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06/06/2013

Faillite et financement par le contribuable

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/06/05/la-cgt-veut-faire-annuler-la-cession-de-kem-one-par-arkema_3424374_3234.html

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La CGT veut faire annuler la cession de Kem One par Arkema

LE MONDE | 05.06.2013 à 11h49 • Mis à jour le 05.06.2013 à 11h50

Par Denis Cosnard

Fiodor Rilov entre en scène dans le dossier Kem One. L'avocat communiste, bête noire des patrons, s'apprête à intenter une action en justice pour faire annuler, a posteriori, la vente de ce grand fabricant de PVC, qui, au moment de sa cession par Arkema à l'été 2012, employait 2600 personnes.

Depuis, cette opération a viré au fiasco : le repreneur, l'Américain Gary Klesch, a déposé le bilan de sa nouvelle filiale au bout de huit mois seulement, et Kem One se trouve à présent menacé de liquidation si aucun candidat sérieux ne se profile d'ici au 14 juin.

Pour Me Rilov, qui intervient au nom des salariés de l'usine Kem One de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), cette faillite très rapide n'a rien d'un accident. "Elle correspond à un plan élaboré conjointement par le vendeur, Arkema, et l'acheteur, Gary Klesch", accuse l'avocat, connu pour avoir défendu les "Conti", le personnel de Goodyear Amiens-Nord, de Sony, ou encore de Coca-Cola.

UNE FRAUDE

A ses yeux, "la destination première et déterminante de cette cession était bien que Kem One fasse faillite, et que le licenciement du personnel soit ainsi financé par la collectivité, au lieu de l'être par Arkema".

Sous couvert d'une vente, le numéro un français de la chimie aurait, selon lui, externalisé sciemment la fermeture d'une branche déficitaire, et le plan de licenciement afférent.

Me Rilov entend ainsi montrer que la vente de Kem One constitue une fraude, et que les juges doivent constater sa nullité.

Le comité d'établissement de Fos-sur-Mer, à majorité CGT, a voté la semaine dernière une délibération ouvrant la voie à une action en ce sens, sans doute devant le tribunal de grande instance de Lyon. L'assignation est attendue d'ici à la mi-juin.

En employant les mêmes arguments, Me Rilov a déjà obtenu, il y a cinq ans, l'annulation de la vente de l'usine Samsonite d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Ses deux repreneurs ont, ensuite, été condamnés à de la prison ferme.

LA TENSION MONTE

Arkema donne une version des faits très différente. "On ne peut pas nous accuser d'externaliser nos restructurations, estime un responsable. Depuis la création du groupe, on a supprimé quelque 6 000 postes en France. On n'en tire aucune gloire, mais on assume ce qui doit être fait."

La direction affirme au contraire avoir voulu donner une chance à son activité de chlore et de PVC en la confiant à M. Klesch, spécialiste de l'industrie lourde, et en laissant 100 millions d'euros de trésorerie en caisse.

"Nous avons fait notre devoir et même au-delà", a déclaré Thierry Le Hénaff, le PDG d'Arkema, devant ses actionnaires réunis en assemblée générale, mardi 4 juin.

Ces 100 millions d'euros, dont une partie semble s'être évaporée vers des paradis fiscaux, pourraient toutefois être analysés par certains comme la rémunération accordée à M. Klesch pour "faire le sale boulot".

"NOUS N'AVONS PAS VOCATION À REVENIR DANS LE PVC"

En tout état de cause, pas question pour M. Le Hénaff ni d'annuler la vente ni de reprendre volontairement Kem One comme en rêveraient les salariés. "Nous n'avons pas vocation à revenir dans le PVC", a-t-il affirmé, mardi.

Faute d'issue évidente, la tension monte chez Kem One à l'approche du 14 juin, date butoir fixée par le tribunal pour la remise des offres de reprise. Des dizaines de possibles repreneurs ont été contactés, et des discussions sont en cours avec quelques-uns d'entre eux, en particulier des fonds d'investissement.

Mais se lanceront-ils dans l'aventure ? "Et si oui, seront-ils intéressés par l'ensemble des usines ?", s'inquiète un élu, qui redoute que seule la moitié des sites trouve preneur.

A l'heure actuelle, aucune solution de relance globale par un industriel ne semble émerger, et le personnel craint une sérieuse casse sociale. "Au fur et à mesure que les réunions s'enchaînent au ministère du redressement productif, nos espoirs s'amenuisent", commentent Force Ouvrière et la CFE-CGC.

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Dans le même domaine, lire la note du 31/5/2013 sur ce blog :

L'Europe finance les délocalisations avec l'argent des contribuables 

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