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14/08/2013

L'Iran et la paix au Moyen-Orient

lu sur :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/08/13/l-iran-doit-etre-integre-a-toute-discussion-sur-l-avenir-du-moyen-orient_3461045_3232.html

L'Iran doit être intégré à toute discussion sur l'avenir du Moyen-Orient

LE MONDE | 13.08.2013 à 21h00 |François Géré (Président de l'Institut français d'analyse stratégique)

Comme tout homme politique qui arrive aux affaires, Hassan Rohani, le nouveau président iranien, doit en priorité se pencher sur la situation intérieure de son pays. Il lui faut apaiser un mécontentement social général engendré par huit ans de lamentable gestion économique. Quand bien même les sanctions ne sont pas les causes de cette situation, elles l'ont considérablement aggravée. Le redressement suppose un environnement international apaisé, sinon pacifique. Le président doit donc traiter deux dossiers internationaux : le nucléaire militaire et la Syrie.

Or, le président iranien a subi sa première épreuve sur la scène internationale. Elle porte sur l'existence de l'Etat d'Israël. A une première déclaration prétendument mal traduite est venu se substituer un démenti. Traduction est trahison. Mais qui a trahi ? Aurait-on voulu, à Téhéran même où il ne manque pas d'adversaires,mettre M. Rohani dans l'embarras. Ainsi pourra-t-on en fonction de l'usage que l'on entend faire de ses propos transformer le nouveau président en piètre successeur d'Ahmadinejad ou en modéré qui a réduit le niveau de l'agressivité et revient ainsi à la tonalité de M. Khatami. Le président recherche-t-il à l'égard d'Israël une ambiguïté politico-stratégique qui somme toute s'adapterait bien à la posture israélienne ?

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Périodiquement, les chefs du gouvernement hébreu font une déclaration de rappel laissant entendre qu'Israël dispose de l'arme atomique (depuis plus de vingt ans, on crédite Israël de 150 à 200 charges nucléaires), mais sans l'avoir, tout en l'ayant, si nécessaire. A bon entendeur, salut ! Tout particulièrement salut à ceux qui seraient tentés par l'aventure de la bombe, comme l'Irak (raid de destruction d'Osiraq en 1981), la Syrie (bombardement de 2007) et plus gravement aujourd'hui l'Iran, désigné comme cible d'une potentielle opération fortement controversée.

Depuis un an, M. Nétanyahou s'adonne au jeu de la "ligne rouge". Ce vieux "machin" diplomatique qui avait fait la preuve de son inutilité et de sa nocivité durant la guerre froide est revenu à la mode, faute d'imagination sans doute. Le président Obama a repris cette rhétorique dans l'éventualité de l'utilisation des armes chimiques en Syrie. Or le gaz sarin a été utilisé, preuves à l'appui. Que font ensuite les Etats-Unis ? Bien peu. Poser une ligne rouge s'avère finalement plus dangereux pour soi que pour l'adversaire. Car c'est s'engager à la faire respecter. Y manquer revient à suggérer une aboulie politique durablement dommageable.

L'Iran est devenu un Etat du seuil. Il lui est possible, s'il le décide, de fabriquerquelques armes nucléaires rudimentaires en peu de temps. Or, Téhéran entendconserver ce rang sans chercher à aller au-delà. Il en résulte un jeu pervers avec le seuil qui explique la confusion apparente des négociations sans cesse avortées de ces dernières années. Car, derrière ces palabres, les adversaires visent àenterrer durablement toute capacité militaire nucléaire de l'Iran. Ce que les dirigeants iraniens, toutes tendances unifiées, refusent.

Il serait en effet avantageux pour Téhéran d'acquérir une posture stratégique nucléaire proche de la symétrie avec Israël. Cela permettrait de faire quasiment jeu égal sur le plan diplomatique ; cela créerait une ambiguïté dans la région ; cela compliquerait singulièrement le fondement des alliances, les postures de chacun des acteurs régionaux et celle de leurs alliés notamment les Etats-Unis.

A vrai dire, ce scénario a été traité par le Pentagone. Grâce à une dissuasion nucléaire élargie et à une défense antimissile régionale vendue à grands frais, les Etats-Unis peuvent se présenter comme l'ultime bouclier face à un Iran potentiellement nucléaire. "Paix improbable, guerre impossible", la formule de Raymond Aron pour caractériser la guerre froide pourrait s'appliquer au Moyen-Orient, créant ainsi une stabilité relative.

Le second test des intentions du président Rohani ne tolère pas la même ambiguïté, car il s'agit de l'engagement à l'égard de la Syrie. L'Iran veut-ilcontribuer à stabiliser le conflit, en évitant un éclatement territorial de la Syrie (et du Liban) ? Ou bien Téhéran cherche-t-il un embrasement dont le résultat final, avec la victoire du Hezbollah et de Bachar Al-Assad, lui serait favorable ? La meilleure façon de prendre la mesure de la volonté du nouveau président est donc de voir ses cartes lors de l'improbable conférence de Genève, quand bien même on serait sans illusion sur le succès final d'une paix en Syrie.

Prétendre tenir l'Iran en dehors de ce dialogue constituerait une faute diplomatique d'une arrogante naïveté. Il convient de donner un siège à toutes les parties directes et indirectes. Ne serait-ce que pour faire état de leur malveillante obstruction. Le cœur de la partie se situe donc au croisement entre la fin de la guerre en Syrie et la position nucléaire de l'Iran. Terminer la guerre ici, la rendreinutile là-bas. Tels sont les objectifs utiles. Il va sans dire que l'issue aura un impact considérable sur les relations avec Israël.

M. Nétanyahou a déclaré : "M. Jalili était un loup déguisé en loup. M. Rohani est un loup déguisé en agneau." Benjamin Nétanyahou serait-il un agneau déguisé en... agneau ?

Iran

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