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08/12/2010

Obama démocrate ?

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/077d0a8e-024a-11e0-91f8-4a13a27137cc|0

Nouvelle reculade de Barack Obama

Le président démocrate a accepté de prolonger les faveurs fiscales accordées par George Bush aux riches et aux super-riches, provoquant la colère du Parti démocrate, et au risque d’alourdir encore la dette publique

 

C’est l’indignation. «Je n’ai pas voté Obama pour donner un troisième mandat à George Bush», dit l’un. «Le président avait toutes les cartes en main. Mais il agit comme s’il n’était plus à la Maison-Blanche», répond l’autre. Les journaux et les sites progressistes sont emplis de réactions outrées face à la «capitulation». Et, comme celle-ci, elles peuvent être dévastatrices: «Nous envoyons nos enfants à la guerre pour qu’ils reviennent dans des cercueils, mais nous n’avons pas le courage de lever des impôts pour financer ces guerres.»

Barack Obama a capitulé sur le Capitole. Face à une opposition triomphante, le président a accepté de prolonger les faveurs fiscales accordées par George Bush aux riches et aux super-riches. C’était tout ou rien, avaient prévenu les républicains: ils refusaient de n’accorder ces allégements qu’à la classe moyenne (95% de la population) et se montraient ainsi prêts à prendre en otages des millions d’Américains. Ce sera donc tout, même si Barack Obama obtient au passage des bénéfices pour les chômeurs de longue durée, ce qui lui permet de faire un peu bonne figure.

«Les Américains ne nous ont pas envoyé à Washington pour remporter des batailles symboliques», se justifiait lundi soir le président en suggérant qu’il préférait plutôt se battre pour trouver des compromis et obtenir des solutions. Le seul problème, c’est que le candidat Obama avait lui-même grandement contribué à faire un symbole de cette question, promettant de mettre un terme aux largesses fiscales envers les Américains aisés, dès qu’il serait président.

Plus que jamais, la révolte gronde désormais dans le camp démocrate. Le vice-président Joe Biden a été dépêché d’urgence sur la colline du Capitole pour tenter d’amadouer ses anciens collègues qui menacent de ne pas poser les armes et de s’opposer à ce vote. Certains, au sein de la frange la plus «libérale» (à gauche), commencent même à caresser l’idée de voir un rival démocrate émerger face à Barack Obama lors de la prochaine présidentielle de 2012. Et ils font le décompte des reproches adressés au chef de l’Etat: Guantanamo, la guerre en Afghanistan, le refus d’inclure une «option publique» dans le système d’assurance santé, le manque de sévérité contre les banquiers de Wall Street…

 

 

La nouvelle reculade présidentielle («Obama aurait dû se battre davantage», tranchait le New York Times) offre sans doute un avant-goût de ce que sera la rentrée parlementaire, lorsque les gagnants républicains occuperont leurs sièges, y compris les extrémistes anti-gouvernement du Tea Party. Entre-temps, reste pour les uns et les autres à concilier leur philosophie politique avec le montant de 900 milliards de dollars que coûteront ces différentes mesures en deux ans, et qui seront obtenus en très grande partie grâce au recours au déficit public. Neuf cents milliards, c’est davantage que le plan de relance de l’économie décidé par les démocrates (814 milliards) qui fait depuis lors s’étrangler d’indignation les républicains…

Pour rire, la chaîne de télévision MSNBC a fait l’exercice: environ 420 milliards de dollars proviendront de la Chine, qui se fera un plaisir d’acheter les nouveaux bons du Trésor, elle qui dispose déjà de la moitié de la dette américaine. Une autre partie viendra des pays exportateurs de pétrole dont l’Arabie saoudite, mais aussi la République islamique d’Iran, dont la Maison-Blanche a toujours refusé de préciser la part de dette qu’elle détient. En somme, suggérait le commentateur de MSNBC, ce sont ces pays qui permettront aux riches Américains de ne pas voir baisser leur niveau de vie et qui financeront dans le même mouvement les chômeurs de longue durée.

La dépendance économique des Etats-Unis, ainsi que les ravages possibles que provoqueront les déficits budgétaires sont pourtant affichés comme des préoccupations centrales par l’ensemble de la classe politique. «C’est un jeu de roulette russe, expliquait récemment à ce journal l’économiste Niall Ferguson, professeur d’histoire à l’université de Harvard. On ne perçoit pas les conséquences, jusqu’à ce que le coup parte…»

De fait, face à la crise de confiance que subissent certains Etats européens, une série de responsables craignent aujourd’hui que les Etats-Unis ne soient pas à l’abri d’une possible «contagion». L’association des gouverneurs américains vient aussi d’émettre le même type de craintes à propos des milliers de milliards de dollars de déficit des Etats et de collectivités locales américaines qui, selon elle, risque en cas de faillite de provoquer un effet de dominos.

 

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