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09/06/2013

L'Iran et les sanctions américaines

Bel exemple d'impérialisme économique.

lu sur :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/06/07/l-iran-englue-dans-le-marasme-economique-par-les-sanctions-americaines_3426136_3218.html

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L'Iran englué dans le marasme économique par les sanctions américaines

LE MONDE | 07.06.2013 à 14h56

Par Christophe Ayad

En pleine campagne électorale, Washington est venu rappeler aux Iraniens que le prochain président, qu'ils doivent élire vendredi 14 juin, devra sortir le pays d'une crise économique sans précédent. Une crise due aux sanctions adoptées par les pays occidentaux afin que l'Iran cesse son programme nucléaire militaire présumé. Le président américain, Barack Obama, a signé l'ordre de mise en oeuvre d'un neuvième train de sanctions, qui touchent cette fois-ci le rial, la devise iranienne, qui a perdu deux tiers de sa valeur depuis fin 2011, et le secteurautomobile.

Les nouvelles mesures visent à geler les fonds en rials à l'étranger et à empêcher l'usage de cette monnaie dans les transactions avec le reste du monde. Un régime d'exemptions est toutefois prévu pour les pays diminuant leurs commandes de pétrole iranien. C'est le cas de la Chine, de l'Inde et de la Turquie, notamment.

En avril, les exportations de brut de Téhéran ont atteint un plancher record avec seulement 700 000 barils par jour. Une nouvelle chute du rial pourrait se traduirepar une nouvelle poussée de l'inflation, déjà à 30 % et hors de contrôle de la Banque centrale d'Iran, de son propre aveu.

Les mesures visant le secteur automobile pourraient, elles, se traduire par des licenciements dans l'un des plus importants secteurs industriels du pays, après le pétrole et la pétrochimie. La vente d'automobiles d'Iran Khodro, le constructeur national, a été divisée par deux lors de l'année écoulée, passant de 1,3 million devoitures en 2012 à 600 000 cette année.

LE NIVEAU DE VIE DES IRANIENS SE DÉTÉRIORE

"Du fait des sanctions, de plus en plus d'entreprises ne peuvent plus ni importer niexporter, explique Michel Malinsky, chargé d'enseignement sur l'Iran à l'Ecole supérieure de commerce et de management de Poitiers. Elles ne parviennent plus à payer leurs fournisseurs, voire leurs ouvriers. Elles ne licencient pas, parce que le gouvernement le leur interdit."

Les Iraniens souffrent et voient, mois après mois, leur niveau de vie se détériorer. La viande a atteint des prix prohibitifs, autour de 5 euros le kilo, hors de portée de la classe moyenne. Des médicaments étrangers, notamment les traitements contre le cancer, manquent cruellement, faute de devises ou de mécanismes financiers pour les importer. Les équipements hospitaliers se dégradent.

Les autorités ont beau claironner qu'elles ont réussi à diversifier leur économie afin de contrer l'arsenal occidental, notamment avec succès dans le secteur pétrochimique – visé par des sanctions américaines le 31 mai –, force est de reconnaître que le pays va mal. "La population souffre vraiment, assure Michel Malinsky. La seule bouée de sauvetage qui empêche les gens de descendre dans la rue, ce sont les allocations versées directement par l'Etat aux plus pauvres."

Lors du premier débat télévisé, tous les candidats à la présidentielle ont fait de l'état de l'économie leur sujet de préoccupation numéro un. Mais plutôt que deparler des sanctions, ce qui reviendrait à remettre en cause implicitement le choix d'une ligne "dure" sur la question nucléaire, ils ont préféré critiquer vertement la mauvaise gestion économique du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad.

Auprès des moins éduqués et des moins informés, cette vision des choses a un effet désastreux, car ils peuvent en conclure que le pays est dirigé par des incompétents et des voleurs, alors qu'il est soumis à l'arsenal de sanctions économiques et financières le plus draconien depuis l'époque de l'apartheid enAfrique du Sud.

LE CANDIDAT JALILI CONSIDÈRE LES SANCTIONS COMME "UNE OPPORTUNITÉ"

Le seul candidat à avoir créé un lien explicite entre les conséquences des sanctions et les choix stratégiques du Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, est l'ancien négociateur Hassan Rohani, un conservateur modéré qui capitalise sur le public réformateur laissé en déshérence. Selon lui, "les slogans politiques comme celui de la résistance" ne sont pas compatibles avec une économie en bonne santé.

Saïd Jalili, actuel négociateur sur la question nucléaire et candidat favori à la présidentielle, a soutenu par le passé une "économie de résistance face aux sanctions". M. Jalili, considéré comme un dur et un proche du Guide, considère les sanctions comme "une opportunité", car l'Iran a, d'après lui, "d'autres avantages que le pétrole".

Sans aller aussi loin que M. Rohani, Ali-Akbar Velayati, un ancien diplomate, a évoqué l'idée d'"améliorer les relations diplomatiques pour résoudre les problèmes liés aux sanctions". Jeudi, un autre candidat, Mohsen Rezaie, a déclaré, lors d'une conférence de presse : "Pour éradiquer la hausse des prix, des mesures seront prises afin de lever les sanctions grâce à des négociations nucléaires." Pas sûr que le Guide, seul décideur en la matière, soit convaincu du bien-fondé de négocier après l'adoption des nouvelles mesures américaines.

Politique iranienne

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