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23/10/2012

Religion et politique (2): en Iran

lu sur  :

http://www.lepoint.fr/monde/iran-ahmadinejad-ne-peut-pas-entrer-en-prison-22-10-2012-1519680_24.php?xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20121023

Iran : Ahmadinejad ne peut pas entrer en prison !

Le président iranien s'est vu refuser l'accès à la plus grande prison politique du pays par la justice iranienne.

On peut avoir jeté des milliers d'opposants iraniens en prison et se voir dans le même temps refuser l'entrée du plus grand établissement pénitentiaire d'Iran. Voici l'étonnant camouflet infligé dimanche au président iranien Mahmud Ahmadinejad. Symbole de son inévitable éviction de la vie politique iranienne, le chef de l'État, qui ne peut de toute façon pas se représenter à un troisième mandat consécutif, a subi l'affront de voir sa demande de visite à la tristement célèbre prison d'Evin, au nord de Téhéran, publiquement rejetée par la justice iranienne.

"Alors que nous faisons face à des circonstances particulières et que les priorités du pays sont l'économie et les conditions de vie de la population [...], toutes les autorités devraient se concentrer sur les questions essentielles [...], et la visite d'une prison est secondaire", a affirmé dimanche, selon l'AFP, le porte-parole de l'autorité judiciaire, le procureur général Gholam Hossein Mohseni Ejeie. Pour ce haut responsable iranien, considéré comme un proche du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, cette demande de Mahmud Ahmadinejad "revêt une dimension politique" et "le moment n'est pas approprié" pour cette visite.

"Un geste politique"

"C'est la première fois dans l'histoire de la République islamique qu'un président iranien souhaite se rendre à Evin", rappelle une source proche du dossier. "Compte tenu de la symbolique du lieu, ce geste spectaculaire est forcément politique." Rien que ce lundi matin, dix trafiquants de drogue y ont été exécutés, en dépit des manifestations de leurs familles et de plusieurs appels d'Amnesty International à la clémence. Mais la demande du chef de l'État daterait en réalité du 8 octobre dernier. D'après l'agence de presse officielle Irna, l'autorité judiciaire en charge du système pénitentiaire avait tout d'abord décidé de "reporter" la visite, une façon courtoise de lui signifier son refus.

L'Iran étant une République, la séparation des pouvoirs demeure - tout du moins officiellement - garantie par la Constitution. Si le président souhaite se rendre à la prison d'Evin, il doit donc obtenir au préalable l'autorisation du pouvoir judiciaire, peu importe son rang. Connu pour son insolence, Ahmadinejad aurait alors décidé de rendre publique une lettre de mécontentement, ce qui a entraîné la cinglante réponse de ce dimanche. Pourquoi le président ultraconservateur désirait-il tant se rendre à Evin ? D'après la justice iranienne, qui a précisé qu'Ahmadinejad "n'a jamais fait une telle demande depuis sept ans et demi qu'il est président", la demande était liée à "la présence dans la prison d'une personne qui lui est proche".

Un conseiller en prison

Une allusion à peine voilée à son conseiller de presse, Ali Akbar Javanfekr, également directeur de l'agence Irna, qui purge depuis septembre une peine de six mois de prison pour publication d'informations "contraires aux codes islamiques et à la morale". Le conseiller avait été arrêté en Iran pendant le séjour à New York du président iranien, à l'occasion de l'Assemblée générale des Nations unies. "À son retour, Mahmud Ahmadinejad a assuré qu'il interviendrait à un très haut niveau en faveur du directeur de presse. Or, personne n'a voulu lui offrir cette carte", explique la source.

Ali Akbar Javanfekr est le dernier proche du président en date à avoir été incarcéré dans la plus grande prison politique d'Iran. Accusé de mener un "courant déviationniste" louant le nationalisme iranien par opposition à l'islamisme des ayatollahs, le camp Ahmadinejad est soupçonné de vouloir limiter le rôle politique du clergé chiite. Ces "déviationnistes" viennent rejoindre à Evin les "hypocrites" de la Révolution islamique de 1979 (nom donné par le régime aux Moudjahidines du peuple iranien), mais aussi les "séditionnistes" du Mouvement vert.

"Déviationnistes" et "séditionnistes"

Ironie du sort, c'est justement contre la réélection de Mahmud Ahmadinejad à la présidence que les militants du Mouvement vert avaient manifesté à travers le pays en 2009. Or, à l'époque, le président ultraconservateur avait bénéficié du soutien total du guide suprême, qui, redoutant une vague de réformes en Iran, avait entériné les résultats du scrutin et ordonné la répression sanglante des manifestants. Conforté à son poste, Mahmud Ahmadinejad a dès lors tenté de s'affranchir du pouvoir de son mentor. Au grand dam de celui-ci.

La guerre fratricide, menée au sein même du régime islamique, a alors éclaté au grand jour. Estimant que le président bafouait la séparation des pouvoirs, le parlement iranien, acquis aux conservateurs modérés proches du guide, a menacé à plusieurs reprises Ahmadinejad de destitution. De son côté, le chef de l'exécutif n'a pas hésité à accuser l'appareil judiciaire de n'être que l'instrument de ses adversaires. Mais son bilan à la présidence parle pour lui. Affaibli par une crise économique sans précédent, conséquence directe des sanctions internationales, mais aussi de sa gestion hasardeuse du pays pendant huit ans, Mahmud Ahmadinejad paraît définitivement écarté du pouvoir.

Sans compter que le président demeure lui-même sous le coup d'une nouvelle convocation par le Parlement, qui le juge responsable de la spectaculaire chute de la monnaie iranienne. Ahmadinejad, qui avait annoncé en juin dernier son souhait de se retirer de la vie politique, gardait toutefois l'espoir de voir lui succéder en juin 2013 son bras droit, l'influent conseiller Esfandiar Rahim Mashaei, pour mieux revenir au pouvoir dans quatre ans. Mais il doit se rendre à l'évidence : n'est pas Vladimir Poutine qui veut en République islamique d'Iran. 

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