Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog


13/12/2010

Obama interpellé sur la guerre en Afghanistan

lu sur :

http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/jean-guisnel/d-eminents-intellectuels-interpellent-obama-sur-la-guerre-en-afghanistan-12-12-2010-1274332_53.php

  • D'éminents intellectuels interpellent Obama

    Le Point.fr - Publié le 12/12/2010 à 16:48 - Modifié le 13/12/2010 à 16:06

    Par Jean Guisnel            

  • Qu'il n'y ait pas la moindre discussion dans notre pays, ni dans la classe politique, ni nulle part, sur la présence d'une coalition de plus de 100.000 militaires étrangers en Afghanistan, dont 3.500 de nos compatriotes, ne veut pas dire qu'il n'y a pas de débat en cours. Quarante-trois des plus éminents spécialistes internationaux de cette région viennent de signer une lettre ouverte au président Barack Obama, dans laquelle ils se disent "profondément inquiets du cours actuel de la guerre et de l'absence de scénario crédible pour le futur". 

    Ils rappellent que 680 soldats étrangers et des centaines d'Afghans sont déjà morts en 2010 en Afghanistan, que la guerre coûte 120 milliards de dollars par an au seul budget américain et, surtout, que, sur le terrain, la situation empire pour les forces de la coalition : "l'insurrection des talibans a fait des progrès dans tout le pays. Il est actuellement très difficile de travailler en dehors des villes et même de se déplacer dans le pays par la route. Les insurgés ont pris un élan, en exploitant les erreurs du gouvernement afghan et les échecs de la coalition."

    "Une stratégie alternative"

    La stratégie de la "conquête des coeurs et des esprits" prônée par le commandement américain est vaine, expliquent les signataires : "Les raids nocturnes sont devenus l'arme principale d'élimination des suspects talibans, mais une majorité de la population afghane les considère comme illégitimes." Surtout, le gouvernement pakistanais - auquel tous les principaux pays de la coalition, y compris la France, fournissent des armes - soutient activement les talibans, et il n'est, de ce fait, "pas réaliste de parier sur une solution militaire."

    De ce fait, ils réclament au président des États-Unis l'ouverture de discussions directes avec les talibans résidant au Pakistan : "Un cessez-le-feu et le retour des chefs de l'insurrection en Afghanistan pourraient être des éléments d'un processus de désescalade, conduisant à un gouvernement de coalition. Sans aucune chance pour une victoire militaire, la politique actuelle placera les États-Unis dans une position très difficile (...). Il est temps de faire avancer une stratégie alternative qui permettra aux États-Unis de sortir d'Afghanistan tout en sauvegardant ses légitimes intérêts de sécurité." Une nouvelle "paix des braves", en quelque sorte...

    "Les humeurs médiatiques" agacent Sarkozy

    Parmi les signataires, on note la présence des universitaires français Gilles Dorronsoro, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri) et au Carnegie Endowment for International Peace à Washington, et Mariam Abou Zahab, chercheuse au Ceri et à l'Inalco, qui sont tous deux des spécialistes reconnus de l'Afghanistan et du mouvement taliban. Ce ne sont pas - loin de là - des inconnus pour l'administration française, puisqu'ils sont régulièrement consultés par les ministères français des Affaires étrangères et de la Défense.

    La demande adressée à Barack Obama a-t-elle une chance d'être entendue ? Pas sûr. En revanche, elle ne devrait recueillir aucun écho à Paris, où le gouvernement n'a pas prévu d'entamer un retrait progressif et coordonné avec l'Otan avant l'an prochain. Retrait qui doit aboutir fin 2014 à un transfert des compétences de la coalition à l'armée afghane. On sait d'ailleurs fort bien ce que pense le président Sarkozy des initiatives dépendant d'"humeurs médiatiques", puisqu'il en avait fait état lors d'un discours aux ambassadeurs de France, le 26 août dernier : "La mode du moment chez les commentateurs est au catastrophisme", avait-il relevé. "Chaque jour, on nous annonce le retour des talibans, comme si les jeux étaient faits, comme si nous allions abandonner le peuple afghan. Nous avons des objectifs politiques réalistes (...), c'est une transition progressive et ordonnée", soulignait Nicolas Sarkozy. L'action de la France "au service de la paix ne doit pas, me semble-t-il, être soumise à des calendriers artificiels ou aux humeurs médiatiques."

    La lettre ouverte à Barack Obama est signée par Mariam Abou Zahab, Matthieu Aikins, Greg Albo, Scott Atran, Bayram Balci, Scott Bohlinger, Rupert Talbot, Chetwynd, Michael Cohen, Robert Crews, Carlo Cristofori, Robert Abdul Hayy Darr, Rob Densmore, Gilles Dorronsoro, Bernard Finel, David B. Edwards, Jason Elliot, Nick Fielding, Joshua Foust, Martin Gerner, Antonio Giustozzi, Edward Grazda, Shah Mahmoud Hanifi, Emilie Jelinek, Muhammad Ajmal Khan Karimi, Jerome Klassen, Daniel Korski, Felix Kuehn, Musa Khan Jalalzai, Minna Jarvenpaa, Dr. Leonard Lewisohn, Anatol Lieven, Bob McKerrow, Shaheryar Mirza, Alessandro Monsutti, Janan Mosazai, Naheed Mustafa, Jean Pfeiffer, Ahmed Rashid, Amandine Roche, Nir Rosen, Gerard Russell, Justin Rudelson, Emrys Schoemaker, Alex Strick van Linschoten, Astri Surkhe, Yama Torabi, Jere van Dyk, Matt Waldman, Mosharraf Zaidi.

    -----------------

    mon commentaire :

    En ce qui concerne la France, même si on n'est pas un "éminent intellectuel" (un simple homme politique par exemple, un ou une élu(e), on peut légitimement se poser la question: la présence de militaires français en Afghanistan est-elle justifiée ?

    Écrire un commentaire