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20/01/2013

L'Angleterre, la drogue, la Chine

lu sur :

http://www.lepoint.fr/c-est-arrive-aujourd-hui/20-janvier-1841-charles-elliot-s-empare-d-un-ilot-rocheux-qui-deviendra-hong-kong-20-01-2012-1421251_494.php

20 janvier 1841. Le jour où les Anglais s'emparent d'un îlot désert pour en faire Hong Kong.

Le Point.fr - Publié le20/01/2012 à 00:04- Modifié le20/01/2013 à 00:01

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Chassés de Canton par l'empereur de Chine, les Anglais abordent un îlot de pêcheurs, sous le commandement de Charles Elliot. 

À l'époque, c'est vrai, Hong Kong n'est pas encore le troisième centre financier du monde, habité par 7 millions de Chinois. Ce n'est qu'une île rocheuse occupée par 2 000 pêcheurs et producteurs de charbon de bois. Aucun intérêt à première vue. D'où l'incompréhension et même la colère du gouvernement anglais lorsqu'il apprend que le capitaine Charles Elliot, envoyé pour protéger les intérêts anglais à Canton, a négocié l'acquisition de cet îlot pourri pour accueillir la nouvelle colonie britannique.

 
 

Mais Elliot a-t-il réellement le choix ? La situation est très tendue entre l'Angleterre et la Chine depuis quelques années. Les Anglais sont les Colombiens de l'époque. Les plus grands trafiquants de narcotiques de l'époque. Pour financer leurs achats de thé en Chine, la Compagnie britannique des Indes orientales y écoule des milliers de tonnes d'opium (2 600 tonnes en 1838). Il y aurait au moins deux millions de Chinois accros. L'empereur et son gouvernement veulent mettre fin à ce scandale. D'où la première guerre de l'opium en 1839. Le représentant de l'empereur dans le sud-est de la Chine interdit le commerce de l'opium et ferme pour toujours l'accès à Canton aux dealers britanniques.

"Un rocher stérile sans la moindre bicoque"

Londres répond en envoyant un corps expéditionnaire placé sous le commandement du capitaine Charles Elliot. Celui-ci ne peut rien faire d'autre que d'embarquer les Britanniques jetés hors de Canton pour les mener dans un lieu où ils attendront le dénouement de la crise. Il choisit de mettre le cap sur Macao, tenu par les Portugais. Mais le gouverneur du territoire ne tient pas à indisposer l'empereur chinois, aussi invite-t-il Elliot à passer son chemin. Celui-ci ne va pas bien loin, il se rend de l'autre côté de l'embouchure de la rivière des Perles, pour jeter l'ancre dans la rade de Hong Kong. Il s'agit d'une modeste bourgade de pêcheurs implantée sur une île qui ne porte pas de nom. L'immense atout du lieu, ce sont des eaux profondes qui permettent aux gros bateaux de jeter l'ancre. Le 20 janvier 1841, après plusieurs affrontements armés avec les Chinois, le capitaine anglais parvient à contraindre le gouverneur de la province de céder l'île de Hong Kong à la couronne britannique. C'est la convention de Chuenpi.

Elliot exulte, il a obtenu une terre d'accueil pour les marchands anglais. Mais à Londres on rit jaune. Lord Palmerston, ministre des Affaires étrangères du gouvernement britannique, est furieux, car il espérait un traité commercial avantageux pour les intérêts britanniques. Et qu'obtient-il ? "Un rocher stérile sans la moindre bicoque." Le ministre refuse de ratifier le traité et vire Elliot de son commandement pour le remplacer par Henry Pottinger. À force de harceler les autorités chinoises, celui-ci contraint le gouverneur à signer le traité de Nankin (1842), bien plus favorable aux intérêts de la Couronne, qui néanmoins confirme la cession de l'île de Hong Kong. Le 26 juin 1843, celle-ci est élevée au rang de colonie de Sa Majesté. Lors de la deuxième guerre de l'opium, en 1860, la Chine cède la péninsule de Kowloon, située en face de l'île de Hong Kong. Et c'est parti pour une irrésistible ascension, tandis que l'incompris Charles Elliot poursuit sa carrière au Texas, aux Bermudes, puis à Sainte-Hélène... Triste fin pour l'inventeur de l'île la plus riche au monde.

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