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20/02/2013

Aspartame : l'Autorité européenne de sécurité des aliments accusée

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http://www.lemonde.fr/sante/article/2013/02/20/l-autorite-europeenne-de-securite-des-aliments-accusee-de-sous-estimer-les-risques-sanitaires-de-l-aspartame_1835323_1651302.html

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L'Autorité européenne de sécurité des aliments accusée de sous-estimer les risques sanitaires de l'aspartame 

LE MONDE | 20.02.2013 à 12h24

Par Stéphane Foucart

La saga du débat sur l'innocuité de l'aspartame n'en finira probablement jamais. La dernière pièce en date à la controverse est la publication, lundi 18 février, par le Réseau environnement santé (RES), d'un rapport cinglant sur la réévaluation de l'édulcorant, rendue publique, début janvier, par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Cette opinion préliminaire – la version définitive est attendue pour le printemps – conclut à l'absence de risques sanitaires de l'aspartame, au niveau de la dose journalière admissible (DJA) en vigueur, fixée à 40 milligrammes par kilo de poids corporel et par jour (mg/kg/j).

Selon l'Organisation non gouvernementale, l'avis de l'agence européenne basée à Parme (Italie) "présente de graves manquements aux règles de la déontologie de l'expertise". Les reproches sont nombreux : études académiques récentes ignorées, confiance inconditionnelle à des travaux non publiés dans des revues scientifiques et financés par les industriels, paragraphes directement inspirés par une publication de consultants de l'industrie, conflits d'intérêts, etc.

 
 

Le RES estime qu'une littérature nouvelle sur des risques accrus de cancers, de naissances prématurées, de troubles cognitifs ou métaboliques (diabète notamment) a été passée sous silence ou mésinterprétée par les experts européens.

 

ÉTUDES PROFONDÉMENT BIAISÉES, VOIRE FRAUDULEUSES

Le RES fait d'abord valoir que la DJA de 40 mg/kg/j a été calculée par la Food and Drug Administration (FDA) américaine, sur la foi d'études sur des animaux, menées en 1973 et 1974 par l'industrie. Celles-ci n'ont jamais été publiées. Dans un courrier adressé en mai 2011 au RES, l'agence européenne reconnaissait ne pas "disposer du dossier de demande d'autorisation de l'aspartame en Europe qui devait contenir ces études..."

Or celles-ci ont été, dès la fin des années 1970, au centre d'une intense polémique. Le RES cite notamment le témoignage devant le Congrès américain d'une toxicologue de la FDA, assurant que les études ayant conduit à l'autorisation de l'aspartame aux Etats-Unis et au calcul de la DJA étaient profondément biaisées, voire frauduleuses. "C'est toujours sur ces études non publiées que le panel de l'EFSA s'appuie pour maintenir la DJA à 40 mg/kg/j", proteste ainsi le RES, demandant que cette valeur de référence soit "invalidée".

Plus embarrassant encore, le RES relève que, dans la section "Effets de l'aspartame sur la cognition et le comportement" du rapport européen, une soixantaine de lignes sont quasi identiques à des passages d'un article de synthèse publié en 2007 dans la revue Critical Reviews in Toxicology par des consultants de l'industrie. Pour cette section de son rapport, la conclusion de l'EFSA est identique à celle des consultants.

"RISQUE ACCRU DE LEUCÉMIES"

Le poids général accordé aux études industrielles est aussi durement critiqué. "Les études de Stegink, Filer et Bell, financées par Nutrasweet, sont citées quatorze fois dans le rapport !, tempête le toxicologue André Cicolella, le président de RES. Et ce alors que des études académiques récentes qui trouvent des effets délétères sur la cognition, le stress oxidatif du cerveau ou encore le diabète de type 2 sont ignorées."

Trois études de longue durée, menées sur le rat et la souris entre 2005 et 2010 par l'Institut Ramazzini – toutes suggérant un lien entre aspartame et cancérogénèse –, ont été invalidées par les experts de l'EFSA, qui suspectent des biais expérimentaux. En revanche, conteste le RES, la qualité des études industrielles, qui ne trouvent généralement aucun effet, n'est jamais interrogée par le panel européen. "C'est d'autant plus choquant qu'une étude épidémiologique récente suggère un risque accru de leucémies pour les consommateurs réguliers, ce qui est cohérent avec les travaux italiens sur les rongeurs, avance M. Cicolella. Cette étude a été rejetée par le panel de l'EFSA, contre l'évidence."

L'EFSA N'A PAS SOUHAITÉ RÉAGIR EN DÉTAIL AUX CRITIQUES DE RES

Enfin, le RES relève que six de la vingtaine de membres du panel d'experts de l'EFSA ont des conflits d'intérêts "pour avoir travaillé de façon étroite avec l'industrie agroalimentaire", notamment par le biais d'une organisation de lobbying scientifique, l'International Life Science Institute (ILSI).

Sollicitée par Le Monde, l'EFSA n'a pas souhaité réagir en détail aux critiques de RES. "En cohérence avec sa politique d'ouverture et de transparence, l'EFSA a lancé une consultation publique dans le but de recevoir des commentaires de la communauté scientifique et des parties prenantes , répond l'agence de Parme. L'EFSA fait bon accueil aux nombreuses contributions qu'elle a reçues et les commentaires de RES seront pris en considération avec soin, de même que les autres contributions."

L'agence européenne assure que ses réponses seront publiées au moment de la publication de son opinion définitive, prévue au printemps.

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Sodas et santé

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