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24/12/2012

Collecte du sang et industrie parmaceutique

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/12/17/la-future-usine-a-cellules-du-lfb_1807341_3234.html

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La future usine à cellules du LFB

LE MONDE ECONOMIE | 17.12.2012 à 11h26 • Mis à jour le 17.12.2012 à 16h07 Par Annie Kahn

Il faudra attendre la fin 2013 pour voir fonctionner, aux Ulis (Essonne), un laboratoire pharmaceutique d'un nouveau genre. Le Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB) y a démarré le chantier d'une unité de production de traitements "cellulaires".

Des médicaments ultra-spécialisés, puisque chacun n'est destiné qu'à un patient et un seul. L'usine fabriquera des préparations "autologues", c'est-à-dire issues de cellules du patient lui-même et mises en culture pour être ensuite réinjectées. Ces traitements visent à soigner des maladies graves et rares.

Certains cancers du sang ; certains mélanomes malins - en réinjectant au malade des cellules saines de sa propre peau - ; des infarctus - en reconstituant des parties du muscle cardiaque à partir de cellules souches - ; des diabètes - en créant des cellules pancréatiques de production d'insuline.

Dans un premier temps, ces traitements seront utilisés dans le cadre d'essais cliniques, pour prouver leur efficacité. Avant d'obtenir une autorisation de mise sur le marché, comme pour tout médicament. Une étape qui, selon Christian Béchon, PDG du LFB, n'aurait été franchie, pour ce type de produits, par aucun groupe pharmaceutique dans le monde.

ENTREPRISE PARTICULIÈRE

Le LFB est une entreprise particulière : l'Etat est son unique actionnaire. Les raisons en sont historiques. La société a été créée en 1994, année de l'ouverture du marché des produits sanguins ; et après l'affaire du sang contaminé.

Le gouvernement avait alors décidé de supprimer le Centre de transfusion sanguine et de le remplacer par deux entités : l'Etablissement français du sang (EFS), chargé de la transfusion du sang, et le LFB, pour la production et la distribution de médicaments dérivés du plasma sanguin, ouverts à la concurrence. Un marché mondial estimé à 11,7 milliards de dollars (8,9 milliards d'euros), en 2011, selon Nadège Penhaleux, responsable de mission chez Alcimed, société de conseil.

Créé sous la forme d'un groupement d'intérêt public (GIP), le LFB est devenu une société anonyme (SA) en 2006. Une SA qui a néanmoins des contraintes spécifiques : elle doit disposer de stocks suffisants pour servir les hôpitaux français. "Nous ne pouvons exporter des produits si un hôpital français en manque", explique M. Béchon.

Même si les ventes à l'international sont parfois plus rentables. En contrepartie, le LFB a l'exclusivité de l'utilisation du sang français recueilli par l'EFS.

Ce qui ne l'empêche pas d'avoir des rivaux étrangers privés, plus puissants financièrement, en France et ailleurs : le groupe américain Baxter (10,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires, dont 2,1 milliards sur le marché du plasma sanguin), l'australo-américain CSL Behring (3,4 milliards d'euros de chiffre d'affaires), ou l'espagnol Grifols (2,3 milliards d'euros). Des firmes cinq à vingt fois plus grandes.

AU SIXIÈME RANG MONDIAL

Le LFB se place au sixième rang mondial sur le créneau des médicaments dérivés du plasma, avec un chiffre d'affaires de 432,4 millions d'euros en 2011 et un effectif de 1 931 personnes. En 2011, le laboratoire a essuyé une perte de 6,9 millions d'euros. La raison en serait la baisse des prix des médicaments : de 10 % pour les immunoglobulines, de 9 % pour les facteurs de coagulation.

La concurrence est rude. Car si le LFB doit livrer les hôpitaux français, ceux-ci peuvent se fournir ailleurs. "Si nos produits sont plus chers que ceux de nos rivaux, nous perdons le marché", dit M. Béchon. Or, la matière première, le plasma, dont le coût équivaut au quart de son chiffre d'affaires, lui est vendu par l'EFS "au prix du marché".

Les groupes américains disposent d'une matière première moins coûteuse, selon M. Béchon. Aux Etats-Unis, "la collecte est payante, mais plus productive qu'en France, où elle est gratuite, mais moins efficace", juge-t-il. Ce qui permettrait à ces sociétés d'être plus rentables, de casser les prix en Europe, quand ils ont des stocks excédentaires, affirme le PDG français.

Le LFB, qui réalise 85 % de son chiffre d'affaires en France, se développe également à l'international. En mars, le laboratoire a signé un accord de licence avec la société américaine TG Therapeutics. Il a remporté un appel d'offres pour la construction d'une usine au Brésil, qui pourrait lui rapporter 160 millions d'euros de redevances sur cinq ans.

M. Béchon mise aussi sur la recherche pour se développer économiquement : "La bagarre du futur sera celle des médicaments issus du génie génétique et les thérapies cellulaires."

Raison pour laquelle il a décidé de la construction de l'usine des Ulis, d'un coût de 50 millions d'euros, financés pour moitié par le programme des Investissements d'avenir, pour un quart par les hôpitaux partenaires sous forme de frais de main-d'oeuvre, le LFB finançant le quart restant.

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