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18/08/2011

Si De Gaulle était encore là ...

... la politique serait d'un autre niveau !

lu sur :

http://eco.rue89.com/2011/08/17/de-gaulle-oserait-il-encore-se-moquer-de-la-bourse-218154-0

De Gaulle oserait-il encore se moquer de la Bourse ? 

Par François Krug | Rue89 | 17/08/2011 | 12H54

Si aujourd'hui les politiques font tout pour « rassurer les marchés », le général de Gaulle n'a pas hésité à railler la Bourse.

« La politique de la France ne se fait pas à la corbeille » : il y a 45 ans, le général de Gaulle pouvait se moquer ouvertement de la Bourse sans que l'économie s'effondre. S'il était encore en poste aujourd'hui, pourrait-il encore prononcer cette phrase ? Ou devrait-il, selon l'expression désormais consacrée, tout faire pour « rassurer les marchés » ?

C'est le 28 octobre 1966, lors d'une conférence de presse à l'Elysée, que le général de Gaulle prononce sa fameuse petite phrase. Un journaliste lui demande, avec toute la déférence d'usage à l'époque, son analyse : pourquoi la Bourse va-t-elle mal… alors que l'économie va bien ?

La réponse peut surprendre aujourd'hui. La Bourse, ça va, ça vient, mais ça n'a aucune influence sur l'action du gouvernement, explique De Gaulle, applaudi par les journalistes. (Voir l'extrait - la vidéo de la conférence de presse est disponible en intégralité sur le site de l'Ina.)




 

 

C'était une autre époque. Une époque où la Bourse n'était pas encore dématérialisée, et où les agents de change négociaient les actions autour de la « corbeille » du palais Brongniart. Une époque où on ne parlait pas encore de CAC 40 (l'indice parisien a vu le jour en 1988) ou d'agences de notation. Une époque d'économie planifiée par l'Etat et, surtout, d'expansion économique : nous étions en pleines Trente Glorieuses.

De Gaulle n'était pourtant pas anticapitaliste. Lors de la même conférence de presse, il souligne le rôle important des investisseurs dans l'économie.

Pas pour leur donner des gages, mais pour les remercier d'apporter aux entreprises les capitaux nécessaires à leur développement. Et pour expliquer que « les travailleurs » doivent, désormais, avoir « droit à une part capitalisée des plus-values du capital ». Cette défense de l'intéressement est aussi un thème cher à Nicolas Sarkozy, de ses discours sur un partage des profits en « trois tiers » à son projet « prime contre dividendes ».

 

Comment Sarkozy a réinterprété la formule de De Gaulle

Nicolas Sarkozy, justement, oserait-il lui aussi dire que « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille » ? En 2010, il avait repris à son compte la formule gaullienne. En lui donnant une interprétation plus adaptée à l'époque, et peu susceptible d'inquiéter les marchés financiers.

Lors de l'anniversaire de la mort de De Gaulle à Colombey-les-deux-Eglises, en novembre 2010, Nicolas Sarkozy expliquait dans son discours :

« Il avait toujours su qu'à craindre de se projeter en avant pour choisir son destin, on finit toujours par se le faire imposer par d'autres. Et quand il avait dit que la politique de la France ne se faisait pas à la corbeille de la Bourse, c'est parce qu'il n'avait jamais attendu que la Bourse décide à sa place des mesures nécessaires à la bonne gestion de l'économie. »

De Gaulle lui-même pourrait-il encore prononcer sa fameuse formule ? Aujourd'hui, chaque mot compte. Chaque geste aussi : la semaine dernière, la simple convocation d'une réunion à l'Elysée a suffi à alimenter la rumeur d'une faillite de la Société générale. Selon l'expression désormais consacrée par les médias, les hommes politiques doivent avant tout « rassurer les marchés ».

Pas sûr, donc, que l'un d'eux reprenne la formule de De Gaulle dans son sens initial, plein de moquerie et d'indifférence aux « marchés ». Ou qu'il ose même reprendre les termes de Nicolas Sarkozy, qui avait pris des accents gaulliens dans son grand discours de Toulon sur la crise financière, en septembre 2008 :

« L'idée de la toute-puissance du marché est une idée folle. »

Illustration : capture d'écran d'une conférence de presse du général de Gaulle.

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