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16/06/2013

Le saviez vous ? Un camp de concentration israélien pour les immigrants africains illégaux

lu sur :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/05/29/saharonim-le-stigmate-carceral-d-israel_3420169_3218.html

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Saharonim, le stigmate carcéral d'Israël - Le Monde

LE MONDE | 29.05.2013 à 11h47 • Mis à jour le 29.05.2013 à 14h31

Par Laurent Zecchini

L'Etat admet que la loi a un impact négatif sur la liberté des immigrants africains illégaux, mais il estime que c'est "pour la bonne cause". Qui plus est, cet amendement à la législation de 1954 sur la "prévention de l'infiltration" est conforme "aux valeurs de l'Etat d'Israël en tant qu'Etat juif et démocratique". En un mot, il est constitutionnel et "raisonnable". La "raison", c'est le fait que le pays ne pouvait plus supporter de devenir un "centre d'attraction" pour les milliers d'Africains, hommes, femmes et enfants, qui arrivaient chaque mois du Sinaï.

La parade, introduite en 2012 par cet amendement, a été de les entasser dans le centre de détention de Saharonim, situé à 3 kilomètres de la frontière égyptienne, près de Nitzana, dans la fournaise du Néguev. Pendant une "période illimitée", mais qui ne sera pas inférieure à... trois ans. Sans procès. A moins, bien sûr, qu'ils acceptent de retourner d'où ils viennent. Passé ce délai, leur mise en liberté pourra être "envisagée" par un juge. C'est une loi que les associations humanitaires considèrent comme scélérate, mais elle a sa logique : il s'agit, par ce traitement punitif, de dissuader d'autres candidats attirés par l'eldorado économique qu'incarne à leurs yeux l'Etat juif.

La loi israélienne est comme un monstre froid : elle ne veut pas entendre parler de "réfugiés", et elle ne saurait distinguer entre les Africains qui sont originaires de pays où ils risquent des persécutions, tels l'Erythrée et le Soudan, et les autres. Bien sûr, les quelque 2 400 prisonniers de Saharonim peuvent déposer une demande d'asile en Israël, mais il se trouve qu'aucune requête n'a été acceptée depuis que la prison a ouvert ses portes, en juillet 2007.

En conseillant, à la mi-mai, à la Cour suprême de rejeter le recours présenté par différentes organisations de défense des droits de l'homme contre cet amendement sulfureux, le ministère public a mis en avant la nécessité de sauvegarder la souveraineté de l'Etat juif. Pour ce faire, le gouvernement israélien emploie les grands moyens. Saharonim en est un exemple, non le seul : il ne reste que quelques kilomètres de travaux pour achever la barrière métallique de cinq mètres de haut, hérissée de barbelés, qui court sur les 240 kilomètres de la frontière avec l'Egypte.

PRÉLÈVEMENTS ADN

Et cela fonctionne : l'immigration illégale a presque totalement disparu. La conséquence, c'est que des milliers de migrants africains restent pris au piège du Sinaï, zone de non-droit où les tribus bédouines se livrent sur nombre d'entre eux, enfermés dans de véritables camps de torture, à des sévices et à des viols, parfois pendant des mois, pour obtenir une rançon. Deux cent cinquante de ces rescapés ont échoué à Saharonim. La mobilisation des associations humanitaires, qui dénoncent cet amalgame carcéral entre demandeurs d'asile et criminels, n'est pas vaine : le 6 mai, neuf Erythréennes et leurs dix enfants, âgés de 18 mois à 7 ans, ont été libérés, après avoir été détenus, pour certains, pendant un an.

C'est l'organisation de défense des droits de l'homme Hotline for Migrant Workers, dont Sigal Rozen est la voix courageuse, qui a mené ce combat victorieux face à la justice israélienne : celle-ci a fini par reconnaître que le fait d'être mineur peut constituer "une raison humanitaire spéciale" justifiant de quitter l'univers concentrationnaire de Saharonim, où restent enfermés une quinzaine d'enfants de moins de 10 ans et environ 150 femmes. On ne connaît pas le nombre des autres, les enfants et adolescents de 10 à 18 ans.

On pourrait croire qu'avec l'étanchéité nouvelle de la frontière égyptienne, Saharonim n'a plus de raison d'être. Erreur : parmi les 55 000 Africains illégaux qui vivent en Israël, plusieurs centaines ont été arrêtés ces dernières années, parce que considérés comme des "infiltrés qui mettent en danger la sécurité nationale". En avril, la Knesset a adopté en première lecture une loi qui leur interdit de transférer de l'argent à l'étranger, lequel est évidemment destiné à leurs familles.

En mai, on apprenait que la police israélienne avait rassemblé environ un millier de prélèvements ADN d'immigrés africains qui sont entrés illégalement en Israël depuis le début 2012. Rien de grave : juste d'autres déclinaisons de la politique de dissuasion vis-à-vis des migrants illégaux. Voilà pourquoi Saharonim, le stigmate carcéral d'Israël, n'est pas près de fermer ses portes.p

lzecchini@lemonde.fr

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