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01/10/2010

La reprise sans création d’emplois attise la colère

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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/9a623d8a-ccd8-11df-9875-c54f2a3ca495|0

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La reprise sans création d’emplois attise la colère

Le mécontentement s’installe, surtout dans les pays riches. Le Bureau international du travail exige des mesures ciblées et urgentes

Des manifestations de troubles sociaux liés à la crise économique et financière ont eu lieu ces derniers mois dans au moins 25 pays, surtout en Europe et aux Etats-Unis. Le sentiment que les sacrifices ne sont pas équitablement partagés se propage. Avec le retour des bonus dans le secteur financier, le fossé se creuse entre les riches et les pauvres. Aux Etats-Unis, la durée moyenne de recherche d’une place de travail est passée de 25 semaines en août 2009 à 33,6 semaines en une année. En Europe du Sud, en Espagne notamment, le taux de chômage parmi les jeunes monte à 40%. Avec 40% des chômeurs qui doivent attendre au moins une année avant une embauche, le chômage de longue durée est devenu un problème structurel dans la plupart des pays. Découragées, quatre millions de personnes se sont retirées volontairement du marché du travail cette dernière année.

Autant dire que c’est un tableau noir foncé que dépeint le Bureau international du travail (BIT) dans une étude, D’une crise à l’autre, publiée jeudi. Il estime que le marché de l’emploi ne retrouvera pas son niveau d’avant la crise avant 2015. Un brin moins pessimiste l’année dernière, il avait affirmé que le retour à la normale allait s’opérer en 2013 déjà. Raymond Torres, l’auteur de l’étude, ne cache pas son inquiétude: «Le terrain est fertile pour nourrir le mécontentement.»

Fragilité

L’expert du BIT ne fait pas que constater les dégâts. Selon lui, le monde a pris les mesures nécessaires pour lutter contre la récession, notamment avec des plans de relance. «Mais, avec leur retrait et surtout avec l’adoption des mesures d’austérité dans la plupart des pays industrialisés, l’emploi passe à la trappe, fait-il remarquer. Quant aux entreprises, elles sont prudentes face à l’incertitude conjoncturelle et s’abstiennent de créer des emplois permanents.» Selon lui, le secteur privé a un besoin de main-d’œuvre, mais il se satisfait des emplois temporaires ou à temps partiel. Le nombre d’emplois manquants en 2011 s’élève à 22,7 millions, dont 14,3 millions dans les pays industrialisés.

Que faire? «La reprise restera fragile dans ces pays, répond Raymond Torres. Il faut donc un changement de cap et inscrire la création d’emplois comme un objectif stratégique, au même titre que la maîtrise de l’inflation.» Le BIT recommande qu’au nom de la cohésion sociale les Etats consacrent des fonds en fonction du potentiel de création d’emplois. «Dépenser dans ce but aujourd’hui, c’est économiser dans les dépenses sociales demain», dit Raymond Torres. Il estime que les Etats doivent aussi cibler les jeunes chômeurs et autres groupes fragiles – femmes ou mères célibataires.

Le BIT pense aussi que le retour de la confiance passe par une réforme financière. «La maladie qui a infecté la planète a été diagnostiquée, mais aucun traitement profond ne lui a été préconisé», note l’étude. Elle fait remarquer que les banques ont été renflouées par les caisses publiques et que c’est leur tour d’ouvrir le robinet du crédit, essentiel pour la création d’emplois.


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