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02/02/2011

Le XXIème siècle commence bien

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/51650c46-2e4b-11e0-8255-d9441e47ea04/Vous_avez_dit_r%C3%A9volution

Editorial mercredi2 février 2011

Vous avez dit révolution?

Par Luis Lema

La révolution iranienne ou la chute du mur de Berlin? Que l’on se souvienne de l’une ou de l’autre, les événements qui secouent aujourd’hui l’Egypte prendront une résonance différente

La révolution iranienne ou la chute du mur de Berlin? Que l’on se souvienne de l’une ou de l’autre, les événements qui secouent aujourd’hui l’Egypte prendront une résonance différente. Pour ne pas avoir forcé le shah d’Iran à réformer à temps son régime, les Etats-Unis ont vu lui succéder un ayatollah Khomeiny qui reste pour eux le pire des contre-modèles. Au contraire, s’ils n’avaient pas soutenu, par toutes sortes de manières, le soulèvement des peuples de l’Est de l’Europe, la trappe de l’autoritarisme se serait peut-être refermée sur eux.

Bien sûr, aucune de ces deux comparaisons n’est entièrement convaincante. A chaque «révolution» ses particularités, son unicité et ses inconnues. S’il ne s’agissait que de répétitions à l’identique, la Maison-Blanche aurait un semblant de feuille de route à appliquer. Or elle n’en a pas sous la main à l’égard de l’Egypte. Elle n’en détenait pas plus vis-à-vis des Tunisiens et de leur révolution du jasmin. Et elle a fait la preuve que, trois décennies plus tard, elle n’en possédait pas davantage en Iran, où elle a laissé une nouvelle révolution mourir étouffée dans le sang.

Ce qui frappe chez les protestataires qui battent le pavé sur la place El Tahrir, c’est précisément leur manque de modèle préfabriqué. Pas de slogans contre «l’ennemi sioniste», cet adversaire trop commode qui a longtemps servi d’exutoire face aux frustrations et aux humiliations qui sont légion dans la région. Pas d’appel à une unité arabe fantasmée, qui a souvent été l’autre face de la même monnaie. Ici, le seul précédent semble venir de la Tunisie, ce modèle pourtant minuscule vu de l’immense Egypte. Comme si les Egyptiens (et derrière eux peut-être les Jordaniens, les Yéménites ou les Saoudiens) cherchaient vraiment à repartir de l’An I.

Face à ces inconnues, une certitude pour Washington: si le mouvement qui s’est emparé des Egyptiens est, comme on le pressent, un premier pas en direction de la maturité, le régime qui en sortira sera sans doute bien moins accommodant que l’actuel. L’affaire n’ira pas de soi: trop nombreux sont ceux qui ont profité de cette infantilisation constante de la région. C’est le risque à payer pour une émancipation du monde arabe.

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