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10/10/2012

Sondages d'opinion: les méthodes de l'ex-président de la République (2)

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/10/10/sondages-de-l-elysee-comment-patrick-buisson-a-tisse-son-influence-et-impose-ses-idees-grace-a-ses-etudes_1772864_3224.html 

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Comment le conseiller a tissé son influence et imposé ses idées grâce à ses études

LE MONDE |10.10.2012 à 11h31 • Mis à jour le10.10.2012 à 11h36

Par Emeline Cazi et Thomas Wieder

La foule est venue nombreuse, ce mardi 1er mai, place du Trocadéro, à Paris. A cinq jours du second tour de l'élection présidentielle, Nicolas Sarkozy ne paraît pas abattu par les mauvais sondages. Quarante minutes durant, il célèbre la "France du travail", dénigre les syndicats, fustige les 35 heures. Au pied de la scène, un homme l'écoute attentivement, guette chacune de ses formules, et désespère : tout cela, pense-t-il, manque singulièrement de muscle.

La veille au soir, à l'Elysée, lorsque le discours a été présenté à la garde rapprochée du président-candidat, Patrick Buisson l'avait déjà trouvé "bien trop plat". A plusieurs reprises, il a suggéré qu'on y glisse une référence aux "racines chrétiennes de la France". Henri Guaino, conseiller spécial et plume de Nicolas Sarkozy, s'y est opposé : comment prétendre, ensuite, être "un président républicain et laïc" ? Le chef de l'Etat, comme souvent, a écouté sans trancher. 

Le lendemain, ce n'est qu'à la toute fin du meeting que Nicolas Sarkozy rappellera cet "héritage (...) reçu de nos parents, reçu de nos grands-parents". "Personne ne nous interdira de revendiquer nos racines chrétiennes", clame-t-il devant une foule, comblée. Patrick Buisson sourit à son tour, satisfait. "Une minute avant, il était tout crispé, et puis soudain il a paru soulagé", raconte un membre de l'équipe de campagne.

PLUS DE 3,3 MILLIONS D'EUROS DE SONDAGES EN CINQ ANS

Les scènes comme celle-là sont rares. Patrick Buisson goûte peu les grands rassemblements. Lui dont Nicolas Sarkozy aime dire qu'il lui "doit d'avoir été élu", a toujours préféré les coulisses. Quand il sort de l'ombre, ce n'est qu'à des occasions bien précises : une rencontre avec le pape, un discours à la gloire de Jeanne d'Arc, un hommage aux harkis... D'habitude, c'est en tête-à-tête qu'il prodigue ses conseils. Toujours avec un sondage sous le coude, qu'il facture à prix d'or à l'Elysée.
En cinq ans, ce sont au total plus de 3,3 millions d'euros que la présidence de la République a versés à Publifact, la société de M. Buisson. Ses affaires auraient pu prospérer longtemps si la Cour des comptes n'avait décidé de contrôler le budget de la présidence et découvert ces sondages "exorbitants" dont l'objet avait parfois peu de rapport avec l'activité présidentielle.

Au moment où la Cour a soulevé les premières irrégularités au printemps 2009, Publifact n'a plus présenté de facture. Une nouvelle société, Publi-Opinion, a fait son apparition. A sa tête : Patrick Buisson et un certain Georges Buisson, son fils selon Télérama, à qui il confie la gérance. C'est Georges qui signera le nouveau contrat avec l'Elysée... avant de redéléguer à Patrick quelques mois plus tard.

Entre Nicolas Sarkozy et Patrick Buisson, le rapprochement a lieu début 2005. Chroniqueur politique sur LCI, le second a impressionné le premier en prédisant avant tout le monde la victoire du non au référendum sur le traité constitutionnel européen. Voilà un homme, pense-t-il, qui pourra m'être utile dans la conquête de l'Elysée.

"UN ETAT DANS l'ETAT"

Pendant la campagne de 2007, Patrick Buisson restera cependant "hors des radars". Il ne participe pas aux réunions de la petite cellule qui, autour d'Emmanuelle Mignon, éclaire M. Sarkozy sur l'état de l'opinion. On ne le croise pas au QG de la rue d'Enghien. Pour rencontrer le candidat, il traite avec Laurent Solly, son chef de cabinet au ministère de l'intérieur. Un circuit parallèle mais efficace : à un mois du premier tour, c'est lui qui suggère au candidat de créer un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. "Tactiquement, c'était très habile. Mais on était sur le cul. Tout s'est fait sans qu'on soit au courant de rien", se souvient un membre de l'équipe "officielle".

Nicolas Sarkozy aurait souhaité que Patrick Buisson ait son bureau à l'Elysée. L'intéressé a décliné, jaloux de sa liberté. Soucieux, aussi, de conserver sa société de conseil, fondée en 1988, à une époque où il travaillait comme journaliste pour la presse de droite et d'extrême droite, à Minute puis Valeurs actuelles. Hors de tout organigramme, il peut monnayer son expertise, comme il l'a fait jadis avec Philippe de Villiers, Alain Madelin ou François Bayrou, mais cette fois auprès du Président.

