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12/02/2013

10% des enfants sont maltraités dans les pays développés.

lu sur : http://presse-inserm.fr/dans-lactualite/synthese-de-presse/

Les Assises nationales de la protection de l’enfance se sont ouvertes hier au Mans et se tiennent jusqu’à aujourd’hui, a indiqué France Info. A cette occasion, Anne Tursz, pédiatre et épidémiologiste à l’Inserm, a accordé une interview à la chaîne radiophonique. Selon The Lancet, 10% des enfants sont maltraités dans les pays développés.

France Info, 11/02

lu sur :

http://www.franceinfo.fr/education-jeunesse/le-plus-france-info/maltraitance-quelles-failles-dans-le-systeme-de-protection-infantile-888479-2013-

Maltraitance : quelles failles dans le système de protection infantile ?

le Lundi 11 Février 2013 à 07:15

Plus de 3 ans après l'affaire Marina, les professionnels de la protection de l'enfance se retrouvent lundi et mardi lors d'assises nationales au Mans dans la Sarthe. C'est dans ce département que la fillette avait péri, suite aux mauvais traitements de ses parents et malgré de nombreux signalements aux services sociaux. Comment de tels drames peuvent se produire ? Enquête sur les maillons faibles du système de protection des enfants en danger.

Plus de 3 ans après l'affaire Marina, les professionnels de la protection de l'enfance se retrouvent lundi et mardi lors d'assises nationales au Mans dans la Sarthe. C'est dans ce département que la fillette avait péri, suite aux mauvais traitements de ses parents et malgré de nombreux signalements aux services sociaux. Comment de tels drames peuvent se produire ? Enquête sur les maillons faibles du système de protection des enfants en danger.

Des lacunes dans le signalement

C'est le chiffre noir de la maltraitance en France : deux enfants meurent tous les jours sous les coups. C'est la pédiatre et épidémiologiste Anne Tursz qui est parvenue à ce résultat. En compilant les données de tribunaux et d'hôpitaux, cette directrice de recherche à l'Inserm a estimé à 250 le nombre de décès annuel d'enfants de moins de un an victimes de maltraitances. "Bien loin des 17 à 20 des statistiques officielles de mortalité", souligne-t-elle. En extrapolant, elle évalue à 600 à 700 le nombre de décès des moins de 15 ans. Soit deux par jour.

D'après une étude publiée il y a 4 ans dans la revue médicale The Lancet, 10% des enfants sont maltraités dans les pays développés. Or en France, 2% des moins de 18 ans sont suivis par les services sociaux. Ce qui laisse à penser un problème de détection. "Il y a une grande frilosité des médecins à signaler [les cas suspects], estime le psychiatre Gérard Lopez, auteur de "Enfants violés et violentés : le scandale ignoré" (éditions Dunod), certains ont peur de représailles". Et on ne peut pas dire qu'ils soient encouragés par leurs pairs. L'Ordre des médecins parisien a appelé mi-janvier les praticiens à la prudence dans les signalements*. (*Le quotidien du médecin (15/01/2013).)

Des travailleurs sociaux pas assez intrusifs ?

Dans plusieurs affaires récentes, les services sociaux avaient été alertés. Pour Marina en 2009, mais aussi pour Lorenzo, 10 mois, retrouvé mort de soif et de faim dans son lit en 2010, ou encore pour la famille de la fillette dont le corps a été retrouvé fin janvier dans la forêt de Fontainebleau. Pour l'association La voix de l'enfant, qui se porte généralement partie civile dans ces affaires, il faut muscler les enquêtes sociales sur les cas signalés : deux travailleurs sociaux distincts, un pour la famille et un pour l'enfant, des visites au domicile sans prévenir, le soir et le week-end. Martine Brousse, déléguée générale de l'association, rapporte ainsi les propos d'une jeune fille maltraitée : "Nous savions avec mon frère quand l'assistante sociale venait, car la veille nos parents lavaient la maison, nous lavaient, repassaient nos vêtements, et le soir on repassait à la casserole". 

Un discours qui ne passe pas du côté de l'ANAS, l'Association nationale des assistants de services sociaux. "Deux travailleurs sociaux, c'est vouloir d'entrée de jeu séparer l'enfant des parents", répond Laurent Puech, vice-président. Il refuse d'être transformé en "policier social" qui ne préviendrait pas de sa venue. "On peut demander une ouverture de porte aux forces de l'ordre si vraiment on est très, très inquiet, précise-t-il, mais cela doit rester exceptionnel".  

Discontinuités entre acteurs de la protection infantile

C'est une des failles pour laquelle le constat semble unanime. Il faudrait mieux coopérer entre médecins, écoles, services sociaux, afin d'avoir une vision complète du puzzle familial et éviter les vues tronquées. De nombreux professionnels réclament également un référentiel national pour que tous les acteurs nomment les situations à risque de la même manière et se comprennent bien. Cela passe notamment par de la formation.

Certaines familles peuvent aussi disparaître des écrans radars en déménageant. Le gouvernement promet pour les semaines à venir le décret d'application de la loi de mars 2012, qui doit permettre aux services sociaux de consulter le dossier CAF de ces familles. Si elles touchent des allocations et les ont faites suivre, leur nouvelle adresse doit y figurer.

Les futurs outils à disposition des travailleurs sociaux, par MF. Bellée Van Thong, directrice Famille-Enfance-Jeunesse dans les Hauts-de-Seine Jérôme Jadot 

Autre problème, selon Michèle Creoff qui dirige le service famille-enfance au Conseil général du Val de Marne, la prégnance d'une "idéologie familialiste", qui privilégierait au-delà du raisonnable le maintien de l'enfant dans la cellule familiale. Elle évoque la situation d'une petite fille de moins de deux ans et d'un garçon de 5 ans vivant avec leur mère "gravement malade mentale". "Nous avons demandé plusieurs fois la mise à l'abri des enfants, mais le juge a refusé", raconte la chef de service. "La petite fille présente déjà des troubles autistiques, nous avons vu sa santé se dégrader. C'est un sentiment de colère et d'incompréhension". Au ministère de la Famille, on assure vouloir "contrebalancer la tendance familialiste" par un travail de formation des professionnels. "On est allé très loin dans le maintien au domicile de l'enfant", indique-t-on.

Le coût de la protection

Des choix qui ont aussi des conséquences budgétaires. Les prix varient selon les départements, mais un placement en foyer coûte environ 180 euros par jour et par enfant. 60 euros dans une famille d'accueil. Une mesure de suivi à domicile coûte une quinzaine d'euros par jour. Ce qui n'empêche pas certaines de ces mesures de rester en souffrance. Dans le Val de Marne, 150 sont en attente d'application après avoir été ordonnées par la justice. Avec des délais allant jusqu'à un an. "Pendant ce délai, relate Evelyne Monpierre, juge des enfants à Créteil et membre de l'Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille, un père a agressé de façon extrêmement grave la mère et les deux enfants". 

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