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25/01/2012

Les banques veulent pouvoir spéculer avec l'argent des petits déposants

lu sur :

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/01/25/hollande-suscite-un-tolle-en-voulant-en-finir-avec-la-banque-universelle_1634099_1471069.html

 

Hollande suscite un tollé en voulant en finir avec la banque universelle

Dans son discours au Bourget (Seine-Saint-Denis) le 22 janvier, le candidat PS a promis le vote d'une loi pour séparer les activités de crédit et de marchés des banques. Décryptage de cette mesure...

 

François Hollande dans les pas de Barack Obama et de David Cameron. En promettant le vote rapide d'une loi, s'il arrive au pouvoir, pour séparer les activités de crédit et de marchés des banques, le candidat du PS à l'élection présidentielle entend accompagner le mouvement international.

Le Royaume-Uni prépare une loi, inspirée par l'économiste John Vickers, pour isoler, d'ici à 2019, les activités de détail (la banque de dépôt) et de marché (la banque d'investissement). Les Etats-Unis, sans aller jusqu'à rétablir le Glass-Steagall Act – la loi de séparation bancaire adoptée en 1933, lors de la Grande Dépression, et abrogée en 1999 sur fond de dérégulation financière –, s'apprêtent à interdire la spéculation pour compte propre des banques, en application de la loi Volcker de 2010.

Destiné à "maîtriser" une finance devenue folle, le projet de M. Hollande vise à établir une cloison étanche au sein des banques, afin d'éviter que des "opérations spéculatives" ne mettent en danger l'argent des déposants et la capacité des banques à financer l'économie réelle.

"ARGENT TOTALEMENT FONGIBLE"

La distribution de crédits aux ménages et aux entreprises constitue la raison d'être des banques, fait valoir l'entourage de M. Hollande, et un soutien indispensable à la croissance. Or, comme l'explique au Monde l'ancien président du Crédit lyonnais, Jean Peyrelevade, patron de la banque Leonardo France et défenseur d'une telle réforme, "il n'existe pas de muraille de Chine au sein des banques, l'argent y est totalement fongible""La banque de dépôts émet de la monnaie, un bien public. Elle ne doit pas être exposée à des activités de marché volatiles", dit M. Peyrelevade, qui conseille François Bayrou. Une première étape consisterait à filialiser les activités de marché.

Aussitôt dévoilé, le projet du candidat PS a suscité un tir de barrage des banques, vent debout contre l'ingérence du politique dans leurs affaires, et de l'UMP. "C'est une fausse bonne idée, conteste René Ricol, commissaire général à l'investissement et possible directeur de campagne de Nicolas Sarkozy. Ce sont de pures banques d'investissement américaines qui ont déclenché la grande crise financière de 2008 !"

CONTRE-EXEMPLE ALLEMAND

Les détracteurs d'une telle réforme prennent appui sur les divisions des économistes, pour qui la ségrégation des activités bancaires pose autant de questions qu'elle en résout. En premier lieu, l'efficacité d'un tel projet n'est pas prouvée. "Les travaux académiques menés sur les cent dernières années, dont ceux de l'américain Ross Levine, dans les années 1990, n'ont pas établi de lien entre la séparation des activités bancaires et la stabilité du système financier", constate Gunther Capelle-Blancard, professeur à Paris-I.

Aujourd'hui, on s'aperçoit même que l'Allemagne, berceau de la "banque universelle", combinant banque de dépôt et de marchés, n'a pas connu de crise financière majeure. De la même façon, en France, c'est ce modèle universel qui a permis aux banques de résister aux crises de 2008, puis de 2011. Les bons résultats de la banque de dépôt ont compensé la chute brutale des activités de marchés.

L'importation, en France, d'un modèle de ségrégation conçu aux Etats-Unis, une économie dominée par les financements de marchés, fait aussi débat. "Est-ce transposable chez nous ? Est-ce pertinent ?, interroge M. Capelle-Blancard. En France et en Europe, les marchés ont un poids bien moindre qu'outre-Atlantique. Il serait difficile de revenir sur des décennies d'organisation du marché autour de la banque universelle."

"PRIVÉ D'UNE RESSOURCE PRÉCIEUSE"

De fait, déconstruire ce modèle supposerait d'être certain des bénéfices de la réforme. Or, là aussi, le doute règne. Les économistes craignent de fragiliser les établissements. "On risque d'affaiblir l'activité bancaire, avertit un proche de la Banque de France. La banque de marchés, utile à l'économie quand elle place les emprunts obligataires des entreprises, se trouverait privée d'une ressource précieuse, les dépôts bancaires. Surtout, la banque de dépôt ne pourrait plus être financée par la banque de marchés en période faste ni avoir accès aux conduits de liquidités que celle-ci lui offre ! On pourrait obtenir l'inverse de l'effet recherché et renchérir le coût des crédits !"

Des économistes recommandent des études préalables. "L'idée que la France pourrait introduire cette réforme seule et sans conséquence serait fausse, observe Nicolas Véron, du centre de recherche européen Bruegel. La loi ne s'appliquerait pas aux succursales françaises de banques étrangères." De surcroît, le projet ne saurait éclipser le sujet de la régulation, enjeu important alors que la finance a connu une forte croissance, depuis 1990, en Europe, à mesure que progressait la désindustrialisation.

>>> Lire aussi : Hollande aura fort à faire pour renégocier le "pacte budgétaire" européen

Anne Michel
Article paru dans l'édition du 26.01.12

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