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06/02/2013

Le moteur diesel, cette plaie, et les nouveaux nés

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/06/pollution-une-etude-montre-un-effet-des-particules-sur-le-poids-des-nouveau-nes_1827695_3244.html

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LE MONDE | 06.02.2013 à 13h27 • Mis à jour le 06.02.2013 à 13h28 Par Stéphane Foucart

Un élément de preuve décisif indique que les femmes enceintes les plus exposées aux particules fines de la pollution atmosphérique présentent un risque plus élevé d'accoucher d'un bébé dont le poids sera inférieur à 2,5 kg après une grossesse menée à terme. Cette insuffisance, qui touche environ 2 % des enfants, est associée à une probabilité plus forte de troubles ultérieurs.

La revue Environmental Health Perspectives (EHP) publie, mercredi 6 février, la plus vaste étude internationale menée à ce jour sur le sujet. Ces travaux, coordonnés par Tracey Woodruf (université de Californie à San Francisco) et Jennifer Parker (National Center for Health Statistics), ont consisté en l'analyse de trois millions de naissances, recensées dans quatorze centres urbains répartis en Amérique du Nord et du Sud, en Europe, en Australie et en Asie.

 

"Le résultat est conforme à de précédentes études qui suggéraient un tel lien", explique Rémy Slama, responsable de l'équipe d'épidémiologie environnementale de l'Institut Albert-Bonniot (INSERM et université Joseph-Fourier de Grenoble) et coauteur de ces travaux. "Une méta-analyse comme celle-ci permet d'éviter les biais, en particulier les biais de publication" – une étude qui met en évidence un lien ayant plus de chances d'être publiée que celles qui n'en trouvent pas...

Les auteurs montrent que l'exposition moyenne à 10 microgrammes par mètre cube (µg/m3) de particules de diamètre inférieur à 10 microns (ou PM10), sur toute la grossesse, accroît le risque d'insuffisance pondérale du bébé de 3 %. L'exposition à 10 µg/m3 des particules les plus fines, dites PM2,5, conduit pour sa part à un risque accru de 10 %.

VÉHICULES DIESEL

Schématiquement, l'exposition d'une femme enceinte à une concentration moyenne de 30 µg/m3 de PM2,5 tout au long de sa grossesse conduirait ainsi à un risque de faible poids à la naissance accru de 10 % par rapport à une femme qui n'aurait été exposée qu'à 20 µg/m3...

Cependant, de telles déductions simples demeurent hasardeuses : les effets varient de manière très complexe, selon les régions, en fonction des proportions relatives de PM10 et de PM2,5. Plus ces dernières sont abondantes, plus le risque est élevé. Ce sont précisément ces particules qui ont atteint, le 12 janvier, à Pékin, un pic de concentration de 993 µg/m3.

Les particules fines proviennent essentiellement de la circulation automobile – en particulier des véhicules diesel – et de la combustion du charbon et de la biomasse. "Le risque individuel demeure faible, mais, en termes de santé publique, l'effet est très important, car de très grandes populations sont exposées à ces pollutions, explique M. Slama. On suspecte en outre que le faible poids à la naissance ne soit que le signe visible d'autres modifications, pouvant être associées à des risques accrus, plus tard dans la vie, de troubles du métabolisme ou de pathologies cardiaques..."

Selon l'Organisation mondiale de la santé, les microparticules favorisent le cancer, l'arthérosclérose, les troubles respiratoires, le diabète, et affectent le développement neurologique des enfants et les fonctions cognitives.

Lire aussi :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/02/06/une-etude-etablit-un-lien-entre-pollution-et-poids-des-bebes-a-la-naissance_1827679_3244.html

Une étude établit un lien entre pollution et poids des bébés à la naissance

Les femmes enceintes les plus exposées aux polluants des gaz d'échappement des automobiles et des centrales à charbon ont un risque plus élevé d'avoir un enfant dont le poids à la naissance sera trop faible, selon une vaste étude internationale, publiée mercredi 6 février dans la revue médicale américaine Environmental Health Perspectives (*)

Il s'agit de la recherche la plus étendue effectuée portant sur le lien entre la pollution de l'air et le développement du fœtus, précisent les auteurs, dont la Dr Tracey Woodruff, professeure de gynécologie et de science de la reproduction à l'université de Californie, à San Francisco. Cette recherche est basée sur trois millions de naissances dans neuf pays et dans quatorze sites en Amérique du Nord, en Afrique du Sud, en Europe, en Asie et en Australie. La plupart des données ont été collectées entre le milieu des années 1990 et la fin de la décennie 2000.

