Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

25/04/2013

Larzac : stockage de déchets nucléaires prévu

lu sur :

http://abonnes.lemonde.fr/planete/article/2013/04/24/le-s...

En Aveyron, le stockage géologique au banc d'essai dans un tunnel

Dans le sud de l'Aveyron, un ancien tunnel ferroviaire s'enfonce sous le plateau du Larzac. Il mène tout droit au site expérimental deTournemire, implanté à 250 m de profondeur dans une formation géologique d'argilites, des marnes vieilles de 180 millions d'années. Depuis près de vingt ans, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) y étudie cette roche, qui présente des propriétés intéressantes pour le stockage de déchets nucléaires.

L'établissement public est chargé par l'Autorité de sûreté nucléaire d'évaluer la sûreté du projet Cigéo, le futur centre industriel de stockage géologique de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra). "Notre rôle est de douter des affirmations de l'Andra, d'étudier en profondeur les points fragiles de sa démonstration de sûreté, et de pointer les compléments à apporter", indique son directeur général, Jacques Repussard.

L'IRSN conduit en toute indépendance ses propres recherches, qui lui confèrent expertise et légitimité pour rendre des avis officiels. Ceux-ci seront versés au dossier du débat public à venir.

Le concept de sûreté d'un stockage géologique repose sur les capacités naturelles du milieu à confiner des radionucléides. Tous les phénomènes susceptibles d'affecter son intégrité sont passés au crible à Tournemire : failles, circulations d'eau, perturbations causées par les infrastructures... Des travaux d'une grande utilité, sachant que l'argilite de Tournemire présente de nombreuses similitudes avec la formation argileuse qui devrait abriter le Cigéo entre la Meuse et la Haute-Marne.

TEST DE VULNÉRABILITÉ DES SIX GALERIES ET 200 FORAGES RÉALISÉS

Construit en 1885, l'ancien tunnel permet de bénéficier d'un recul de plus de cent ans sur les fissurations générées par le creusement des galeries. Soit la durée de la période de réversibilité prévue pour le futur stockage. Les méthodes d'imagerie sismique testées dans les six galeries et les quelque 200 forages ont conduit à exiger de l'Andra des études complémentaires, afin que soit mieux évaluée la vulnérabilité du Cigéo aux failles naturelles de l'argile.

De même, l'étude des interactions entre la roche et les matériaux de construction, ainsi que de la corrosion des métaux en milieu souterrain, aboutira à des préconisations strictes sur la qualité des bétons et sur le conditionnement des déchets à haute activité.

Les ingénieurs de l'IRSN s'intéressent aussi aux scellements qui seront mis en place pour isoler définitivement les alvéoles de stockage des colis radioactifs, après la phase d'exploitation. Dans une galerie, ils testent leur résistance, envisagent des scénarios de crise. Ils simulent des ruptures de béton, des défaillances des bouchons d'argile gonflante.

D'autres problématiques de sûreté, liées au fait que la construction du Cigéo se poursuivra alors qu'y seront déjà installés les premiers colis radioactifs, mobilisent des experts en radioprotection, génie civil, incendie, aléas sismiques et miniers. Selon François Besnus, directeur des déchets et de la géosphère à l'IRSN, "l'Andra a encore beaucoup de réponses à apporter sur ces points, particulièrement sur les scellements ou sur le fonctionnement du stockage en situation dégradée". Des études sont toujours en cours et des expérimentations sur place restent à mener. Ce qui, estime l'IRSN, pourrait remettre en cause l'entrée en service du Cigéo en 2025, comme initialement prévu.

Restent aussi des questions en suspens. Aucun radioélément n'étant introduit à Tournemire, la diffusion de la radioactivité dans l'argile est examinée en surface, dans les laboratoires du Commissariat à l'énergie atomique ou du Centre national de la recherche scientifique. On ne disposera donc pas de données in situ. Qu'en sera-t-il de l'intégrité géologique du stockage après quelques milliers ou millions d'années ? La radioactivité du plutonium 239 diminue de moitié au bout de 24 300 ans, celle de l'uranium 238 au bout de 4,5 milliards d'années, soit l'âge de la Terre ! Pour l'IRSN, compte tenu de la dangerosité des déchets stockés, leur confinement doit être efficace pendant au moins 300 000 ans pour réduire le risque à un niveau acceptable.

David Humbert

Les commentaires sont fermés.