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17/05/2013

«Jérusalem plomb durci»

À voir si vous êtes à Genève.

lu sur :

http://app.letemps.ch/Page/Uuid/bc0e9a6a-b7ee-11e2-b449-07ca272f3c38/Isra%C3%ABl_le_poids_dune_nation_et_dune_ali%C3%A9nation

Israël, le poids d'une nation et d'une aliénation

Théâtre

mercredi 08 mai 2013      Marie-Pierre GenecandRuth Rosenthal. (DR)

 

Le collectif israélo-français Winter family propose avec «Jérusalem plomb durci» une plongée dans l’endoctrinement israélien permanent.

En complément


On le soupçonne, mais on ne sait pas vraiment ce que naître à Jérusalem implique comme endoctrinement permanent en faveur du combat d’Israël contre les ennemis extérieurs. Après avoir vu «Jérusalem Plomb durci», voyage sensoriel imaginé par l’Israélienne Ruth Rosenthal et le Français Xavier Klaine, on prend la mesure de ce matraquage idéologique.

Robe à fleurs, tresses enfantines, physique d’enfant, Ruth Rosenthal évoque seule en scène ces célébrations qu’elle a connues petite fille, à commencer par la commémoration annuelle de la réunification de Jérusalem en 1967, après la guerre des Six-Jours.

Drapeaux du pays, images vidéo des émissions de télé et des défilés, marche militaire et danse du Juif errant, le portrait qui a été proposé au Théâtre de l’Usine, à Genève mardi et mercredi dernier après La Chaux-de-Fonds, joue la carte de l’immersion. Il séduit par sa radicalité artistique et son courage politique, mais laisse un peu désemparé le spectateur en quête d’explications.

«Soudain, un nom s’élève et décide qu’il est un peuple.» Ruth Rosenthal se tient droite sur un podium. De sa voix grave, elle dit ces mots au micro avant de renverser son visage en arrière, jouant à la fois l’extase et la douleur de ce qui est trop fort, trop lourd, trop grand.

Le spectacle offre souvent ces contrastes ironiques entre une représentation sucrée de la militarisation d’Israël et la violence que ces armes impliquent. Ainsi, à mi-parcours, ce vaste show télévisé qui montre côte à côte des chars taille XL sur lesquels trônent des soldats au visage noirci et des chanteurs de variété glamour.

La comédienne, de dos, contemple ces images hallucinantes tandis que des sirènes déchirent l’espace de leur son strident. Elle reprend au micro les refrains dont on imagine qu’ils glorifient l’effort militaire, mais elle les reprend sans force, comme une somnambule de la cause.

Pareil, lorsqu’elle allume les bougies qui rendent hommage aux enfants morts durant la Shoah. Elle semble absente à elle-même et à cet héritage forcé. Trop fort, trop lourd, trop grand. Comme ce silence imposé aux élèves durant les commémorations en mémoire des victimes de l’Holocauste, silence pendant lequel certains bambins étouffent leur rire, d’autres, comme Ruth, pensent aux 6 millions de victimes pour entretenir la tristesse.

Entretenir la tristesse et la peur, soutenir l’effort de guerre, nourrir la fierté nationale. Ainsi alignées dans un spectacle sans commentaires, toutes ces figures imposées montrent à quel point le destin d’un citoyen israélien est conditionné.

On ne comprend pas toujours de quoi il est question, on s’étonne aussi que la donne arabe soit si peu mentionnée. Mais on reconnaît à ce spectacle un mérite: la capacité de faire ressentir de l’intérieur le poids d’une aliénation.

10:15 Publié dans culture | Lien permanent | Commentaires (0)

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