu'à attendre patiemment que son remplaçant essuie un avis défavorable du Conseil d'Etat et l'affaire sera dans le sac.

2) Jouer les bienfaiteurs

Autant mettre à profit cette attente pour récolter des voix. Pendant que Bechter garde au chaud les clés de la mairie, Papy Serge, lui, prépare le terrain pour sa future intronisation. Et tant pis si sa réélection doit encore lui coûter un joli chèque. Cette fois, plus question d'acheter des voix de manière directe. La tactique de l'entreprise qu'on sauve du dépôt de bilan est à la fois plus discrète et plus clinquante. 40 millions d'euros, c'est la somme qu'aurait investie le groupe Dassault dans l'entreprise de semi-conducteurs Altis, qui représente un quart de la richesse de Corbeil et près de 10 % de la taxe professionnelle touchée par le département de l'Essonne. L'entreprise cherchait un repreneur depuis deux ans ; grâce à la générosité du sénateur UMP le dossier devrait être bouclé courant septembre.

Pour l'instant, le nom de Dassault est soufflé ici et là mais c'est surtout Yazid Sabeg, commissaire à la Diversité et à l'égalité des chances, qui rafle la mise en s'affichant dans les médias comme le repreneur de l'entreprise. Parions que dès le scrutin annulé, des articles fleuriront dans le Figaro pour louer les mérites et l'altruisme désintéressé de Papy Dassault, futur ancien maire de Corbeil...

Les commentaires sont fermés.