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07/07/2011

La Chine et son parti communiste

lu sur :

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/07/04/a-90-ans-le-parti-communiste-chinois-tente-toujours-de-seduire-les-jeunes-elites_1544422_3216.html#ens_id=1465892

A 90 ans, le Parti communiste chinois tente toujours de séduire les jeunes élites

 

LEMONDE | 04.07.11 | 15h48  •  Mis à jour le 04.07.11 | 17h07

Que la vigueur de leur jeunesse brille avec éclat afin de rendre de grands services au Parti et au peuple !" La tournure ne fait pas très branché. Surtout lorsque les mots sont prononcés par le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), Hu Jintao, devant un parterre d'officiels plus très jeunes, au cours des célébrations des 90 ans du PCC. Mais l'idée est là : à son âge avancé, le Parti voudrait séduire la jeunesse.

Pour cet anniversaire, le 1er juillet, les drapeaux rouges et les slogans à la gloire du PCC avaient fleuri au coin des rues. Parcs, salles des fêtes et même, dans la ville de Chongqing, un stade de 100 000 personnes, ont accueilli des chorales de "chants rouges". De génération en génération de dirigeants, le PCC a muté, incarnant plus aujourd'hui le succès économique triomphant et le nationalisme de grande puissance que l'orthodoxie marxiste. Pour ce qui est des affaires de la nation, il est le seul maître à bord.

Dans une Chine gagnée à la mondialisation, la "culture rouge" est devenue minoritaire, voire folklorique. Elle rassure les nostalgiques tandis que la parole libérée de l'Internet subvertit sans cesse la propagande. Pourtant, le PCC reste assez attrayant pour que des millions de membres le rejoignent chaque année. Ils sont jeunes, appartiennent souvent à l'élite, et assument...

Cui Yingfeng ne voit ainsi aucune contradiction à expliquer son engagement pour le Parti communiste à la terrasse d'un café Starbucks, juste en face d'un centre commercial clinquant. A deux pas de la maison qui accueillit le premier congrès du parti en 1921, à Shanghaï, ce jeune de 26 ans énumère les concepts théoriques qui justifient le monopole du pouvoir politique. Il lance tour à tour : "le Parti est grand""la Chine se réforme de l'intérieur". L'absence d'élections s'explique, selon lui, par une "différence culturelle avec les pays occidentaux", qui mettrait l'individualisme au second plan.

Peut-être l'appartenance au Parti l'a-t-elle aussi aidé à trouver un emploi dans le secteur public, convient le jeune homme originaire de la province du Hubei et qui travaille depuis peu pour le bureau shanghaïen d'une compagnie pétrolière étatique. Etre membre n'est pas pour autant un passe-droit, se défend-t-il.

Le processus d'adhésion est complexe. Les meilleurs étudiants sont "proposés", d'autres postulent eux-mêmes. Une enquête est réalisée auprès de leurs amis et de leurs professeurs. Pendant un an, les candidats doivent rendre une dissertation mensuelle dans laquelle ils détaillent leurs accomplissements et leurs réflexions personnels. Ils sont placés sous la responsabilité de tuteurs. Puis vient la cérémonie : les jeunes membres, poing gauche tendu vers le drapeau à la faucille et au marteau, répètent le serment d'allégeance : "Prêt à tout sacrifier pour le parti et le peuple, ne jamais trahir le parti."

Dans la promotion de Cui Yingfeng, près de 70 % des étudiants ont adhéré : selon lui, "plus le niveau est élevé, plus la classe compte de membres". L'ambition, peut-être ? "Ces jeunes sont plus mûrs, ils ont davantage d'opinions politiques, et puis le Parti souhaite attirer des membres exceptionnels", répond-il.

La machine veille aussi à coopter les jeunes élites pour s'assurer qu'elles n'aillent pas défendre leurs intérêts ailleurs. A l'image des entrepreneurs du privé, adoubés par le parti au temps du précédent président chinois, Jiang Zemin. Des 80 millions de membres que compte cette année le PCC, de loin la première organisation politique de la planète, 24,3 % seulement ont moins de 35 ans, selon le département de l'organisation du Comité central, le plus grand service de DRH du monde. Trois millions de membres ont rejoint ses rangs en 2010, dont 37,1 % ont un diplôme universitaire. Paysans et ouvriers y sont aussi largement représentés.

