Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

02/08/2011

IKEA aux USA

lu sur :

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2011/08/01/aux-etats-unis-les-salaries-d-ikea-denoncent-un-management-digne-des-plantations-et-adherent-a-un-syndicat_1555094_3222.html

Aux Etats-Unis, les salariés d'Ikea dénoncent un management "digne des plantations" et adhèrent à un syndicat

Dans ce pays où la représentation syndicale décline, des ouvriers de l'enseigne ont voté pour qu'une union professionnelle défende leurs droits. Une décision qui met à mal l'image vertueuse que se donne le groupe.

Danville, Virginie, sur la côte Est des Etats-Unis. C'est dans cette petite ville de 43 000 habitants que tourne la seule usine Ikea du pays. En 2008, elle avait été accueillie avec espoir dans cette région rurale, minée par le déclin de l'industrie textile et du tabac. "Les habitants ne pouvaient croire en leur bonheur"rapporte le Los Angeles Times. L'Etat et le gouvernement local partageaient le même enthousiasme, offrant 12 millions de dollars (8,3 millions d'euros) pour inciter l'entreprise à s'implanter dans cette zone déshéritée et à y créer de l'emploi. Trois ans plus tard, 335 ouvriers y travaillent, selon le quotidien américain. Ils ont rapidement déchanté.

En témoigne le vote de ces employés, peu commun dans une entreprise privée américaine. Le 27 juillet, ils ont décidé par 221 voix contre 69 de se faire représenter par un syndicat – l'International association of machinists and aerospace workers – appartenant à l'une des principales fédérations américaines (l'American Federation of labor and congress of industrial organizations). Et ce, malgré la campagne menée par le cabinet juridique Jackson Lewis LLP, réputé pour ses stratégies anti-syndicales dans les entreprises qui l'emploient. La direction aurait même organisé des réunions dans l'usine pour dissuader les ouvriers de franchir ce cap.

"IKEA REGARDE LES ÉTATS-UNIS COMME LES AMÉRICAINS REGARDENT LE MEXIQUE"

Mais rien n'y fit. Cité par l'agence Bloomberg, le représentant syndical Bill Street établit la liste des griefs : bas salaires, discriminations, horaires lourds, suppression des augmentations, rythme de travail frénétique, heures supplémentaires obligatoires... Ce dernier reproche n'est d'ailleurs pas des moindres. "A New York, les heures sup' ne sont pas tellement problématiques, mais dans ces communautés rurales, très orientées vers les valeurs familiales et religieuses, ces conditions de travail sont apparues inacceptables", explique le syndicaliste, qui dénonce des pratiques du management "dignes des plantations". Par ailleurs, les ouvriers se plaignent de ne connaître leur planning du week-end que le vendredi, et d'être sanctionnés s'ils ne peuvent pas venir. Des problèmes de sécurité au travail sont évoqués. Enfin, six ex-employés noirs ont déposé plainte, s'estimant victime de discrimination raciale.

Autre motif d'indignation des salariés : la différence de traitement avec l'Europe. Pour Bill Street, le sentiment d'injustice n'est pas étranger à cette prise de conscience : ailleurs, Ikea sait suivre un autre modèle, et montrer un autre visage. Aux Etats-Unis, l'usine se comporte "de manière non suédoise", a ainsi estimé un quotidien stockholmois cité par Bloomberg. Le leader du mobilier de maison profiterait de la moindre protection des travailleurs américains : "C'est ironique, lance Bill Street. Ikea regarde les Etats-Unis comme la plupart des Américains regardent le Mexique." Et de préciser : à Danville, les employés à temps plein débutent avec un salaire horaire de 8 dollars (5,50 euros), contre 19 dollars (13 euros) en Europe. Les premiers ont douze jours de congés, dont huit à des dates déterminées par la compagnie, quand les Européens bénéficient de cinq semaines.

DERRIÈRE LE CODE DE CONDUITE

Ce réquisitoire ne manque pas de venir entacher "la réputation d'Ikea, globalement perçue comme une entreprise respectueuse des conditions de travail et de l'environnement", relève l'agence Associated PressLe groupe se targue notamment de respecter un code de conduite baptisé Iway (PDF), qui concerne entre autres les conditions de travail de ses employés, l'environnement et surtout, en l'occurrence, la liberté d'association et de négociation collective. Ikea a d'ailleurs officiellement accepté le vote des employés de Danville et annoncé qu'il coopérerait avec le syndicat, tout en niant les plaintes concernant le groupe. Mais ce n'est pas la première fois que la firme voit son image dégradée : révélation du recours à des paradis fiscaux ici, destruction d'espaces naturels protégés là, ou encore grèves contre des salaires trop bas.

Au-delà des ambiguïtés d'Ikea, les défenseurs américains du droit du travail espèrent voir, derrière ce vote, une victoire qui viendrait relancer une machine syndicale en perte de vitesse. Le taux d'adhésion atteint actuellement ses plus bas records, note Bloomberg : il concerne moins de 7 % des employés du privé. Un chiffre plus élevé qu'en France, où seulement 5 % de ces salariés sont syndicalisés selon l'Insee. Mais le système fonctionne différemment. Aux Etats-Unis, à l'image de l'élection de Danville, les salariés votent pour la présence du syndicat dans leur entreprise. Dans de nombreux Etats, tous les salariés sont alors obligés d'adhérer et de cotiser pour le syndicat élu. Ce n'est pas le cas en Virginie, où s'applique la législation baptisée "droit au travail" (Right-to-work). Y est interdit tout accord entre syndicats et entreprises qui imposerait aux employés, pour obtenir ou conserver leur poste, d'adhérer et de payer un syndicat. Cette loi, qui a pour conséquence d'affaiblir le syndicalisme, limite la portée de ce vote à l'usine Ikea de Danville, selon un porte-parole de l'organisation de défense des droits du travail "National right to work Committee".

Angela Bolis

Les commentaires sont fermés.