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14/11/2011

EPR et EDF

lu sur :

http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/20111113trib000663723/en-pleine-polemique-sur-flamanville-edf-se-prepare-a-abandonner-l-epr.html

Si la mobilisation est absolue pour continuer l'EPR de Flamanville, EDF ne tient pas à poursuivre ce modèle. Le groupe travaille avec Areva et les Chinois à un nouveau réacteur.

 

EDF, dont une partie des équipes a toujours été hostile au réacteur EPR, développé par Areva et Siemens, propose une porte de sortie à l'affrontement entre Verts et PS sur l'EPR de Flamanville, en affichant sa volonté de laisser tomber ce modèle. Hervé Machenaud, membre du comité exécutif d'EDF, en charge de la production et de l'ingénierie, a commencé à dévoiler cette ligne lors d'une conférence de presse jeudi sur le chantier de Flamanville (Manche). « Un réacteur, quel qu'il soit, n'est jamais la fin d'une histoire technologique. L'EPR est le modèle dont on dispose en ce moment, que nous construisons ici et en Chine, bientôt j'espère en Grande-Bretagne, mais aussi en Pologne et en République tchèque. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille s'arrêter dans la réflexion sur le modèle suivant. »

En clair : EDF propose l'EPR tant qu'il n'aura pas un autre modèle dans ses cartons. Et l'électricien y travaille déjà. « Ce n'est pas grave. C'est comme dans l'automobile, il y a des modèles qui marchent plus ou moins », relativise-t-on chez EDF. L'électricien planche avec son partenaire, l'électricien chinois CGNPC, sur un autre réacteur, plus petit (1.000 MW contre 1.700 MW pour l'EPR). « Et celui-ci n'aura pas grand-chose à voir avec l'EPR », affirme un proche du dossier. Chez Areva, on s'affiche persuadé du contraire. « Nous travaillons avec EDF et les Chinois au développement d'un nouveau réacteur, pour lequel l'Atmea (version de l'EPR en 1.000 MW) servira de base », affirme Claude Jaouen, directeur réacteurs et services chez Areva. « En aucun cas. L'Atmea est un réacteur dessiné par des vendeurs, pas par des exploitants », rétorque-t-on chez EDF. « On remet tout à plat avec CGNPC. La première phase de conception est en cours, le ?basic design? devrait être terminé fin 2013 », ajoute-t-on chez l'électricien. Ce développement franco-chinois a été décidé il y a un an par les deux présidents de la République, qui en ont confié la responsabilité aux deux électriciens EDF et CGNPC. Pour tenter d'apaiser les tensions avec Areva, l'Élysée a chargé le CEA de superviser le tout. La tâche ne s'annonce pas aisée.

La pression des verts

En renonçant à bâtir une vaste série d'EPR, EDF ne cède pas à la pression des Verts. Une partie des équipes nucléaires de l'électricien juge depuis le début trop coûteux et trop sophistiqué ce réacteur, conçu sans eux. La conception de cet « European Power Reactor » a été lancée par Framatome (ex-Areva) et Siemens au début des années 1990 dans le cadre du rapprochement franco-allemand mené par Mitterrand et Kohl. Pragmatiquement, il s'agissait de préserver le savoir-faire des équipes d'ingénierie françaises au moment où le programme nucléaire hexagonal se terminait, et où l'Allemagne hésitait, déjà, sur le sort du sien. « L'EPR a été conçu principalement en Allemagne, sur le modèle du réacteur allemand Konvoi, deux fois plus cher que les centrales françaises », souligne un spécialiste du secteur. Tenu à l'écart, EDF ne l'a jamais digéré.

Le ressentiment a tourné à la franche animosité au début des années 2000 lorsque l'EPR, fraîchement dessiné, est venu représenter les couleurs françaises en Chine contre l'AP1000 de l'américain Westinghouse. Un casus belli sur un terrain où EDF, pionnier du programme nucléaire chinois, régnait en maître « En 2003, les Chinois étaient au bord d'opter pour la généralisation de la dernière génération de centrales françaises, dites N4, lorsque les Américains ont fait le forcing et surtout Anne Lauvergeon est venue s'opposer au N4 pour vendre son EPR », se souvient un ancien d'EDF en Chine. Le bilan des deux chantiers d'EPR en France et en Finlande, où délais et facture ont doublé, passant de quatre à huit ans et de 3 à 6 milliards d'euros, ont achevé de sceller le sort de l'EPR chez EDF. Accessoirement, chez l'électricien, on veut croire qu'une promesse du style « on finit Flamanville, mais on ne construit pas d'autres EPR » pourrait fournir un terrain d'entente entre Verts et PS, et préserver le futur du nucléaire en France.

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