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03/10/2010

Le dessous des cartes

Passionnant !

lu sur :

http://www.liberation.fr/monde/01012293500-l-espionne-sacrifiee

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01/10/2010 à 00h00

L’espionne sacrifiée

portrait

Valérie Plame. Elle était agent secret à la CIA. En 2003, l’entourage de Bush dévoile son identité. Son histoire devient un film.

A intervalles réguliers, l’Amérique connaît des désastres moraux, qui alimentent ses cauchemars, les éditoriaux de ses journaux et son cinéma. Le dernier en date, c’est 2003, année de la guerre en Irak et des manipulations d’Etat. Dans un océan de propagande, la révélation par l’entourage du président Bush de la véritable identité d’un agent de la CIA - détail en soi anecdotique - donna l’étiage de la corruption de l’esprit public. Désormais, même un espion en activité pouvait être traité en ennemi par la Maison Blanche. Le scandale fut immense et, au terme d’un procès fleuve, Lewis Libby, directeur de cabinet de Dick Cheney, accusé d’être à l’origine de l’information, fut condamné à deux ans et demi de prison.

La semaine dernière, l’agent en question était à Paris. Elle s’appelle Valerie Plame et, à la CIA, dirigeait une équipe spécialisée en dissémination nucléaire. Son histoire est devenue un film, Fair Game, qui sortira en France début novembre. Au Lancaster, à deux pas des Champs-Elysées, Plame s’est livrée au traditionnel marathon des rencontres avec la presse. Agée de 47 ans, blonde, joueuse, éclatante dans son pantalon d’un blanc immaculé, Plame est très glamour. On en oublierait presque que, dans Fair Game, c’est Naomi Watts qui joue son rôle. Pourtant, elle reste une spécialiste du renseignement, qui a joui d’une vue imprenable sur l’intérieur du système de propagande Bush et qui en livre le commentaire implacable.

«Bien sûr, que je suis toujours en colère. Vous ne pouvez pas oublier ça.»«Ça» eut lieu lorsque, pour justifier sa guerre, George Bush fit valoir que l’Irak aurait tenté d’acheter de l’uranium au Niger. Un tuyau venu des services secrets et dont, quelques mois plus tôt, envoyé à Niamey à la demande de la CIA, Joe Wilson, ambassadeur à la retraite et mari de Valerie Plame, avait montré l’inanité.

A Washington, Wilson n’est pas n’importe qui. «Voilà un vrai héros américain», avait dit George Bush père en 1991 lorsque, dernier diplomate resté à Bagdad, Joe Wilson avait fait sortir les 150 ressortissants américains retenus en otage par le régime de Saddam Hussein. Il n’a pas supporté que le fils mente ouvertement. En juillet 2003, Wilson réplique dans le New York Times : «Ce que je n’ai pas vu au Niger». Dix jours plus tard, dans le même journal, l’éditorialiste Robert Novak laisse entendre que la mission de Wilson avait été arrangée par sa femme, agent à la CIA, que son rapport n’aurait donc pas de valeur. L’enquête a prouvé qu’au moins trois conseillers de la Maison Blanche avaient distillé l’information.

«A cette époque, j’étais entièrement concentrée sur mes opérations : je travaillais avec des scientifiques (irakiens), j’essayais de comprendre ce qu’ils faisaient. Si Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, notre travail était de les trouver.» Ce que Plame devait comprendre après coup, c’est combien la CIA était devenue le terrain d’un terrible bras de fer : «Cheney et Libby venaient au quartier général de la CIA. Ils parlaient aux analystes. Clairement, ils essayaient de trouver des renseignements allant dans le sens de leurs objectifs politiques. En tant qu’agent, vous espérez que les informations transmises à l’équipe présidentielle sont libres de clivages partisans. Nous savons maintenant que ce ne fut pas le cas. Les années Bush (fils) resteront parmi les plus néfastes pour les valeurs de l’Amérique. Cheney pensait nécessaire d’utiliser tous les moyens possibles, y compris ceux qui, je le crois, ont miné notre Constitution.»

