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10/12/2010

Reconsidérer le rapport à l'argent

lu sur :

http://www.marianne2.fr/Tuer-les-banques-Non-reconsiderer-le-rapport-a-l-argent_a200561.html
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vendredi 10 décembre 2010 - Flore Vasseur

Depuis la révélation du scandale des subprimes, on a beaucoup glosé sur l’irresponsabilité des banques, leur capacité de nuisance sur l’économie réelle, l’impuissance du politique… On a beaucoup glosé mais de remise en cause, aucune. Rien n’a changé. Ou plus exactement, si, cela a changé… mais en pire. Depuis les plans de relance, les banques vont bien merci. C’est la société qui fait en faillite.

C’est dans ce contexte d’injustice croissante qu’il faut comprendre la sortie d’Eric Cantona sur les banques. Et son idée de « bank run » : Eric Cantona propose de faire la révolution en allant, comme d’un seul homme, retirer son argent des banques. L’appel a été relayé sur Facebook-te-voilà. Condamnation de l’opération à Droite, malaise à Gauche, même chez les plus à gauche de la Gauche. Il faudrait 3 millions de personnes pour faire « sauter la banque ». 30 000 âmes auraient annoncé, sur les réseaux sociaux, leurs intentions de passer à l’acte. Et les médias sont en alerte. On saura dans quelques heures si elles concrétisent et surtout, si cela déstabilise quoi ou qui que ce soit. En attendant, c’est le fantasme de révolte du peuple sur les technocrates. Seul le guichetier, témoin privilégié de cette haine du banquier, risque d’en faire les frais. Car à part des images d’Eric Cantona sortant de son agence bancaire les sacs de sports remplis – ou pas d’ailleurs - de billets, qu’attendre, en effet, de l’opération ? Un électrochoc politique ? Une réaction des marchés ? Autant croire - il est vrai que c’est de saison - au Père Noël.
Irresponsable, inutile, démago… les mesquineries n’ont pas manqué. Sauf qu’Eric Cantona a raison de rappeler aux citoyens, à chacun de nous donc, qu’il est acteur d’un système et que son pouvoir de subversion est décuplé par la technologie. Là aussi, c’est de saison. Car les moyens de lutter contre le pouvoir des banques existent. Il y a d’abord des décisions radicales à prendre au niveau politique, comme celles proposées par Paul Jorion pour limiter la spéculation. Oui, les gouvernements vont devoir choisir entre les banques et les citoyens. Mais engoncés jusqu’au cou dans les questions de compétitivité nationale – ou de guerre économique pour le dire franchement - ils semblent pour l’instant peu enclins – voire pas du tout équipés - pour assumer un choix en notre faveur.
Alors en attendant, restent les décisions radicales au niveau personnel. Et c’est là, encore une fois, qu’Eric Cantona a raison sur le fond. On peut commencer par changer de banques et privilégier les structures mutualistes (lanef.com ). Pour les offres et produits de crédits, on peut court-circuiter les banques et miser sur les prêts de personne à personne. Quelques sites internet commencent à proposer ces services (voir lendingclub.com, ou les philanthropiques kiva.org ou babyloan.org ). De la même manière, pour certains achats on peut choisir de régler en monnaies sociales ou locales (voir les réseaux sel ou sol), voire se convertir au troc en privilégiant ainsi les activités de proximité et donc les liens.

Car enfin, la grande angoisse des politiques, la vraie bombe révolutionnaire, ce n’est pas que le peuple assaillent les banques. Mais qu’il fasse la grève de la consommation. Elle est là, précisément la « bancocratie ». Là, la dépendance induite aux banques et à leurs produits miracles attrape débiles. Et à leur corollaire : la spéculation. Nous avons vécu à crédit. C’est fini. Il est là, le chantier politique, énorme : l’invention d’un projet de société sans crédit. Le cœur de la révolution, si on le cherche n’est donc pas dans la mise à mort des banques, mais dans le ré-aménagement de notre rapport à l’argent et donc au temps. Il ne s’agit pas tant de leur utilité sociale à elles, les banques. Mais de notre utilité sociale à nous, citoyens. Sommes nous autre « chose » que des consommateurs ? Mais biensur tout cela est bien plus engageant que de faire une descente chez son banquier. Et encore plus que de l’annoncer sur Facebook. Alors irresponsable? Vraiment ?
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