Les scientifiques ont constaté que dans les différents sites dans le monde où cette recherche a été effectuée, plus le taux de pollution était élevé, plus grand était le taux de naissances d'enfants avec un poids insuffisant. Un faible poids à la naissance – moins de 2,5 kilos – est lié à des risques accrus de maladies et de mortalité postnatales ainsi qu'à des problèmes de santé chroniques plus tard dans la vie, relève le Dr Payam Dadvand, du Centre de recherche en épidémiologie environnementale (CREAL), à Barcelone, en Espagne, un des principaux coauteurs.

"Ce sont en fait des niveaux de pollution de l'air auxquels nous sommes quasiment tous exposés dans le monde", relève la Dr Woodruff. "Ces particules microscopiques, qui sont en taille inférieures au dixième de l'épaisseur d'un cheveu humain, se trouvent dans l'air que nous respirons tous", ajoute-t-elle. La Dr Woodruff note que les pays qui ont des réglementations plus strictes pour limiter la pollution des automobiles et des centrales au charbon ont des niveaux plus faibles de ces polluants. "Aux Etats-Unis, nous avons montré pendant plusieurs décennies que les bienfaits pour la santé et le bien-être publics de la réduction de la pollution de l'air sont beaucoup plus grands que les coûts", insiste-t-elle.

Les particules polluantes en suspension dans l'air sont mesurées en microgrammes par mètre cube d'air. Aux Etats-Unis, les réglementations fédérales limitent la concentration moyenne annuelle à 12 microgrammes/m3 de particules mesurant moins de 2,5 microns. Dans l'Union européenne, cette limite est de 25 microgrammes/m3, et les agences de protection de l'envionnement examinent la possibilité d'abaisser ce niveau. A Pékin, la concentration de ces particules polluantes a été récemment mesurée à plus de 700 microgrammes/m3. "De tels niveaux sont de toute évidence totalement intenables pour la santé publique mondiale", souligne Mark Nieuwenhuijsen, du CREAL, autre coauteur de cette recherche.

Une autre recherche épidémiologique se penche actuellement sur les effets potentiels d'une exposition des femmes enceintes à certains degrés de cette pollution de l'air sur la santé de leur enfant plus tard dans leur vie.

(*)

http://ehp.niehs.nih.gov/2013/02/1205575/

Maternal Exposure to Particulate Air Pollution and Term Birth Weight: A Multi-Country Evaluation of Effect and Heterogeneity

February 6, 2013 Advance Publications Comments Off

Payam Dadvand,1,2,3 Jennifer Parker,4 Michelle L. Bell,5 Matteo Bonzini,6 Michael Brauer,7 Lyndsey Darrow,8 Ulrike Gehring,9 Svetlana V. Glinianaia,10 Nelson Gouveia,11 Eun-hee Ha,12 Jong Han Leem,13 Edith H. van den Hooven,14,15 Bin Jalaludin,16,17,18 Bill M. Jesdale,19 Johanna Lepeule,20,21,22 Rachel Morello-Frosch,19,23 Geoffrey G. Morgan,24,25 Angela Cecilia Pesatori,26 Frank H. Pierik,15 Tanja Pless-Mulloli,10 David Q. Rich,27 Sheela Sathyanarayana,28 Juhee Seo,12 Rémy Slama,21,22 Matthew Strickland,8 Lillian Tamburic,29 Daniel Wartenberg,30 Mark J Nieuwenhuijsen,1,2,3 Tracey J. Woodruff31 