Le PCC s'efforce d'être à la page. Les écoles du parti, l'équivalent de l'ENA, font venir des conférenciers du monde entier. Les édiles locaux utilisent avec plus ou moins de bonheur les réseaux sociaux en ligne. Le film produit pour raconter la fondation du parti en 1921 tient de la superproduction, à laquelle ont participé toutes les plus grandes stars chinoises et hongkongaises du moment.

La jeunesse malgré tout se dérobe à l'emprise du PCC. Longtemps anesthésiées après l'écrasement du printemps de Tiananmen, les nouvelles générations sont bien plus critiques sur les limites du système chinois. Les côtés ringards du PCC n'échappent pas aux quolibets sur l'Internet.

Une partie de ceux qui adhèrent au parti disent vouloir changer les choses de l'intérieur. C'est le cas de Xiao Xu, qui préfère taire sa véritable identité. Il vient d'une famille modeste d'une petite ville de province. Recruté par le parti à l'université, il a rejoint comme fonctionnaire une administration chargée de la construction à Pékin. Une belle promotion. Mais il dit tout faire pour pratiquer la transparence dans son rôle de préposé aux relations publiques.

L'administration publique doit jouer "un rôle de service", expose-t-il. Il a étudié le journalisme, mais estime cette carrière bouchée, en raison de la censure. Quand on l'interroge sur les défis que pose le mécontentement social grandissant, il se réfugie vite dans des poncifs : "sans le parti, c'est le retour aux seigneurs de guerre", dit-il, persuadé que la Chine ne peut pas "tenir" en une seule nation sans un parti unique.

Sa conscience critique s'arrête à ce qui est débattu en surface : il n'a jamais "sauté la grande muraille virtuelle", c'est-à-dire accédé à des sites Internet interdits en Chine par exemple.

Wang Qiang (pseudonyme), qui a la trentaine et travaille dans un centre de recherche sur la politique économique dans le Guangdong, est moins naïf. Il est au courant des débats qui animent la dissidence. Difficile de nier qu'on trouve dans le parti un camp conservateur, et libéral. "On ne dit pas à quel camp on appartient. Mais on sait, selon la manière dont les gens se comportent", note-t-il. Wen Jiabao est une figure libérale, mais il n'est pas considéré, selon lui dans le parti comme ayant de l'influence. "Les membres du parti regardent vers ceux qui ont le plus de pouvoir, et notamment de solides connexions avec l'armée", admet-il, réaliste.

Ce sont les membres du parti qui choisissent, selon un processus loin d'être démocratique, la direction du parti et donc du pays, qui changera d'équipe l'an prochain. A 90 ans, le PCC, malgré toutes ses pirouettes idéologiques, n'en est pas encore à l'âge du questionnement. Mais on décèle des dissonances : dans le Guangdong justement, le quotidien local phare, Nanfang Dushi Bao, a titré en une sur les propos quelque peu décalés du premier secrétaire de la province, Wang Yang, la veille des célébrations : "Ne laissons pas les fleurs fraîches et les applaudissements noyer les opinions du peuple ; ne laissons pas les réussites statistiques déguiser les problèmes réels."

Brice Pedroletti et Harold Thibault
Article paru dans l'édition du 05.07.11
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sur le même sujet, lu sur :
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/07/02/220-000-personnes-dans-les-rues-de-hongkong-sous-haute-surveillance_1543806_3216.html#ens_id=1465892
 

220 000 personnes dans les rues de Hongkong sous haute surveillance

LEMONDE.FR | 02.07.11 | 10h33  •  Mis à jour le 04.07.11 | 17h10

Les consignes de la police hongkongaise avaient été très claires : "Manifester, c'est d'accord, mais il faudra le faire sans bruit, sans slogans ni musique". Les contrevenants seront arrêtés, de même que ceux qui tarderont à se disperser à la fin de la marche. De mémoire de manifestants aguerris, ce serait la première fois que la police hongkongaise imposait de telles mesures, semblant d'autant plus incongrues que les Hongkongais sont dans leur immense majorité des manifestants exemplaires : calmes, ordonnés, aimables et propres...

Depuis le 1er juillet 1997, date de la rétrocession de Hongkong à la Chine la journée est fériée. Une manifestation a systématiquement lieu l'après midi selon un parcours de plusieurs kilomètres, connu de tous. Les années calmes, la marche peut prendre des airs de promenade en ville, mais personne n'a oublié 2003, quand un demi million de personnes, presque un habitant sur dix à l'époque, sont descendues dans la rue, effrayant alors non seulement le gouvernement local mais aussi l'autorité de tutelle, Pékin.