Définir sa place exacte dans le dispositif élyséen de M. Sarkozy n'est pas simple. "Un Etat dans l'Etat", dit un ancien conseiller. "Un électron libre", dit un autre. "Un objet non identifié", ajoute un troisième. En temps normal, il vient une à deux fois par semaine, avant l'heure du dîner, présenter ses analyses. "Il arrive avec des schémas, des chiffres, des sondages. Il est très sûr de lui. Personne ne le contredit", se souvient un habitué de ces réunions, qui découvrira la nature des sondages commandés par Buisson lorsque les études seront publiées dans la presse.

Pendant la campagne, il était un régulier de la réunion de 19 heures. En mars, c'est lui qui convainc M. Sarkozy que "le premier sujet de préoccupation [des Français], c'est cette question de la viande halal".

AUCUN APPEL D'OFFRES

Pour présenter ses enquêtes à l'Elysée, M. Buisson n'a dû répondre à aucun appel d'offres. La signature de ses contrats bafoue toutes les règles du code des marchés publics. "Lorsqu'on est arrivé à l'Elysée, personne ne s'est posé la question de rédiger un appel d'offres. Il n'y en avait pas pour la boucherie ou la tente du 14-Juillet, alors pourquoi un pour les sondages?", reconnaît un ancien membre du cabinet.

Aussi étrange que cela puisse paraître, l'Elysée n'est pas soumis aux mêmes règles de transparence que les ministères. Longtemps, jusqu'à ce que le député socialiste René Dosière parvienne à le reconstituer, le budget de la présidence est resté opaque. La Cour des comptes espère aujourd'hui pouvoir y mettre de l'ordre. Son premier rapport sur les dépenses de l'Elysée, en 2009, fut un premier pas. Les nombreux dysfonctionnements relevés alors auraient pu conduire les magistrats à saisir la justice. Mais ils ont considéré que la publication de ce premier rapport avait suffi à dénoncer ces écarts.

Grâce aux liens privilégiés noués avec des personnes clés du pouvoir, Patrick Buisson a diffusé très largement ses idées. Camille Pascal, ancien secrétaire général de France Télévisions arrivé à l'Elysée fin 2010 et rapidement chargé des "discours émotionnels et mémoriels", selon ses propres mots, lui en soumettait très souvent le premier jet. "Je testais sur lui des formules. Patrick est un historien, comme moi. Il voit les choses sur la durée. Il a une vision épique du roman national", confie-t-il.

Ecouté de Laurent Wauquiez, ancien ministre des affaires européennes puis de l'enseignement supérieur, M. Buisson est également proche des cofondateurs de "la Droite forte" au sein de l'UMP : Guillaume Peltier, passé par les jeunesses du Front national, et Geoffroy Didier, ancien conseiller de Brice Hortefeux. Ces derniers, aujourd'hui derrière Jean-François Copé pour la présidence de l'UMP, se souviennent de leurs "regards embrumés" lorsque Nicolas Sarkozy "parlait de la France, ce pays de civilisation chrétienne aux quarante-cinq mille clochers".

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et aussi :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/03/12/sondages-l-elysee-somme-de-communiquer-ses-etudes_1656526_3224.html

Sondages : l'Elysée sommé de communiquer ses études

 

Article publié dans l'édition du Monde du 12 mars 2012.

LE MONDE | 12.03.2012 à 15h25 • Mis à jour le 10.10.2012 à 11h30

Par Emeline Cazi

Pendant des mois, l'affaire des sondages de l'Elysée a pris les allures d'un tournoi de ping-pong entre le parquet de Paris et le juge Serge Tournaire, désigné pour cette enquête. Le premier s'opposant à ce que le second instruise ce dossier, au nom du statut particulier du chef de l'Etat.

Le 7 novembre 2011, la cour d'appel de Paris a tranché. En réaffirmant le "principe constitutionnel de l'inviolabilité du président de la République", elle fermait la porte à toute instruction. La cour estimait que l'enquête sur la convention passée entre l'Elysée et la société Publifact pourrait amener le juge d'instruction àperquisitionner l'Elysée, ce qui "reviendrait à ce que (le chef de l'Etat) fasse l'objet d'une action, d'un acte d'information ou de poursuite" et conduirait donc "à porteratteinte au principe constitutionnel de l'inviolabilité du président de la République".

SILENCE PERSISTANT

Me Jérôme Karsenti, l'avocat d'Anticor, s'est depuis pourvu en cassation. "Seul le juge d'instruction aurait pu à un moment donné de ses investigations dire qu'il était gêné par l'article 67-2 de la Constitution, explique l'avocat. Mais auparavant, il aurait pu auditionner Patrick Buisson (le responsable de Publifact) ou encore Emmanuelle Mignon (l'ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, qui avait signé la convention) sans porter atteinte au statut du chef de l'Etat". L'affaire doit toujours être jugée.

