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28/09/2012

Le peuplement de la Terre par l'homme moderne

lu sur :

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2012/09/27/le-plus-ancien-fossile-d-homme-moderne-asiatique-a-60-000-ans_1766925_1650684.html

Le plus ancien fossile d'homme moderne asiatique a 60 000 ans

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO

|27.09.2012 à 16h01• Mis à jour le28.09.2012 à 17h44

Par Stéphane Foucart

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L'histoire du peuplement de la Terre par l'homme moderne est avant tout une histoire de jalons. Une équipe internationale conduite par Fabrice Demeter (Muséum national d'histoire naturelle) vient d'en poser un nouveau avec la découverte, dans la forêt laotienne, d'un crâne d'Homo sapiens vieux de quelque 60 000 ans. C'est l'homme anatomiquement moderne le plus ancien exhumé jusqu'à présent en Eurasie. Mais, en dépit de son grand âge, il passerait aujourd'hui probablement tout à fait inaperçu. "Il est comme nous", résume M. Demeter. La découverte, faite en décembre 2009, a été publiée dans le courant de l'été dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).

 

L'histoire commence en 2003 avec la réouverture de fouilles menées dans les années 1930 dans la province laotienne de Huà Pan, à environ 260 km de Vientiane. Au pied du massif de Pà Hang, des fouilles ont déjà révélé des sépultures, datées d'environ 15 000 ans - rien de très ancien. Mais en 2008, au sommet du Pà Hang, le géologue de l'expédition, Philippe Duringer, découvre l'entrée d'une grotte masquée par la végétation. La cavité s'enfonce sous la montagne sur une longueur de 70 mètres. De premiers prélèvements de charbon de bois naturel, à quelque 2,5 mètres de profondeur, sont datés de 45 000 ans à 40 000 ans.

LA DATATION DIRECTE DU FOSSILE DONNE UN ÂGE D'ENVIRON 63 000 ANS

L'année suivante, en décembre, le crâne est retrouvé à quelque 2,35 mètres de profondeur, en bel état de conservation, pris dans les argiles accumulées au fond de la grotte. La datation directe du fossile, par la méthode dite de l'uranium-thorium, donne un âge d'environ 63 000 ans. Les couches stratigraphiques dans lesquelles il est découvert sont pour leur part plus récentes. "Il est probable que la communauté scientifique gardera plutôt une date autour de 50 000 ans comme datation du fossile, tempère le biologiste François Balloux, professeur à l'University College London. Ce qui n'enlève rien à l'importance et l'intérêt de la découverte."

Jusqu'à présent, les plus anciens fossiles de sapiens retrouvés en Eurasie - en Chine septentrionale et en Malaisie - sont datés autour de 40 000 ans. Un homme moderne vivant il y a quelque 60 000 ans en Asie du Sud recule de beaucoup ces dates, mais, selon M. Balloux, "ne révolutionne pas forcément notre vision de la colonisation de l'Eurasie".

ACCORD AVEC LA GÉNÉTIQUE

La coïncidence est d'ailleurs saisissante : de manière fortuite, dans la même édition de PNAS, M. Balloux et plusieurs chercheurs britanniques publient une modélisation du tempo de la colonisation de la planète par Homo sapiens, en mêlant des données génétiques actuelles et des données climatiques. Résultat ? L'homme moderne serait, selon cette simulation, arrivé il y a autour de 40 000 ans en Australie, vers 10 000 ans en Amérique du Sud et... autour de 60 000 ans en Eurasie.

Les données génétiques - qui permettent de remonter le temps grâce aux gènes de populations actuelles - correspondent donc plutôt bien avec le nouveau fossile, le plus ancien représentant de notre espèce découvert en Asie. Cependant, dans ce coin du monde, la génétique ne correspond pas toujours avec les jalons posés par les paléontologues. A Zhirendong, en Chine du Sud, une mandibule de sapiens "archaïque" - dont l'anatomie se rapproche de la nôtre, mais avec des traits propres aux humains archaïques - est ainsi datée autour de 100 000 ans.

Pour les généticiens, ce type de découverte ne peut aujourd'hui s'expliquer que par l'idée de sorties d'Afrique antérieures à la date couramment acceptée de 70 000 ans à 60 000 ans. Escapades dont les représentants se seraient éteints sans contribuer au patrimoine génétique de l'humanité actuelle. D'autres traces de sapiens (fossiles ou outils de pierre taillée) bien antérieures à 70 000 ans ont ainsi également été retrouvées, au Proche-Orient et en Arabie, et étayent cette hypothèse. Mais la génétique avance si vite que nul ne sait si elle tiendra longtemps.

Voici à peine trois ans, l'étude de nos gènes assurait que sapiens n'avait jamais frayé avec neanderthalensis - on sait aujourd'hui que c'est faux...

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