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08/02/2011

En Egypte, rien n'est joué

Les blogs du Diplo - Nouvelles d'Orient

En Egypte, rien n'est joué

par Alain Gresh

La chaîne satellitaire Al-Arabiyya, concurrente d'Al-Jazira et proche de l'Arabie saoudite, publie une étonnante nouvelle : l'ancien ministre de l'intérieur, l'homme responsable depuis des années de la répression, des arrestations et de la torture en Egypte, Habib Al-Adly, est soupçonné d'être derrière l'attentat contre l'Eglise à Alexandrie le 31 décembre dernier (« Probe starts on Adly's reported role in Alex church attack. Ex-minister suspected behind Alex church bombing », 7 février).

« Selon des sources diplomatiques britanniques, l'ancien ministre de l'intérieur a établi depuis six ans une organisation dirigée par 22 officiers qui employait d'anciens islamistes radicaux, des trafiquants de drogue et des sociétés de sécurité pour mener des actes de sabotage à travers le pays au cas où le régime serait en difficulté. »

Il faut ajouter, concernant les coptes, que le pouvoir voulait attiser les divisions entre musulmans et chrétiens pour pouvoir se présenter comme le garant de la stabilité. D'ailleurs, depuis le début des événements, et alors que la police a disparu des rues, aucun attentat contre un lieu de culte chrétien n'a eu lieu. Dans de nombreux cas, des prêtres et des imams ont prêché ensemble et des jeunes ont assuré la sécurité.

Pendant ce temps, s'est tenue dimanche une rencontre entre le vice-président Omar Suleiman, l'homme des services secrets, avec l'opposition (y compris, et cela est historique, avec les Frères musulmans). Elle vise avant tout, pour le pouvoir, à diviser l'opposition et à éluder la demande centrale des manifestants, le départ immédiat du président Moubarak.

Certes, Moubarak a choisi un vice-président et annoncé qu'il ne se représenterait pas en septembre à l'élection présidentielle ; un nouveau gouvernement a été nommé et certains des éléments les plus compromis et les plus corrompus (comme l'ancien ministre de l'intérieur) ont été arrêtés ; les dirigeants du Parti national démocratique, le parti presque unique, ont démissionné et ont été remplacés. Et on sent des craquements dans le système, qui se reflètent jusque dans la presse officielle, commeAl-Ahram (ainsi, la Une du journal, jusque-là réservée aux activités du président, titre le 8 février sur le fait que les organisations qui ont commencé à manifester le 25 janvier tentent de créer un rassemblement politique).

Mais, pour l'essentiel, s'il est ébranlé, le régime policier reste en place. La disparition des forces policières ne doit pas faire illusion. Le témoignage d'un journaliste du New York Times sur son arrestation et sur ce qu'il a vu dans des prisons secrètes (des centaines de prisonniers politiques, des gens battus et torturés, etc.) le prouve (...)

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