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19/02/2013

Palestine, apartheid, mur, FILM

lu sur :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/19/5-cameras-brisees-du-jour-ou-emad-a-commence-a-filmer_1834951_3246.html

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LE MONDE | 19.02.2013 à 13h10

Par Isabelle Regnier

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En 2005, alors que son quatrième fils, Djibril, venait de naître, Emad Burnat a acheté une caméra. Ce cultivateur de Bil'in, petit village de Cisjordanie, n'avait pas l'intention de devenir cinéaste. Mais l'objet lui a tant plu qu'il en a fait une extension de lui-même. Et son projet a changé de nature.

Année de naissance de Djibril, 2005 est aussi celle durant laquelle les habitants de Bil'in ont vu débarquer sur leurs terres des topographes israéliens. En plein milieu du village, ces hommes ont tracé un itinéraire pour le futur "mur" qui les séparait de leurs terres cultivables et en transférait la jouissance aux habitants de la colonie juive voisine de Modi'in Illit. Sans s'en douter, ils ont ainsi ouvert la voie à une des plus durables, des plus obstinées et des plus efficaces campagnes de résistance non violentes à la politique du fait accompli menée par les Israéliens pour étendre leur implantation territoriale. Après cinq années de mobilisation, les gens de Bil'in ont obtenu que la Cour de justice israélienne décrète le tracé illégitime et en ordonne la révision, en leur faveur. 

Le temps qu'il ne passait pas chez lui à filmer sa famille, Emad Burnat le passait, pendant ces années, aux côtés des villageois, avec ses amis qui manifestaient infailliblement tous les vendredis, organisant toutes sortes d'actions auxquelles se sont progressivement associés des militants du monde entier. Il filmait tout ce qu'il pouvait, changeant de caméra chaque fois que la sienne finissait démolie par un militaire israélien. Il en usera cinq au total, en cinq ans, dont il expose les cadavres dans la scène inaugurale du film.

Filmer, pour Emad Burnat, était la meilleure manière de participer à la mobilisation. Tout en créant les archives de cette lutte, son action consolidait la solidarité des villageois, notamment lors des projections collectives qu'il organisait. L'idée d'en faire un long-métrage ne vient que tardivement, après la mort d'un de ses compagnons, tué par une balle israélienne.

Pour l'aider à construire son récit, Emad Burnat a fait appel à l'Israélien Guy Davidi, un documentariste militant, familier de la mobilisation de Bil'in. Le film qu'ils ont coréalisé est formidable.

Sa qualité première, qui le distingue de la masse de films sur la lutte entre l'armée israélienne et les populations palestiniennes, tient à sa temporalité. Cinq ans, c'est une belle durée pour donner la mesure concrète du pourrissement de la situation dans les territoires occupés et de ses effets sur la vie des Palestiniens. Mais elle diffère selon que l'on considère le spectacle tristement banal de l'armée israélienne harcelant les populations, ou celui, bouleversant, d'un enfant qui grandit sous nos yeux et que la violence dans laquelle il baigne - on le voit dans sa chair - façonne en profondeur. A 3 ans, les mots "armée" et "mur" font partie des premiers qu'il prononce. A 5, il demande à son père pourquoi celui-ci ne part pas tuer des soldats israéliens avec un couteau, pour venger la mort de son ami...

Les jalons de la vie du petit Djibril, les opérations d'agit-prop, dont l'intelligence et l'inventivité produisent immanquablement les mêmes effets, aveuglément répressifs, la voix off, accablée mais jamais résignée, du réalisateur donnent au film une forme de journal intime poétique. 5 caméras brisées a été primé à Sundance, à Jérusalem, au festival du Cinéma du réel et dans une quinzaine d'autres festivals. Aujourd'hui, il concourt pour l'Oscar du meilleur documentaire.

Lire aussi :  un portrait d'Emad Burnat, par Benjamin Barthe (M, le magazine du Monde en mai 2012).

LA BANDE-ANNONCE

 


Film documentaire israélien d'Emad Burnat et Guy Davidi (1 h 30).

Sur le Web : www.zeugmafilms.fr/cinqcamerasbriseesfichefilm.html.

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