Valerie Plame est née en Alaska, son père était officier de l’US Air Force, son frère a été blessé au Vietnam. Comme elle dit, la famille a une tradition de service de l’Etat. La CIA ? «Je trouvais le métier intéressant, intrigant. J’aimais l’idée que le gouvernement me paye pour vivre à l’étranger, pour apprendre des langues.» A «la Ferme» (la base de Camp Peary, en Virginie, centre d’entraînement des futurs espions), elle apprend à sauter en parachute, à conduire «défensivement» (avec sa main, elle mime les sinuosités d’une voiture esquivant des chicanes), à survivre dans les bois, à supporter des interrogatoires, à manier l’AK47. Elle aime, elle excelle. «Très fun, ce sont les mots exacts

En 2003, quand Cheney a fait tombé sa couverture, elle était «non cover officer», la crème des services opérationnels, privée de tout soutien officiel en cas de danger. «Il n’y a pas de job plus intéressant. Vous êtes votre propre patron sans compte à rendre à la bureaucratie.» De sa double vie, elle n’avait rien dit, sauf à ses parents, et à Wilson, rencontré en 1997. Combien avait-elle d’agents sous ses ordres ? «Je n’ai pas le droit de vous le dire.» Est-il vrai, comme dit le film, que les scientifiques irakiens qu’elle s’apprêtait à extrader à l’été 2003 ont fini assassinés ? «Je ne peux pas donner de détails.» Comme tout employé de la CIA, Plame a signé un engagement au secret et a dû soumettre ses mémoires avant de les publier.

Valerie Plame a voté Barack Obama et continue de le soutenir. Elle participe à des campagnes publiques contre la prolifération nucléaire : pour elle, la question n’est pas de savoir si les terroristes posséderont la bombe, mais quand. Elle juge aussi que le monde se porte mieux sans Saddam Hussein, mais que la guerre n’était pas la bonne option. «Joe est retourné à Bagdad, pour la première fois depuis 1991. Il est estomaqué par ce qu’il voit : sept ans de guerre, le sang, au moins 300 000 Irakiens tués, sans oublier les soldats américains et d’autres pays. Et tout cela pour quoi ? Le pays va sans doute tomber dans la guerre civile.» Non, elle ne regrette pas l’article de Wilson, quel qu’en fût l’impact sur ce métier qu’elle a tant aimé : «Ce que disait l’administration était faux, il le savait. Il était important qu’il le dise.» Pour tourner la page, elle et Joe ont quitté Washington et se sont installés à Santa Fe (Nouveau-Mexique), où ils élèvent leurs jumeaux.

Sur le tournage de Fair Game, Plame a veillé à la justesse de la reconstitution, les bureaux, les cartes accrochées aux murs, les fonds d’écrans. Elle s’est aussi attelée à un roman dans lequel elle voudrait corriger l’image de l’espionne vue par Hollywood. Mais, à propos de clichés, c’est son étrillage du feuilleton 24 Heures Chrono que l’on retiendra : «C’est bullshit ! Ça montre que la torture marche, que, si vous torturez quelqu’un, vous obtenez des informations fiables. C’est l’opposé de la réalité. Si vous torturez quelqu’un, il vous dira n’importe quoi pour que ça cesse. La plupart des généraux et officiers vous le diront. Il n’y a pas de place pour la torture dans mon pays.» En l’écoutant, on songe que, dans un monde de séries télés, dont on s’offre les DVD à la Noël, il n’est pas mauvais qu’un agent de la CIA nous rappelle qu’à confondre le réel et l’image, l’information avec la propagande, on prépare parfois le chemin au désastre suivant.

En 7 dates

1963 Naissance en Alaska.

1985-1986 En formation à la CIA.

2003 Son identité est rendue publique.

Mars 2007 Lewis Libby est condamné à deux ans et demi de prison pour parjure.

Juin 2007 Lewis Libby est libéré par Bush.

Octobre 2007 Publication de Fair Game, My Life as a Spy (non traduit). 3 novembre 2010Fair Game sur les écrans.

Commentaires

Le livre My Life as a spy est dans un anglais et un style très simple, même avec un niveau d'anglais moyen, on se laisse facilement entrainer au travers des pages.

Écrit par : En Pantalon Blanc | 06/10/2010

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