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01/12/2011

Nouvelle bataille scientifique sur le bisphénol A

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2011/12/01/nouvelle-bataille-scientifique-sur-le-bisphenol-a_1611875_3244.html

Nouvelle bataille scientifique sur le bisphénol A

Critiquée par son homologue européenne, l'agence sanitaire française gagne le soutien de chercheurs américains.

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) doit-elle revoir sans délai sa position sur le bisphénol A (BPA) ? Rassurant, son avis rendu en septembre 2010 ne préconisait pas de mesures particulières pour réduire l'exposition de la population à cette substance, présente dans un grand nombre de contenants alimentaires et détectable chez environ 95 % de la population occidentale. Mais l'opinion beaucoup plus alarmante formulée sur le même sujet, un an plus tard, par l'Agence de sécurité sanitaire française (Anses), a jeté le trouble.

Invitée par Bruxelles à se prononcer de nouveau sur les risques sanitaires présentés par cette molécule, l'EFSA maintient sa position. Dans un nouvel avis, rendu mercredi 30 novembre, l'EFSA critique en creux le travail de son homologue française, déclarant dans un communiqué que "les informations contenues dans le rapport de l'Anses et relatives aux effets du BPA sur la santé ne justifient pas une modification de l'opinion exprimée par le groupe scientifique dans son avis de 2010".

L'agence européenne ajoute toutefois qu'elle réexaminera en profondeur son avis en 2012, à la lumière de nouvelles études qui doivent être prochainement publiées aux Etats-Unis.

L'alarme donnée par l'Anses sur le BPA - à la suite de son homologue canadienne en 2008 - devient l'enjeu d'un affrontement scientifique inédit. Mardi, à rebours des conclusions de l'EFSA, un groupe de 32 chercheurs américains adressait en effet à la direction générale de l'Anses un texte de soutien. "Nous soutenons avec force l'approche mise en oeuvre par l'Anses dans son analyse des effets sur l'homme et l'animal du bisphénol A", écrivent les auteurs, parmi lesquels les premiers scientifiques à avoir mis en évidence les effets du BPA. "En particulier, nous applaudissons l'utilisation de toute la science disponible pour évaluer les risques potentiels posés par l'exposition à de faibles doses de BPA", ajoutent-ils.

Le sous-entendu est clair : pour les auteurs, si le groupe d'experts de l'EFSA demeure rassurant, c'est qu'il considère surtout les études commanditées par les industriels, au détriment de celles menées dans un cadre académique (universités, organismes publics de recherche), ce dont se défend Catherine Geslain-Lanéelle, directrice exécutive de l'autorité européenne. "Bien qu'elle affirme le contraire, l'EFSA est la dernière grande agence de sécurité sanitaire à fonder l'essentiel de son opinion sur les études industrielles dont les protocoles sont obsolètes et inadaptés", dit le biologiste Frederick vom Saal (université du Missouri, Etats-Unis), coauteur de la lettre de soutien à l'Anses.

Dans son communiqué, l'EFSA explique ses divergences avec l'Anses par le fait que le travail de cette dernière "se circonscrivait à une identification du danger, tandis (qu'elle-même) a réalisé une évaluation complète des risques associés au BPA". L'autorité européenne assure ainsi que la dose journalière admissible (DJA) pour le BPA a été établie en 2006 de façon "à protéger toutes les populations" et "pendant toute une durée de vie". Et qu'il n'y a aujourd'hui pas de nouveaux éléments pour la modifier.

"Il y a dans l'avis de l'EFSA des affirmations tellement fausses que cela en est à la fois perturbant et embarrassant, estime M. vom Saal. L'affirmation selon laquelle le BPA serait rapidement métabolisé est, par exemple, en contradiction avec un grand nombre de travaux et ne reflète pas les connaissances scientifiques actuelles."

D'autres considérations de l'avis européen sont carrément jugées "grotesques" par M. vom Saal. En particulier, le fait que l'EFSA estime que les corrélations entre exposition au BPA et certains effets sur l'homme ne prouvent pas un lien causal. "Pour obtenir le niveau de preuve demandé par l'EFSA, il faudrait mener des études cas-témoins sur des êtres humains, ce qui serait à la fois non éthique et illégal !, dit le biologiste américain. Il existe des études longitudinales (de suivi de populations) qui apportent de bons indices du lien causal."

Les auteurs de la lettre de soutien à l'Anses font en outre valoir que l'Endocrine Society a appelé, dès 2009, à ce que "les procédures d'évaluation des risques liés au BPA et aux autres perturbateurs endocriniens soient revues" pour "tenir compte de la science du XXIe siècle". La société savante a depuis été rejointe par sept autres sociétés scientifiques et médicales "rassemblant quelque 40 000 chercheurs et cliniciens". Peu suspecte d'alarmisme, l'Académie de médecine française a de même estimé, dans un rapport rendu le 9 novembre, que "la stratégie des autorités de toxicologie pour déterminer les DJA" du bisphénol A devait être remise en question.

S. Fo.

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