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04/03/2013

La Suisse, un exemple à suivre

lu sur :

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/0ce6264a-843e-11e2-ab5c-93fad3b5d0a7

votations
Lundi4 mars 2013
 
La colère du peuple contre les grands patrons et leurs relais

Les Suisses expriment leur mécontentement face aux rémunération exorbitantes des grands managers. Le plébiscite de l’initiative Minder (68% d’avis favorables) signe l’échec de la campagne d’economiesuisse. Le Parlement, qui a trop traîné et échoué à forger un contre-projet convaincant, est lui aussi sanctionné.

Avec plus de deux Suisses sur trois derrière l’homme seul Thomas Minder, «contre les rémunérations abusives», le peuple suisse a envoyé un signal ferme et sans ambiguïté aux autorités politiques et aux dirigeants économiques: les rémunérations exorbitantes et injustifiées sont insupportables. Il doit y être mis fin sans délai. Pour la droite et les dirigeants des grandes entreprises, qui ont investi jusqu’à 8 millions dans la campagne par le biais d’economiesuisse, le désaveu populaire est très sec.

Le vote exprime, selon les mots de Simonetta Sommaruga, «le fort mécontentement des citoyennes et citoyens devant des niveaux de rémunérations inconcevables, qui menacent la cohésion sociale». La conseillère fédérale en a pris acte. Même si c’est à son corps défendant et au nom du Conseil fédéral que la ministre socialiste de la Justice s’est opposée à l’initiative et a défendu le contre-projet indirect.

Ses services vont désormais travailler à une ordonnance d’application, comme le prévoit un paragraphe du texte adopté. Selon la ministre, cette ordonnance ne concernera que le contenu exact du texte adopté ce dimanche. La norme pénale – la peine d’emprisonnement ou l’amende en cas de violation des prescriptions – ne devrait pas faire exception, puisque le texte adopté la prévoit, a admis Simonetta Sommaruga. Ce que plusieurs experts en droit contestent, estimant nécessaire une modification du Code pénal.

Simonetta Sommaruga a encore précisé qu’elle proposera au parlement un projet de loi d’application comprenant également des éléments non contestés du contre-projet. Mais, a prévenu sèchement Thomas Minder, «il faut qu’economiesuisse sache bien que dans cette phase de débat parlementaire, elle n’a rien à faire à Berne».

C’est finalement un vote émotionnel, attisé dans les derniers jours de la campagne par l’indemnité, pour non-concurrence, de 72 millions de francs du président de Novartis, Daniel Vasella, qui a balayé, sans surprise, tous les arguments rationnels. La fédération faîtière des entreprises, economiesuisse, qui a voulu mener une campagne factuelle, illustrée par une loupe dénichant les défauts cachés de l’initiative, n’a pas réussi à imposer ses arguments sur les risques pour la place économique suisse. Trop d’argent dépensé, trop d’erreurs durant la campagne, comme le fameux clip alarmiste auquel il a fallu renoncer. Tout cela a été pris comme de l’arrogance. «Les électeurs ont eu le sentiment que l’on cherchait à acheter leur vote», regrette le conseiller aux Etats Urs Schwaller (PDC/FR).

Dès lors, le résultat n’est pas une surprise. «Nous savions dès le début que la campagne serait extrêmement difficile. L’initiative partait d’emblée avec une majorité claire, dont le niveau était historiquement élevé. Il y avait, d’un côté, une initiative au titre séduisant, «contre les profiteurs», au caractère émotionnel, et de l’autre, un contre-projet indirect «invisible», sur lequel les électeurs n’avaient pas à se prononcer dans les urnes», justifie Pascal Gentinetta, directeur d’economiesuisse.

La fédération faîtière des entreprises dénonce, à demi-mot, le lâchage des leaders politiques. Christoph Blocher, qui avait fait pression sur Thomas Minder pour qu’il retire son initiative, a vite déserté le terrain. L’UDC était divisée entre sa direction, proche de l’économie, et sa base populaire. Les dirigeants radicaux n’ont assumé que le minimum syndical lors des débats devant les médias. Le PDC s’est senti peu impliqué, dès lors que son projet de contre-projet direct, avec taxation des bonus, avait été rejeté par le parlement. Enfin la campagne a été menée, sur le plan politique, par le petit Parti bourgeois-démocratique encore peu expérimenté.

«Les ténors des grands partis bourgeois ont été bien moins visibles que dans d’autres campagnes, menées en commun par le passé. Cela a certainement contribué à mettre economiesuisse sur le devant de la scène, rôle que nous n’avons pas cherché», dit, diplomatiquement, Pascal Gentinetta.

Le fait qu’il a fallu plus de quatre ans au parlement pour traiter l’initiative Minder et accoucher d’un contre-projet, a pu donner aux citoyens le sentiment qu’une majorité du parlement souhaitait faire traîner les choses. Dès lors, Thomas Minder a pu apparaître comme le chevalier blanc revenu imposer un peu de morale dans le monde de l’économie, contre une partie de la classe politique.

Politiquement, economiesuisse ressort affaiblie de cette campagne, et sa crédibilité auprès des électeurs est sérieusement entamée. Les 72 millions d’indemnités accordés à Daniel Vasella par Novartis, par ailleurs membre du comité directeur de la fédération jusque dans les dernières semaines, ont entamé l’image des hauts dirigeants, admet-on au sein du PLR.

Même si sa fondation s’est opposée à l’initiative, Dominique Biedermann, d’Ethos, s’est réjoui du renforcement du droit des actionnaires en matière de rémunérations des instances dirigeantes. Pour sa part, le PLR estime que «face aux excès de quelques rares managers», le peuple suisse a accepté d’inscrire l’un des droits des sociétés les plus restrictifs au monde. Mais il admet que la volonté populaire doit être respectée, en faisant attention à ne pas toucher aux avantages de la place économique suisse.

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voir aussi la note du 11/4/2012 sur ce blog, concernant une initiative Suisse :

Pour un revenu de base

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