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16/01/2013

Les domestiques aujourd'hui

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/09/cent-millions-de-domestiques-dans-le-monde_1814398_3244.html

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Cent millions de "domestiques" dans le monde

LE MONDE | 09.01.2013 à 13h40 • Mis à jour le 09.01.2013 à 14h06 Par Rémi Barroux

On les appelle les "invisibles". Derrière les portes closes des habitations privées, ils font la cuisine, le ménage, s'occupent des enfants ou des personnes âgées. Souvent victimes de mauvais traitements, de violences physiques, voire d'abus sexuels, ils sont mal payés, peuvent travailler plus de soixante-cinq heures par semaine, disposant rarement de droits sociaux et d'organisations pour les protéger.

Ils, ou plutôt elles, puisque la grande majorité de ces travailleurs "domestiques" sont des femmes. L'Organisation internationale du travail (OIT) – agence des Nations unies regroupant les représentants des gouvernements, des employeurs et des salariés de 184 Etats –, qui publie, mercredi 9 janvier, un rapport leur étant consacré, estime qu'ils étaient 52,6 millions dans le monde en 2010, dont 83 % de femmes. Ce nombre a connu une forte augmentation, plus 60 % en quinze ans.

Mais les experts reconnaissent l'imprécision des chiffres. Le nombre de ces travailleurs dans le monde dépasse sûrement la centaine de millions. Dans tous les pays, les travailleurs domestiques sont souvent des migrants, parfois des sans-papiers non déclarés. Et les enfants de moins de 15 ans, employés à des tâches ménagères, ne sont pas comptés non plus.

"DE PLUS EN PLUS DE PERSONNES ÂGÉES DONT IL FAUT S'OCCUPER"

La crise économique a joué le rôle d'accélérateur, beaucoup de personnes sans emploi se tournant vers ce secteur. D'autres facteurs expliquent cette explosion du travail domestique. "Il y a de plus en plus de personnes âgées dont il faut s'occuper. Les femmes sont plus présentes sur le marché du travail, ce qui implique des personnes pour faire le travail domestique. Enfin, l'élévation du niveau de vie dans les pays en développement, par exemple en Afrique du Sud ou au Brésil, permet à de nouvelles classes moyennes de bénéficier de ces services", avance Martin Oelz, expert de l'OIT sur les conditions de travail.

En juin 2011, lors de sa conférence annuelle à Genève, l'OIT a adopté la convention n° 189 concernant "le travail décent pour les travailleuses et travailleurs domestiques" qui, pour la première fois, proposait des normes dans un secteur largement marqué par le travail informel. Pour entrer en vigueur, il fallait que deux pays la ratifient. C'est chose faite avec l'Uruguay, les Philippines et Maurice. D'autres pays sont engagés dans le processus de ratification : la Bolivie, le Nicaragua, le Costa-Rica, l'Italie. La France étudie la question.

Le 12 décembre 2012, dans le cadre de la campagne de la Confédération syndicale internationale pour atteindre l'objectif symbolique de douze ratifications, le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, s'est adressé à Michel Sapin, ministre du travail français. "La France s'honorerait à ratifier rapidement cette nouvelle convention, afin d'hâter son entrée en vigueur (...), compte tenu de l'urgence d'un traitement juste pour les travailleurs de ce secteur et du caractère novateur de cette norme traitant la difficile question des formes d'emploi précaire, voire informel, et qui s'apparente même à de l'esclavage dans certaines régions du monde", écrivait-il.

LA NORMALISATION DE CE SECTEUR EST COMPLEXE

Le ministère étudie les différences juridiques entre cette convention et le droit national, et devrait se prononcer sur la possibilité d'une ratification en février.

La normalisation de ce secteur est en effet complexe. "Un des problèmes est l'inviolabilité du domicile qui empêche tout contrôle d'un inspecteur du travail chez un particulier", explique ainsi Stéphane Fustec, secrétaire de la fédération CGT du commerce et des services. La situation n'est pas moins complexe au niveau international. Selon l'OIT, "10 % seulement de l'ensemble des travailleurs domestiques sont couverts par la législation générale du travail, et plus d'un quart d'entre eux sont totalement exclus du champ d'application des législations nationales".

Ils sont confrontés à des salaires très bas, dus à un faible niveau de qualification, à des horaires de travail excessifs, à l'absence de repos hebdomadaire, et "sont parfois en butte à des violences physiques, psychologiques et sexuelles, se voyant imposer des restrictions à leur liberté de mouvement", écrit l'OIT.

"PEUR DE FINIR À LA RUE OU D'ÊTRE RENVOYÉES DANS LEUR PAYS"

Ces abus ne sont pas le triste apanage de régions – à l'instar des pays du golfe Persique – où le droit du travail est quasi inexistant. Dans les parcs du 17e arrondissement parisien, à l'heure où les nounous promènent les enfants, Teresita Roque, une Philippine de 45 ans, tente de contacter ces femmes souvent isolées pour leur faire connaître leurs droits. Secrétaire de l'association AD'APH (Amicale d'auxiliaire parentale et humanitaire) ayant elle-même vécu plusieurs années dans la clandestinité, elle leur propose d'adhérer et de recevoir un spécimen de la convention collective. Voire de participer à un "bal nounou".

Aujourd'hui, la situation s'améliore grâce au travail commun des associations et des syndicats. Mais cela reste difficile. "Elles nous disent qu'elles ont besoin d'argent, qu'elles ont peur de finir à la rue ou d'être renvoyées dans leur pays", témoigne-t-elle.

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