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08/02/2012

La Russie, la Syrie et l'Europe

lu sur :

http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/michel-colomes/pourquoi-poutine-ne-veut-pas-lacher-assad-07-02-2012-1428406_55.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20120208

Pourquoi Poutine ne veut pas lâcher Assad

Quatre raisons pour lesquelles la Russie prend le risque d'une tension digne de la guerre froide pour soutenir le régime syrien.

"Ce sont des déclarations hystériques !" Avant même d'arriver ce mardi 7 février à Damas, Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, a donné le ton de sa visite à Bachar el-Assad en s'en prenant violemment aux critiques des Occidentaux après le veto opposé par Moscou à la dernière résolution du Conseil de sécurité sur les violences en Syrie. Pour protéger son seul allié au Proche-Orient, Moscou n'hésite pas à ressortir une panoplie verbale que l'on croyait disparue depuis la guerre froide. Autant dire que, sauf miracle, il y a peu à attendre de la visite du ministre des Affaires étrangères russe. Sauf, bien sûr, l'annonce d'un renforcement des liens et de la présence militaire russe dans un pays au bord de la guerre civile. Il n'est même pas sûr que Lavrov évoque auprès du despote de Damas les conséquences humanitaires dramatiques d'une répression de plus en plus aveugle qui a encore tué des dizaines de civils ces dernières nuits.

D'ailleurs, l'intransigeance de Moscou est soulignée par cette anecdote rapportée par l'ambassadeur de France aux Nations unies, Gérard Araud. Il a en effet expliqué au Monde que les Occidentaux avaient tellement amendé et adouci la résolution présentée au vote du Conseil de sécurité sur la Syrie que l'ambassadeur russe Vitali Tchourkine leur avait promis de recommander à son gouvernement un vote positif. Le lendemain, en séance, Tchourkine, crinière blanche, regard fixe, a pourtant levé la main pour s'opposer au texte proposé, sans trop oser regarder ses collègues, tant ce service commandé en forme de reniement lui était sans doute pénible.

Tirant les conséquences de cette position hostile qui constitue, comme l'a dit le ministre des Affaires étrangères du Qatar, "un permis de tuer donné à Assad", les États-Unis ont d'ailleurs fermé leur ambassade à Damas, tandis que Paris et Londres rappelaient leurs ambassadeurs en consultation. Pourquoi Poutine, qui jusqu'à l'affaire de Libye, il y a un an, semblait vouloir créer une sorte de partenariat aussi bien avec Obama qu'avec l'Europe de Sarkozy et Merkel, a-t-il pris le risque d'un retour à des relations aussi congelées que la Loire peut l'être cette semaine ?

- D'abord la Russie a eu le sentiment qu'en donnant son aval aux Occidentaux, l'an dernier, pour protéger les civils en Libye, elle s'était fait rouler dans la farine. C'était un blanc-seing pour renverser Kadhafi que cherchaient Sarkozy, Obama et Cameron. Et ils l'ont obtenu sans que Moscou puisse revenir sur le feu vert imprudemment donné.

- Ensuite la Syrie, dès les années 60, a fait partie des affidés de l'Union soviétique. Armement, investissements, soutien diplomatique, relais pour les espions du KGB, refuge pour les terroristes palestiniens protégés par le Kremlin... Hafez el-Assad, le père de Bachar, a été le meilleur allié de l'URSS au Proche-Orient. Son fils l'est redevenu après avoir un temps fait risette à Paris ou Washington.

- Depuis la chute du communisme, Moscou a d'autant plus prolongé ce partenariat qu'il était l'un des seuls qu'il lui restait dans la région. On estime à 20 milliards de dollars les investissements russes en Syrie, avec notamment une usine de traitement du gaz naturel à 200 kilomètres de Homs. Quant au plan militaire, outre la livraison récente d'avions de combat d'une valeur de 4 milliards de dollars, le port de Tartous, dont les travaux de modernisation viennent de s'achever comme prévu début 2012, est redevenu une base navale russe permanente où font escale navires lance-missiles et sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. Une position stratégique pour contrôler la flotte américaine en Méditerranée et dans le Golfe.

- Enfin la Russie se moque pas mal des condamnations et des menaces de la Ligue arabe éventuellement assorties d'un risque d'embargo sur le pétrole. Tout simplement parce que Moscou est un des plus gros producteurs mondiaux de gaz et de pétrole. Autant dire que ce sont les Russes qui ont la main sur les vannes des oléoducs alimentant un certain nombre de leurs clients, notamment européens, et pas l'inverse. C'est ce qu'on appelle une position de force.

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