1Centre for Research in Environmental Epidemiology (CREAL), Barcelona, Spain; 2Municipal Institute of Medical Research (IMIM-Hospital del Mar), Barcelona, Spain; 3CIBER Epidemiologia y Salud Pública (CIBERESP), Spain; 4National Center for Health Statistics, Centers for Disease Control and Prevention, Hyattsville, Maryland, USA; 5Yale University, School of Forestry and Environmental Studies, New Haven, Connecticut, USA; 6Department of Clinical and Experimental Medicine, University of Insubria, Varese, Italy; 7University of British Columbia, School of Population and Public Health, Vancouver, British Columbia, Canada; 8Department of Environmental Health, Emory University, Atlanta, Georgia, USA; 9Institute for Risk Assessment Sciences, Utrecht University, Utrecht, the Netherlands; 10Institute of Health & Society, Newcastle University, Newcastle upon Tyne, England, United Kingdom; 11Department of Preventive Medicine, School of Medicine of the University of São Paulo, São Paulo, Brasil; 12Department of Preventive Medicine, Ewha Womans University, Seoul, Republic of Korea; 13Department of Occupational and Environmental Medicine, Inha University, Incheon, Republic of Korea; 14Generation R Study Group, Erasmus Medical Center, Rotterdam, the Netherlands; 15Urban Environment and Safety, TNO, Utrecht, The Netherlands; 16Centre for Research, Evidence Management and Surveillance, Sydney, Australia; 17South Western Sydney Local Health Districts, Sydney, Australia; 18School of Public Health and Community Medicine, University of New South Wales, Sydney, Australia; 19Department of Environmental Science, Policy and Management, University of California–Berkeley, Berkeley, California, USA; 20Department of Environmental Health, Harvard School of Public Health, Boston, Massachusetts, USA; 21Team of Environmental Epidemiology applied to Reproduction and Respiratory Health, INSERM, U823, Institut Albert Bonniot, Grenoble, France; 22Grenoble University, U823, Institut Albert Bonniot, Grenoble, France; 23School of Public Health, University of California–Berkeley, Berkeley, California, USA; 24North Coast Area Health Service, Lismore, New South Wales, Australia; 25University Centre for Rural Health–North Coast, University of Sydney, Sydney, New South Wales, Australia; 26Department of Occupational and Environmental Health, Università di Milano, Milan, Italy; 27Department of Public Health Sciences, University of Rochester School of Medicine and Dentistry, Rochester, New York, USA; 28Seattle Children’s Research Institute, University of Washington, Seattle, Washington, USA; 29University of British Columbia, Centre for Health Services and Policy Research, Vancouver, British Columbia, Canada; 30UMDNJ-Robert Wood Johnson Medical School, Piscataway, New Jersey, USA; 31Center for Reproductive Health and the Environment, University of California–San Francisco, San Francisco, California, USA

Advance Publication

Abstract

Background: A growing body of evidence has associated maternal exposure to air pollution with adverse effects on fetal growth; however, the existing literature is inconsistent.

Objectives: To quantify the association between maternal exposure to particulate air pollution and term birth weight and low birth weight (LBW) across fourteen centers from nine countries and to explore the influence of site characteristics and exposure assessment methods on between-center heterogeneity in this association.

Methods: Using a common analytical protocol, International Collaboration on Air Pollution and Pregnancy Outcomes (ICAPPO) centers generated effect estimates for term LBW and continuous birth weight associated with PM10 and PM2.5. We used meta-analysis to combine the estimates of effect across centers (~3 million births) and used meta-regression to evaluate the influence of center characteristics and exposure assessment methods on between-center heterogeneity in reported effect estimates.

Results: In random effects meta-analyses, term LBW was positively associated with 10-μg/m3 increase in PM10 (OR = 1.03; 95% CI: 1.01, 1.05) and PM2.5 (OR= 1.10; 95% CI: 1.03, 1.18) exposure during the entire pregnancy, adjusted for maternal socioeconomic status. 10-μg/m3 increase in PM10 exposure was also negatively associated with term birth weight as a continuous outcome in the fully adjusted random effects meta-analyses (-8.9g; 95% CI: -13.2, -4.6g). Meta-regressions revealed that centers with higher median PM2.5 levels and PM2.5/PM10 ratios, and centers that used a temporal exposure assessment (compared to spatiotemporal), tended to report stronger associations.

Conclusion: Maternal exposure to particulate pollution was associated with low birth weight at term across study populations. We detected three site characteristics and aspects of exposure assessment methodology that appeared to contribute to the variation in associations reported by centers.

Citation: Dadvand P, Parker P, Bell ML, Bonzini M, Brauer M, Darrow L, Gehring U, Glinianaia SV, Gouveia N, Ha EH, Leem JH, van den Hooven EH, Jalaludin B, Jesdale BM, Lepeule J, Morello-Frosch R, Morgan GG, Pesatori AC, Pierik FH, Pless-Mulloli T, Rich DQ, Sathyanarayana S, Seo J, Slama R, Strickland M, Tamburic L, Wartenberg D, Nieuwenhuijsen MJ, Woodruff TJ. Environ Health Perspect (): .doi:10.1289/ehp.1205575

Received: June 5, 2012; Accepted: December 28, 2012; Published: February 6, 2013 

Advance Publication

This EHP Advance Publication article has been peer-reviewed, revised, and accepted for publication. The EHP Advance Publication articles are completely citable using the assigned DOI code for the article. This document will be replaced with the copyedited and formatted version as soon as it is available. Through the DOI number used in the citation, you will be able to access this document at each stage of the publication process.

