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29/08/2011

Les effets du climat sur les conflits

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/08/26/de-l-effet-du-climat-sur-les-conflits-armes_1563741_3244.html

De l'effet du climat sur les conflits armés

LEMONDE.FR | 26 août 2011 | Angela Bolis | 863 mots

 

En 2007, un rapport du PNUE (Programme des Nations unies pour l'environnement) soulignait les liens entre changement climatique et insécurité mondiale, désignant les principaux "points chauds" : nord et sud de l'Afrique, Sahel, Méditerranée... Fin juillet, c'est le conseil de sécurité de l'ONU qui a fait entendre sa voix sur le sujet. Des "casques verts" seraient même en gestation pour régler ces conflits liés au changement climatique et ses symptômes – sécheresse, pénurie d'eau, événements climatiques extrêmes, réduction des territoires avec la montée du niveau de la mer, etc.

Mercredi 24 août, une étude publiée dans la revue Nature apporte un élément supplémentaire en faveur de ce lien controversé entre guerre et climat. Cette fois, ce n'est pas le changement climatique dans sa globalité qui est examiné, mais un phénomène qui ne lui est pas tout à fait étranger : El Niño, ce courant suspecté d'être quelque peu chamboulé par le réchauffement planétaire, et qui provoque la migration des eaux chaudes de l'Ouest du Pacifique vers l'Est, créant sécheresses et ouragans. Son pendant, La Niña, période intermédiaire plus froide, est également scruté.

Résultats de l'étude : dans les pays tropicaux, il y aurait deux fois plus de risques de conflits armés pendant les années chaudes et sèches d'El Niño que pendant la fraîche saison de La Niña. Ce risque passe, plus précisément, de 3 à 6 %. Un cinquième des 240 conflits qui ont éclaté entre 1950 et 2004 dans ces pays exposés au courant sont survenus aux périodes où El Niño était "actif".

Difficile néanmoins d'affirmer un lien de causalité entre variations climatiques et belligérances humaines. Les auteurs glissent quelques suggestions : dans une situation d'instabilité, un conflit qui couvait déjà pourrait éclater prématurément pendant cette période chaude. Autre cause avancée : la sécheresse causée par El Niño sape les récoltes, ce qui entraîne une pénurie alimentaire et une chute des revenus agricoles. Enfin, "des psychologues pensent que les comportements agressifs sont généralement plus répandus lors de vagues de chaleurs exceptionnelles", avance le rapport.

QUID DU PRINTEMPS ARABE ?

L'année 2011 est placé sous le signe d'une arrivée de la Niña. On ne pourra donc reprocher à son alter ego d'être en cause dans le vent de révoltes qui traverse les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Toutefois, là encore, ces troubles pourraient ne pas être tout à fait étranger au climat, à travers son impact sur l'agriculture et l'alimentation.

C'est ce qu'avance une autre étude, publiée le 11 août par des scientifiques du New England complex systems institute (Etats-Unis), qui défriche ce même champ d'investigation. Celle-ci ne se risque pas à établir les causes profondes de ce mouvement de révolte – pauvreté, chômage, système politique, injustices sociales, droits de l'homme... Mais elle s'attaque à son élément déclencheur, la question étant : pourquoi les révoltes ont-elles éclaté à ce moment précis, plutôt qu'à un autre, dans des dictatures en place depuis des décennies ? Réponse : à cause de la hausse des prix des aliments.

Et de fait, là encore, la coïncidence est éloquente, comme le montre le graphique ci-dessous : la courbe noire correspond aux indices des prix de l'alimentation de la FAO (agence onusienne de l'alimentation et de l'agriculture), les lignes rouges à la date de début de conflits civils. Le premier pic retrace les quelque soixante émeutes de la faim qui se répandirent dans une trentaine de pays en 2008 (selon l'étude). Le second dessine les contours du printemps arabe, jusqu'ici moins explicitement associé à la question de la sécurité alimentaire.

Coïncidence entre la courbe de l'index des prix de la FAO (en noir) et le déclenchement de conflits (en rouge).

 

Les auteurs du rapport rappellent que le mariage entre faim et révoltes ont une longue tradition historique. Car comment soutenir un régime politique perçu comme incapable d'assurer la sécurité fondamentale de la population ? "Perçu", car ce gouvernement n'a pas forcément, en réalité, de responsabilités dans un système alimentaire globalisé, précise le rapport.

PRÉVOIR LES CONFLITS SELON LA COURBE DES PRIX ALIMENTAIRES

Selon un récent rapport de la FAO, cette escalade des prix alimentaires – de + 40% entre janvier 2010 et février 2011–  n'est pas terminée. Et pour l'étude américaine, au-delà de ces fortes fluctuations, la courbe des prix grimpe régulièrement depuis 2004. A ce rythme, ces prix moyens dépasseront un seuil de sécurité, au-delà duquel il y aurait de forts risques d'émeutes de la faim, dans un avenir très proche. D'ailleurs, ce seuil, situé à l'indice 210 de l'index des prix de la FAO, est déjà dépassé : aujourd'hui, en raison du pic exceptionnel des prix, il atteint 234.

Il y a peu de chance que cette tendance à la hausse fléchisse, puisque le réchauffement climatique menace de plus en plus l'agriculture, souligne le rapport. Parmi les causes de ces prix élevés, viennent en première ligne la spéculation des investisseurs sur les marchés des matières premières agricoles et la conversion de terres pour la production d'agrocarburants. Des facteurs évitables car issus de choix politiques, selon les scientifiques.

Bref, suite à ces observations, les scientifiques prévoient que "la sécurité des populations vulnérables sera largement et durablement compromise." Or en matière de prévision, ils ont déjà fait leurs preuves : le 13 décembre 2010, ils ont rendu un rapport au gouvernement des Etats-Unis identifiant le risque de troubles sociaux à cause des prix alimentaires élevés. C'était quatre jours avant l'immolation de Mohamed Bouazizi qui a mené à la révolte du peuple tunisien, précisent les auteurs.

Angela Bolis

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