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26/10/2012

Trafic de drogue, fisc, politique

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/10/25/reseau-de-blanchiment-ces-notables-qui-fuyaient-le-fisc_1780995_3224.html

Réseau de blanchiment : ces notables qui fuyaient le fisc

www.lemonde.fr/.../reseau-de-blanchiment-ces-notables-qui-fuyaient...
il y a 18 heures – Sept notables, trois frères et l'argent de la drogue .... vaste affaire de blanchiment croise différents acteurs : aux escrocs et fraudeurs s'ajoutent ...

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LE MONDE |25.10.2012 à 14h07 • Mis à jour le25.10.2012 à 17h50

Par Yves Bordenave

 

Avocat, marchand d'art... L'élue Verte Florence Lamblin n'était pas la seule à brasser les billets.

Avocat, marchand d'art... L'élue Verte Florence Lamblin n'était pas la seule à brasser les billets. | Infographie Le Monde

 L'affaire qui vaut à Florence Lamblin, élue d'Europe Ecologie-Les Verts dans le 13e arrondissement de Paris, d'être poursuivie depuis le 13 octobre pour "blanchiment en bande organisée", éclabousse d'autres personnes soucieuses comme elle d'échapper au fisc. A l'instar de Mme Lamblin, six autres notables sont également mis en examen. Ils ont tous été laissés libres sous contrôle judiciaire. 

Lire : Blanchiment : Florence Lamblin n'a pas pensé que c'était de l'argent sale

Dans cet aréopage estampillé fraudeurs, se distinguent notamment un avocat, Robert Sellam, un marchand d'art, Thierry Librati, un entrepreneur, Thierry Schimmel Bauer, ou encore un marchand de biens, Anthony Pacini, qui se présentait sous le sobriquet de Toto.

Ils ont tous été surpris - à plusieurs reprises pour certains d'entre eux - en train de percevoir d'importantes sommes d'argent en liquide, entre 100 000 et 355 000 euros, des mains de Mardoché El-Maleh, demeurant à Lognes (Seine-et-Marne), mis en examen et placé en détention provisoire.

Ces fonds, Mardoché El-Maleh les tenaient de trafiquants de drogue. Il a reçu au moins à 25 reprises entre le 23 mars et le 24 août des sommes en espèces d'un montant total de 3 263 500 euros. "Le plus gros paquet que j'ai récupéré est de 370 000 euros. C'était place de la Nation", a-t-il avoué aux policiers lors de sa garde à vue.

Ces fonds lui parvenaient par sacs de la main de collecteurs - incarcérés eux aussi - "tous les quinze jours ou trois semaines". Dans son interrogatoire, dont Le Monde a eu connaissance, Mardoché El-Maleh explique qu'"habituellement, cela oscille entre 50 000 et 100 000 euros". Sur les instructions de son frère Meyer, gestionnaire de fortune installé à Genève, il les distribuait à ses "clients" - les fameux notables -, lesquels possédaient tous dans des banques suisses des comptes qu'ils dissimulaient au fisc français.

UN COFFRE PLEIN À CRAQUER

Ces comptes étaient débités d'un montant équivalent aux sommes empochées en cash - plus une commission d'environ 3 % - par le biais de virements internationaux parfaitement opaques vers des sociétés d'investissements que dirigeait Meyer El-Maleh, comme GPF, domiciliée à Genève, ou Yewdale et Globalised à Londres.

A propos de ses "clients", Mardoché El-Maleh, qui détaille un à un les divers versements - "Thierry Librati souhaitait des billets de 100 euros", dit-il par exemple -, précise : "Le point commun, c'est qu'il s'agit de personnes résidant en France disposant de comptes en Suisse. (...) Ils souhaitent récupérer leur argent en France et ils sont en contact avec mon frère Meyer."

 Le job n'était pas toujours simple et les "clients" pas toujours faciles à satisfaire. Certains n'appréciaient guère les coupures de 20 euros et le faisaient savoir à Meyer. "Les petits billets, tu sais très bien qu'on les prend pas ! Alors pourquoi tu les as pris ?", reproche un jour ce dernier à Mardoché.

Pour les enquêteurs, Meyer, détenu en Suisse, est l'homme-orchestre. Il "est le maître d'oeuvre de ce système, reposant sur un réseau très dense d'entités juridiques basées dans plusieurs pays. (...) Il apparaît comme un entremetteur capable de satisfaire deux démarches frauduleuses : d'une part évacuer le cash des trafiquants et d'autre part permettre à des délinquants financiers de prendre possession de sommes qu'ils ont escamotées".

TRAFIQUANTS DE STUPÉFIANTS

Depuis quand durait le manège ? Les enquêteurs n'ont pas la réponse. Toutefois, Mardoché El-Maleh leur a affirmé qu'il avait "commencé en 2010 [et qu'il avait] accéléré la cadence parce que les gens avaient besoin de plus d'argent".

En tout cas, l'affaire tournait à plein régime et l'argent rentrait en grosse quantité. Les sommes mises au jour par les policiers ne constituent qu'une partie du butin. Nessim El-Maleh, troisième membre de la fratrie - détenu en Suisse comme Meyer -, avait lui aussi son propre réseau de clients qu'il orientait vers Mardoché. "Il travaille avec Meyer. J'exécute leurs instructions", a déclaré Mardoché.

Les gains étaient tels que la famille avait ouvert un coffre au CIC à Paris et cela inquiétait Meyer. Il s'en est confié un jour à Nessim lors d'une conversation téléphonique que les policiers ont interceptée : "Il faut que je vide ce coffre parce que Mardoché il commence à halluciner." Questionné sur ce point, Mardoché l'a confirmé : "Effectivement, ce coffre était plein à craquer car il contenait plus de 700 000 euros. Il y avait trop d'argent. Il fallait le vider."

Outre la fratrie El-Maleh et leurs "clients" français, cette vaste affaire de blanchiment croise différents acteurs : aux escrocs et fraudeurs s'ajoutent des trafiquants de stupéfiants, Français et Marocains, vivant entre Casablanca et Paris. Un Marocain, actuellement recherché par la police, ami d'enfance et toujours proche de Meyer El-Maleh, faisait le lien entre les trafiquants de drogue et les "blanchisseurs".

Selon les enquêteurs, il est "manifestement au contact des exportateurs de produits stupéfiants". Il supervisait notamment les remises de fonds et les communications entre les divers intervenants. Il "m'avertit qu'une personne va me contacter pour me remettre des fonds", décrit ainsi Mardoché.

Les notables ignoraient l'origine des espèces. Ils ne sont pas visés dans le volet stupéfiants de ce dossier, baptisé "Virus" par les policiers qui ont mené les investigations en collaboration avec leurs collègues suisses.

Lire : Le blanchiment au cœur de la finance mondiale

Trafic de drogue

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