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22/12/2010

Les retraites en Europe

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/557c9080-0d51-11e0-8878-76b803449127|0

Un autre regard sur le choc des systèmes de retraite en Europe


La Hongrie, qui dispose d’un système à trois piliers comme la Suisse, vient de modifier son système de retraites de façon scandaleuse. C’est l’occasion de revenir sur cette réforme et de comparer les systèmes européens.
 Car en cette fin 2010, le plus grand problème social n’est-il pas celui des retraites? Les dépenses de retraites représentent plus d’un cinquième des dépenses publiques des pays membres de l’Union européenne (2007) et plus de 10% du PIB. Les différences sont toutefois considérables, allant de 4% du PIB en Irlande à 14% en Italie.

Mais est-ce un bon point de départ? Presque toutes les études sur la qualité de ces systèmes se limitent d’une part aux dépenses de retraites par rapport au PIB et d’autre part au moment de l’entrée en retraite en le comparant au dernier salaire (taux de substitution). C’est bien lacunaire. Nous préférons le nouveau modèle présenté par l’institut STICERD de la London School of Economics1. Son auteur se concentre sur «la fortune de retraite», c’est-à-dire sur l’ensemble des transferts payés par l’Etat à un individu pendant toutes ses années de retraite. Il permet de meilleures comparaisons entre pays et d’analyser le caractère durable des systèmes. Cette étude place justement en très mauvaise position le système hongrois.

En Hongrie, le parlement a ratifié une étrange réforme la semaine dernière. Les cotisants des fonds de pension privés devront déclarer avant la fin janvier 2011 s’ils veulent transférer leurs comptes vers le Fonds public de retraites. Rester avec le système privé se traduit par un renoncement automatique aux 24% payés par l’employeur! L’incitation est aussi massive qu’injustifiable. Elle souligne en cette fin 2010 comment les Etats européens s’apprêtent à épargner. Car en Hongrie, la réforme peut d’un seul coup amener plus de 10 milliards d’euros dans les caisses de l’Etat. A Budapest, le quart de la rente vient actuellement du système privé et les trois quarts des caisses de l’Etat.

L’étude du STICERD, très critique sur la Hongrie, classe les pays européens dans un modèle qui met immédiatement en évidence les principales sources de stress. Le risque du premier groupe A, avec la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne et la Hongrie, se situe dans son coût élevé. Le principal risque du groupe Bavec l’Italie et le Royaume Uni est celui de pauvreté. Celui du groupe C avec la Suède, la Finlande et la Slovaquie, le faible taux de substitution.

Les réformes entreprises ont accru le risque de pauvreté des personnes âgées et baissé le taux de substitution, mais le degré de générosité reste correct en Europe. L’exception vient d’Europe de l’est, notamment pour les femmes et les bas revenus. Le modèle se heurte parfois à la réalité. Selon l’étude, les conditions d’octroi des retraites sont parfois si restrictives qu’un grand nombre d’individus n’y a pas accès. La générosité n’est alors que virtuelle. Les femmes sont les premières victimes de cet effet.

Une forme de convergence se met en place. L’Europe offre généralement une retraite supérieure à 60% du salaire médian, à l’exception de la Slovaquie et de la Pologne. Mais les dépenses publiques pour les retraites vont s’accroître et le risque de pauvreté également.

La dynamique des systèmes est remarquable: d’ici à 2050, à l’exception de l’Italie, presque tous les pays devraient changer de groupe (donc de risque). La Hongrie et la Pologne se déplacent vers le groupe B. Le Royaume Uni quittera ce dernier pour le groupe C. L’Autriche, l’Allemagne et la France se dirigeront vers le groupe C.

La France est le pays qui gagnerait le plus à augmenter la participation au marché de l’emploi. En France, en Suède et en Allemagne, l’impact fiscal d’une augmentation de deux ans de la longévité peut être compensée par une augmentation de trois ans de la vie active. En Hongrie, Italie et Slovaquie, il faut six ans.

L’avantage de cette étude est multiple, mais il est d’abord de sortir de la seule considération des coûts. La qualité d’un système de retraite doit être jugée en fonction de sa capacité ou non à atteindre son objectif. Chaque pays doit être analysé différemment.

 

Assessing the sustainability of pension reforms in Europe, Aaron George Grech, London School of Economics, STICERD, ASE, septembre 2010.

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