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POUR RÉPONDRE AU PREMIER COMMENTAIRE:

J'ai cherché la part de la pollution résultant du chauffage au bois en France par rapport aux particules des moteurs diesel. 

Et j'ai trouvé :

http://www.citepa.org/fr/inventaires-etudes-et-formations/inventaires-des-emissions/cee-nu

pour les particules fines de moteurs :

 (PM10 et PM2.5) Emissions en 2010: 1020 kt - Unité utilisée : kt (kilotonne)

Le résidentiel/tertiaire est à l'origine d'importantes émissions dues à l'utilisation de la biomasse comme combustible pour ce qui est :

    • des particules (de 10 à 37% des émissions nationales suivant la granulométrie),
    • des COVNM (pour 23% des émissions nationales),
    • des HAP (pour 68% des émissions nationales),
    • et du CO (pour 38% des émissions nationales).

Classement des sous-secteurs* les plus émetteurs

- Résidentiel 10% des émissions totales (3ème dans le classement, derrière l'agriculture et la construction immobilière) 

En ce qui concerne les Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques - HAP (68% des émissions nationales par l'utilisation de la biomasse comme combustible), cela représente : 

Emissions en 2010: 20,6 kg (voir : http://www.citepa.org/fr/pollution-et-climat/polluants/polluant-organiques-persistants/hydrocarbures-aromatiques-polycycliques )

À comparer aux 1020 kt (soit 1 020 000 000 kg) des particules des moteurs et autres.

Tout est relatif !

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sur le même sujet :

lu sur :

http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=5355

30/1/2013

Le feu de bois, au coin de la cheminée, bientôt fini ?

Au nom de la lutte contre les particules dans l'atmosphère, les simples feux de cheminée devraient devenir persona non grata dans deux ans, y compris les installations existantes. En effet, pour le nouveau Plan de Protection de l'Atmosphère (PPA), les feux de cheminée à foyer ouvert sont accusés d'être d'importants contributeurs de particules fines (moins de 10 microns), dont on connaît l'impact sur la santé (1). Etabli par la Direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie d'Île-de-France (Driee), ce plan vise pour le moment cette seule région et demeure soumis à l'approbation des préfets. Néanmoins, face à un accueil mitigé au niveau politique, tous les Franciliens ne seraient pas concernés, les communes rurales de la grande couronne ayant obtenu d'en être exemptées. Au final, si près de neuf Franciliens sur dix se verront interdire le plaisir d'une bonne flambée, il n'y aurait que 125 000 foyers équipés d'une cheminée ouverte et donc directement concernés au 1er janvier 2015. A cette date, pour ces derniers, l'installation d'un insert ou foyer deviendra la seule issue pour être en conformité avec la loi et pouvoir utiliser leur cheminée. Une solution d'autant plus onéreuse que la majorité de ceux qui se chauffent avec une cheminée traditionnelle sont dans une situation économique précaire ...

Face à ce texte, plusieurs voix se sont élevées soulignant notamment qu'il n'existait d'autres sources de pollution bien plus graves. En effet, même si selon les données d'Airparif, 20% des émissions de particules sont du fait de la combustion du bois (contre 25% pour les transports), les motorisations diesel restent les plus préjudiciables. 
Pourtant, le PPA n'est pas en la matière aussi radical. Il en va de même d'autres activités comme les incinérateurs de déchets ou l'agriculture dont la pollution, via les traitements, n'est pas que terrestre (ce n'est pas pour rien que l'on retrouve des pesticides dans les eaux pluviales parisiennes par exemple...). 
Bref, généralement plus incitatif que contraignant, le PPA a trouvé en l'interdiction de ces installations un moyen de faire preuve d'autorité sans gêner trop de monde, si ce n'est les personnes pour lesquelles ces cheminées constituent un moyen de chauffage à part entière faute de pouvoir s'offrir mieux. 

Pascal 

1- Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les particules fines (toutes sources confondues) seraient responsables de 42 000 décès chaque année en France.

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