Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

05/05/2013

Les "primes" en liquide du ministère de l'intérieur

lu sur :

http://www.lepoint.fr/societe/affaire-gueant-la-face-obscure-du-ministere-de-l-interieur-03-05-2013-1663138_23.php#xtor=EPR-6-[Newsletter-Quotidienne]-20130505

 

Affaire Guéant : la face obscure du ministère de l'Intérieur

Les "primes" en liquide évoquées par Claude Guéant ont bien existé. En 2006, trois journalistes du "Point" enquêtaient sur ces pratiques. Extrait. 

Le Point.fr - Publié le 03/05/2013 à 10:35 - Modifié le 03/05/2013 à 10:49 

Par , et

Claude Guéant en a-t-il trop dit en tentant d'éteindre les soupçons de financements libyens de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 ? L'ex-ministre de l'Intérieur, interrogé sur un mystérieux virement de 500 000 euros sur son compte en banque, a mis en avant la vente de deux tableaux (un alibi mis à mal par plusieurs experts), mais également le versement de primes lorsqu'il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur. Des primes de 20 000 à 25 000 euros qui, selon Claude Guéant, étaient "non déclarées de toute éternité", "avec la tolérance des services fiscaux". Problème, la pratique est censée avoir été interdite précisément en 2002.

 
 

Autant de déclarations qui ont conduit le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, à diligenter jeudi une enquête administrative. Selon un communiqué, "des déclarations publiques jetant le doute sur le bon usage" des frais d'enquête et de surveillance, Manuel Valls a, "à la demande du Premier ministre, ordonné une enquête administrative" dont les résultats définitifs sont attendus d'ici "un mois".

En 2006, trois journalistes du Point publiaient un livre-choc sur les coulisses du ministère de l'Intérieur. Dans Place Beauvau, la face cachée de la police (Robert Laffont), Olivia Recasens, Jean-Michel Décugis et Christophe Labbé soulevaient notamment l'épineuse question des millions d'euros en liquide qui circulent discrètement dans la police. Autant de révélations qui prennent aujourd'hui une tout autre saveur... Nous vous proposons aujourd'hui de retrouver un extrait qui abordait ce thème.

Les gros sous de la Place Beauvau

L'argent secret dans la police, c'est le sujet tabou Place Beauvau. Dans les autres ministères, les fonds secrets n'existent plus. Le ministère de l'Intérieur, lui, en profite encore. Des millions d'euros circulent de la main à la main. Les liasses de billets ne proviennent pas uniquement des fonds spéciaux. D'autres robinets fonctionnent discrètement, qui permettent chaque année de récolter autour de 40 millions d'euros. De l'argent liquide qui sert à financer les opérations discrètes, à rémunérer les indics et à récompenser les policiers avec parfois des dérives.

"C'est une petite dame âgée, toute menue, visage fermé et cheveux blancs, qui, chaque matin à 9 heures, émerge de l'escalator du métro Champs-Élysées-Clemenceau. Il ne faut que quelques dizaines de minutes à Henriette, qui flirte pourtant avec les 80 ans, pour rejoindre d'un petit pas pressé le ministère de l'Intérieur, place Beauvau. Son bureau est au troisième étage, tout près de celui du DGPN.

Chaque mois, les patrons des services, qui tous l'appellent par son prénom, défilent chez la vieille dame pour y chercher des liasses de billets. L'expression consacrée, c'est : "On part à la banque." "Vous frappez à la porte, elle vous ouvre, prend un gros trousseau de clés sur son bureau et se dirige vers un énorme coffre où sont méticuleusement rangées un tas d'enveloppes. Henriette ne sourit jamais. Parfois, elle vous tend l'enveloppe sans même vous regarder", confie un grand ponte de la police.

Tour à tour, les bénéficiaires signent en face de leur nom sur un grand listing alphabétique, pendant que, sur un petit cahier, Henriette inscrit au centime près la somme qu'elle vient de donner.

Voilà vingt ans qu'Henriette distribue aux patrons de la police l'argent secret du ministère de l'Intérieur. "La règle est de ne jamais dire aux autres combien Henriette vous a donné." Tous les ans, des dizaines de millions d'euros en grosses coupures passent entre les mains d'Henriette. De l'argent qui va servir à monter les opérations de police qui ne doivent pas laisser de traces, mais aussi à récompenser de la main à la main les policiers qui ont fait une belle affaire. Et sans doute à payer Henriette, officiellement partie à la retraite depuis longtemps avec le grade d'attaché de police, l'équivalent de commissaire pour un administratif.

Les commentaires sont fermés.