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25/05/2013

La Palestine, la Bible, les USA roulés dans la farine

lu sur :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/25/en-israel-john-kerry-echoue-a-obtenir-des-concessions-sur-la-colonisation_3417378_3218.html

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En Israël, John Kerry échoue à obtenir des concessions sur la colonisation

LE MONDE | 25.05.2013 à 10h10 • Mis à jour le 25.05.2013 à 10h10

Par Laurent Zecchini

Givat Assaf (Cisjordanie), envoyé spécial.

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, est passé à quelques dizaines de mètres de l'entrée en se rendant, jeudi 23 mai, à Ramallah, pour rencontrer le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Il faut espérer que sa voiture a ralenti et que l'un des diplomates l'accompagnant lui a désigné la grille de l'"avant-poste" (colonie sauvage) de Givat Assaf, parce que c'est précisément cette implantation, avec celles de Mitzpeh Lachish, Maaleh Rehavam et Givat Haroeh, qui a déclenché ce qu'en langage diplomatique on qualifie de "protestation" auprès du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

Le gouvernement israélien a annoncé son intention de légaliser ces quatre colonies le 14 mai. Très vite, le département d'Etat a fait savoir qu'une telle décision nuisait aux efforts de M. Kerry pour tenter de réamorcer des négociations israélo-palestiniennes, et qu'elle était "contraire aux engagements et obligations d'Israël".

L'irritation de Washington est compréhensible : lors de la visite du président Barack Obama, fin mars, les deux parties s'étaient engagées à faire preuve de retenue. En clair : pas de relance de la colonisation pour les Israéliens, et pas d'initiative de M. Abbas pour demander l'adhésion de la Palestine aux agences des Nations unies.

La légalisation de Givat Assaf n'est pas la seule manifestation de la "retenue" israélienne : une semaine avant, le ministre de la défense, Mosché Yaalon, avait approuvé la construction de 296 logements dans la colonie de Beit El. Pour se rendre à Ramallah, le convoi de John Kerry a emprunté la route 60, qui remonte vers le nord de la Cisjordanie, avant de tourner à gauche, vers Ramallah. C'est à cette intersection qu'est située la colonie de Givat Assaf, à flanc de coteau rocailleux.

"JOUR DE JOIE"

Le secrétaire d'Etat ne s'étant pas arrêté, il n'a pas rencontré Benny Gal, le porte-parole de cette communauté juive de 25 familles qui vivent chacune dans un baraquement rustique. Le 14 mai a été "un jour de joie, non seulement pour Givat Assaf, mais pour tous les Israéliens", témoigne Benny Gal, 32 ans, qui affiche un large sourire et des certitudes bien ancrées : "Nous sommes là parce que cette région historique est directement connectée à la Bible ; c'est un endroit qui a été habité par les juifs depuis des milliers d'années."

Givat Assaf a été établie en mai 2001, en mémoire d'Assaf Hershkovitz, colon de la colonie voisine d'Ofra, tué au début de la seconde Intifada. De 2004 à 2011, les gouvernements israéliens successifs ont ordonné le démantèlement des colonies sauvages, dont Givat Assaf, tout en accordant des délais à répétition pour la destruction des structures existantes. Les Palestiniens assurent que l'implantation a été établie sur des terres appartenant aux habitants des villages voisins de Beitin et Bourqa, ce que le gouvernement israélien a partiellement reconnu. Jusqu'à cette décision du 14 mai.

Benny Gal est affirmatif : "Pendant douze ans, aucun Palestinien n'a revendiqué la propriété de cette terre, impropre à la culture. Des photos aériennes le prouvent : personne n'habitait là. " Givat Assaf, qui est protégée par un poste militaire installé sur le haut de la colline, dispose d'une yeshiva (école talmudique) et d'un jardin d'enfants. Benny Gal espère qu'avec sa légalisation, la colonie va pouvoir bénéficier d'infrastructures et des services sociaux dispensés à toutes les localités israéliennes.

LIGNES ROUGES

Au-delà, il ne voit pas bien la justification des négociations avec les Palestiniens : "A quoi bon ? Tout leur système éducatif refuse à Israël le droit d'exister : ils veulent un Etat qui s'étendrait du Jourdain à la Méditerranée." Le problème de John Kerry est le suivant : le langage de Benny Gal n'est pas très différent de celui utilisé par la plupart des ministres de M. Nétanyahou, en particulier des deux poids lourds du gouvernement que sont Yaïr Lapid, chef du parti centriste Yesh Atid ("Il y a un avenir"), et Naftali Bennett, chef du parti nationaliste religieux Habayit Hayehoudi ("La Maison juive").

M. Nétanyahou peut donc arguer qu'il ne dispose pas d'une majorité lui permettant d'imposer un gel de la colonisation, la libération des prisonniers palestiniens, et une référence aux frontières de 1967comme base de négociations, toutes conditions réclamées par Mahmoud Abbas pour reprendre des pourparlers. En quittant Jérusalem, vendredi 24 mai, à l'issue de plusieurs entretiens avec MM. Nétanyahou et Abbas, John Kerry a exhorté ses interlocuteurs à "prendre des décisions difficiles", parce que "le statu quo n'est pas tenable à long terme".

C'était une manière de reconnaître que sa quatrième navette israélo-palestinienne en deux mois n'a pas été plus féconde que les précédentes pour inciter Israéliens et Palestiniens à franchir leurs lignes rouges respectives. Le secrétaire d'Etat américain présentera-t-il, au cours de la première quinzaine de juin, comme l'intention lui en a été prêtée, une initiative politico-économique pour sortir de l'impasse ? A Jérusalem, comme à Ramallah, l'optimisme est retombé. "Je connais suffisamment cette région pour savoir qu'il y a du scepticisme, et dans certains cas du cynisme...", a reconnu John Kerry.

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