Une décision du tribunal administratif de Paris, rendue le 17 février, pourrait en revanche pousser l'Elysée à communiquer très prochainement les documents relatifs à ces sondages litigieux. La ténacité d'un ancien conseiller municipal écologiste de Grenoble (Isère), Raymond Avrillier, lequel s'était déjà illustré dans les années 1990 pour dénoncer le système Carignon, a eu raison du silence de l'Elysée.

Deux semaines après la publication, en 2009, du rapport de la Cour des comptes sur les dépenses de la présidence, M. Avrillier demandait au secrétaire général de l'Elysée de lui communiquer l'ensemble des documents en lien avec ces sondages "au coût exorbitant". En novembre 2009, la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) appuyait sa requête. Devant le silence persistant de l'Elysée, le 29 décembre 2009, l'élu écologiste saisissait le tribunal administratif de Paris. Lequel lui a donné raison.

Dans son jugement du 17 février, ce dernier enjoint au "secrétaire général de la Présidence de la République de communiquer (à Raymond Avrillier) dans un délai d'un mois" les "conventions d'études commandées et financées par la présidence de la République durant les années 2007-08-09""les factures correspondant (es)""la convention signée le 1er juin 2007""les contrats passés entre la présidence (...) et le cabinet Giacometti-Péron entre 2005 et 2009". L'Elysée doit également verser 150 euros à M. Avrillier. Il reste moins d'une semaine à la présidence pour s'exécuter.

Emeline Cazi

L'affaire des sondages de l'Elysée

Commentaires

Les mécanismes de dialogue social dans les pays européens sont fonction du degré d'intervention de l'Etat dans l'économie. A ce titre, la France tend à devenir une exception. Les pays où la négociation collective s'appuie encore sur le triptyque Etat-syndicats-patronat sont de moins en moins nombreux.

Écrit par : le pigeon | 10/10/2012

Syndicats = planqués et charlatants
Le froid arrive... les pancartes s'effacent... les élections arrivent elles aussi dans les entreprises... On peut critiquer le pouvoir avec ses coups de marketing avant chaque élection, mais ces charognards de syndicalistes sont pareils! Dans ma boite (360 personnes), les syndicats "recrutent" à tour de bras afin de grapiller 3 sièges au C.E. ou au D.P... et au final.. combien de nos/vos prétendus représentants syndicaux le sont vraiment? J'ai versé dans le syndicalisme des années durant et j'en suis revenu, plus dégouté que jamais par une absence quasi totale du sens collectif... En fait, ce ne sont que des ramassis de planqués qui voient derrière leur étiquette syndicales une bonne opportunité de gratter ici et là des heures sur leur boulot réel en ajoutant à ceci les heure dites de "délégation" dont certains se servent pour aller faire leurs courses...! Certains ne travaille que 80h par an! Oui, 80 heures par an car ils sont planqués le restant du tant a essayer de se faire élire dans toutes les commissions possibles afin de jouer les pseudo-intelligents auprès du patron! Mais le problème est que ces mêmes gros bons-à-rien prennent bien leurs distances avec la masse salariale une fois qu'ils ont dégoté la place qu'il escomptaient avoir ausein de l'entreprise...! Je me retiens d'être malpoli mais je vous assure que les mots ne manqueraient pas à l'égard de ces vendus! Planqués va! Tous ces ramassis de pseudo-pro du droit du travail sont aussi compétents que les charlatants qui vendaient leurs potions pour les cheveux! Cela me dégoute!

Écrit par : le pigeon | 10/10/2012

manipulation
on constate qu'il y a cinqt ans de ça les syndicats étaient dans la rue les ouvriers en greve aujourdhui que la france vas plus mal nos glorieux syndicats victimes de leurs soumissions aux dirigents en place brillent par leurs absences .bravo la neutralités et le respect de l'ouvrier.

Écrit par : le pigeon | 10/10/2012

Florange:
Les syndicats s'interrogent et attentent.......
Si la droite était au pouvoir ils seraient déjà dans la rue à mnifester et à hurler des injures...Bravo la gauche.
Lorsque Sarko n'a pas pu les recevoir dans l'immédiat quel scandale! Les médias ne parlaient que de ça, et là pas de problème on attend.

Écrit par : le pigeon | 10/10/2012

Le problème vient de notre "démocratie représentative".
Est-il normal que, dans une démocratie, "représentant-élu-du-Peuple" soit une PROFESSION ?

Même problème pour les syndicats :
à partir du moment où "représentant des salariés" apporte des avantages en argent ou en nature, la fonction devient une profession car ceux qui l'obtiennent s'incrustent !

Écrit par : D2R2 | 11/10/2012

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