Marc Mo, étudiant en sciences politiques en Californie avait 11 ans en 2003. Il avait aidé son père à compter les participants. Vendredi, il marchait plein de colère vis-à-vis d'un gouvernement qui, selon lui, " ne fait qu'essayer de plaire à Pékin et n'y parvient même pas ". Et d'ajouter : " Si vous voulez mon impression : les gens commencent à en avoir vraiment assez ".

Faisant très clairement fi des instructions de la police, quelque 218 000 selon les organisateurs (54 000 selon la police), nombre record depuis 7 ans, ont défilé avec grand renfort de tambours en tout genre, de sifflets, de couvercles métalliques ou d'authentiques cymbales, de haut-parleurs et de mégaphones. L'esprit de cette manifestation est depuis 1997 de réclamer la démocratie promise par la "Basic Law" ou mini-constitution de Hongkong (selon laquelle l'ancienne colonie britannique est régie en vertu du principe de " Un pays, deux systèmes "), mais elle a aussi un rôle de défouloir de tous les mécontentements. Le cri de base des manifestants était d'ailleurs tout simplement " à bas le gouvernement ". Mais la flambée continue des prix de l'immobilier, l'aggravation des inégalités, l'indécision du gouvernement hongkongais sur la question des élections partielles et sa maladresse sur d'autres dossiers sociaux délicats, comme le traitement " injuste " des femmes enceintes chinoises continentales, ont achevé d'exaspérer le public. Bien après la fin de la marche, vers minuit, environ deux cents irréductibles résistaient encore aux ordres de dispersion.

Quelques heures avant le départ de la grande marche des manifestants du parc Victoria, un spectacle de danses folkloriques célébrant les " 14 années de réunification " avait été organisé devant la vielle bâtisse coloniale du parlement, à Central par une organisation " pro Pékin " dont aucun des participants ne semblaient connaître le nom, pour " insister sur le bon côté de la rétrocession " selon un bénévole du service d'ordre.

Malgré un grand nombre de personnes âgées amenées en bus pour meubler l'assemblée, les rangs de chaises en plastique restaient clairsemés. Cette manifestation n'avait, elle, été soumise à aucune restriction de par, dit-on, son bon ton politique. Selon les organisateurs de la manifestation de l'après-midi, c'est l'illustration flagrante des doubles standards ou " deux poids deux mesures " que pratiquent les autorités hongkongaises. Malgré leur droit au bruit et la présence momentanée du chef du gouvernement hongkongais, Donald Tsang, ce spectacle fut un flop absolu, preuve sans doute de la maturité politique du public hongkongais. Même si on constate des arrestations plus fréquentes au cours de manifestations et une attitude moins tolérante de la police hongkongaise vis à vis des contestataires, Hongkong tient fermement sa place et son rôle d'îlot de libertés civiques dans l'ensemble chinois.

 

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et aussi :
LEMONDE.FR avec AFP | 01.07.11 | 09h36 
 
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/07/01/le-parti-communiste-chinois-fait-face-a-des-difficultes_1543288_3216.html#ens_id=1465892 

Le Parti communiste chinois (PCC) célèbre le 90e anniversaire de sa fondation vendredi 1er juillet 2011. Le président chinois, Hu Jintao, a averti vendredi que "le parti dans son ensemble fait face à des difficultés de croissance".

Le président a également déclaré devant les responsables du parti et des milliers de délégués réunis à Pékin au Palais du peuple, sur la place Tian Anmen, que "l'incompétence" de certains membres "séparés du peuple" avait créé des problèmes. "Il est plus urgent que jamais pour le parti d'imposer la discipline à ses membres" a martelé le président.

"Le développement du Parti au cours des quatre-vingt-dix dernières années nous a appris que des sanctions sévères et une réelle prévention de la corruption sont des éléments-clés pour gagner ou perdre le soutien du peuple et pour la vie ou la mort du Parti", a encore souligné M. Hu.

LUTTER CONTRE LA CORRUPTION

"La lutte contre la corruption demeure [une question] importante et la tâche reste ardue", a ajouté le président pour qui "la corruption va réduire le soutien et la confiance du peuple dans le parti".

Fondé il y a quatre-vingt-dix ans par une douzaine d'intellectuels, dont Mao Tsé Toung, le PCC, parti unique, préside aujourd'hui aux destinées de la deuxième économie mondiale. Considéré par beaucoup comme un ascenseur social, le parti unique vient d'annoncer avoir dépassé les 80 millions de membres.

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