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23/11/2011

Tout ce que vous devez savoir sur le Mox

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http://www.lepoint.fr/societe/tout-ce-que-vous-devez-savoir-sur-le-mox-22-11-2011-1398929_23.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20111122

Le Point.fr - Publié le 22/11/2011 à 12:24 - Modifié le 22/11/2011 à 18:53

Tout ce que vous devez savoir sur le Mox

Origine, avantages et inconvénients d'un combustible qui suscite la controverse, à quelques mois seulement de l'élection présidentielle.

Le Mox, késaco 

Avant d'être la pomme de discorde entre écologistes et socialistes, le Mox, de l'anglais mixed oxide, est un combustible nucléaire à base d'oxyde mixte d'uranium et de plutonium. Il contient entre 5 et 10 % de plutonium et entre 90 et 95 % d'uranium appauvri. À l'origine, le Mox était le combustible des réacteurs à neutrons rapides, du type Superphénix, tous à l'arrêt depuis l'abandon de ce dernier, en 1997, par Lionel Jospin. La technologie qui permet sa fabrication est héritée du nucléaire militaire, puisque la production de plutonium a été lancée, dans les années soixante, pour les besoins de la bombe atomique.

Après l'arrêt de Superphénix, la décision a toutefois été prise en France de l'utiliser dans les réacteurs électronucléaires existants qui fonctionnent normalement avec du combustible à l'uranium enrichi. 21 des 58 réacteurs français fonctionnent actuellement avec un maximum de 30 % de Mox.

Dans cette optique, les combustibles usés des centrales nucléaires sont entreposés, entre 3 et 5 ans, dans des piscines remplies d'eau (le temps que leur radioactivité baisse) avant d'être retraités par l'usine de la Hague dans la Manche. L'opération consiste alors à séparer l'uranium (95 % du total), le plutonium (1 %) des déchets ultimes (4 %). Le plutonium ainsi extrait est alors acheminé vers l'usine Melox de Marcoule, dans le Gard, qui est actuellement la seule au monde à fabriquer du Mox.

Quels sont les avantages de ce combustible ?

Son principal atout est d'offrir un débouché au plutonium issu du retraitement des combustibles effectué à la Hague ainsi qu'à l'uranium appauvri généré par les activités de l'usine d'enrichissement d'uranium du Tricastin, située dans la basse vallée du Rhône. Dans le même temps, il permet d'économiser de l'uranium enrichi et de réduire la quantité de plutonium (généré par les centrales) dans les déchets ultimes. Aux États-Unis et en Russie, le Mox a également été envisagé comme un moyen d'écouler du plutonium militaire devenu encombrant depuis le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de 1968.

En tant que combustible, Areva affirme que le Mox ne présente cependant pas de qualité particulière : il ne serait ni meilleur ni plus mauvais qu'un autre. 

Un avis que ne partage pas totalement Louis Mandicourt, ancien chercheur au CEA, pour qui l'utilisation de Mox dans les réacteurs à eau n'est pas optimale du point de vue de la physique nucléaire. Explications : "Le plutonium a quatre isotopes : Pu-239, Pu-240, Pu-241 et Pu-242. Les réacteurs du type Superphénix fissionnent ces quatre isotopes, tandis que les réacteurs actuels n'en fissionnent que deux (Pu-239 et Pu-241) et ... dégradent les autres. Le plutonium-240 donne alors de l'américium, tandis que le plutonium-242 donne du curium. Or, tous deux constituent des déchets hautement actifs dont on ne peut plus rien faire." Dommage ! Mais, derrière la filière française du Mox se cache aussi l'espoir qu'un jour de nouveaux surgénérateurs de type Superphénix puissent être mis en service...

Pourquoi le Mox est-il aussi décrié ?

"Tout simplement parce que le plutonium - qui n'existe pas dans la nature, mais qui est fabriqué par l'homme - est le corps le plus dangereux que l'on puisse trouver sur Terre", explique Bernard Laponche, ancien ingénieur au CEA désormais membre de l'association Global Chance. "Mettez-en un microgramme dans votre organisme et vous êtes à peu près sûr de développer un cancer." "Ainsi, un combustible Mox avant utilisation est-il un million de fois plus radioactif qu'un combustible à l'uranium", affirme le scientifique. De ce simple fait, il implique donc des précautions d'usage renforcées et des risques plus importants. "Étant beaucoup plus radioactif et aussi beaucoup plus chaud, il pose même des tas de problèmes de gestion dans les centrales, notamment de chargement dans les réacteurs", souligne Bernard Laponche. 

Une fois usé, le Mox doit également refroidir dans les piscines beaucoup plus longtemps qu'un combustible classique. Et in fine, il ne peut plus être retraité et doit donc être stocké. "Au total, il n'aura permis de réduire que d'environ 15 % la quantité de plutonium produite initialement", précise Bernard Laponche.

En outre, Greenpeace France souligne que la production de Mox engendre un dangereux transit de plutonium sur les routes de l'Hexagone, sans compter les rejets radioactifs atmosphériques et maritimes qui résultent du retraitement des combustibles usagés effectué à la Hague. Enfin, le Mox est soupçonné d'induire un risque de prolifération, l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) l'ayant elle-même classé dans la catégorie des matières fissiles utilisables à des fins militaires.

Combien la filière Mox représente-t-elle d'emplois ?

L'usine Melox d'Areva qui fabrique ce combustible emploie environ 1 300 personnes. Toutefois, les 5 000 salariés du centre de retraitement de la Hague sont également, au moins en partie, dépendants de la production de Mox.

Le Mox est-il un combustible du futur ?

Pour l'heure, force est de constater qu'il ne suscite pas d'engouement à l'échelle de la planète. Actuellement, seuls 10 % des réacteurs nucléaires utilisent ce combustible dont la moitié se trouvent en France... Areva espère convaincre d'autres pays d'opter pour le retraitement des déchets ainsi que certains futurs acquéreurs de l'EPR qui peut éventuellement fonctionner avec 100 % de Mox. L'entreprise déclare avoir à ce jour quatre clients à qui elle fournit du Mox : l'Allemagne, la Belgique, la Suisse et le Japon.

Quelques doutes subsistent pourtant sur les bénéfices que l'entreprise pourra tirer, à terme, de cette technologie. D'abord, parce que, parmi les actuels clients, l'Allemagne, la Belgique et la Suisse ont récemment décidé de sortir du nucléaire, respectivement en 2022, 2025 et 2034. Quant au Japon, il est aussi en proie à de sérieux doutes depuis l'accident de la centrale de Fukushima. Concernant l'EPR, la Finlande, premier client, n'a pas fait le choix du Mox. 

Il y a peut-être une raison simple à cela... Car, selon Bernard Laponche, compte tenu des cours actuels de l'uranium, l'opération n'est tout bonnement pas rentable... "Le retraitement des combustibles irradiés pour faire du Mox est plus coûteux que son stockage."

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