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31/08/2013

Le patrimoine culturel de la Syrie d'aujourd'hui ...

lu sur :

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/08/30/en-syrie-un-patrimoine-culturel-devaste_3468860_3246.html

LE MONDE | 30.08.2013 à 11h29 • Mis à jour le 30.08.2013 à 12h26 |Par Florence Evin

Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco, a réuni, jeudi 29 août après-midi, au siège parisien de l'organisation onusienne, les experts mondiaux du patrimoine et du trafic d'œuvres d'art, Interpol et les douanes. Avec un objectif : faire le point sur les dégâts subis par le patrimoine culturel syrien dont six sites avaient été inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, en juin – les vieux quartiers d'Alep, Damas, Bosra, Palmyre, le Krak des chevaliers, les villes mortes du Nord. "La protection du patrimoine est indissociable de la protection des populations, car le patrimoine véhicule les valeurs et les identités d'un peuple. Lors de la reconstruction, quand la paix revient, le patrimoine joue un rôle fondamental", a d'emblée rappelé Mme Bokova en exhortant à l'arrêt des destructions et des pillages.

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Lakhdar Brahimi, représentant spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, précisait dans la foulée que "la situation du patrimoine y est aussi catastrophique que la crise humanitaire. Peu de pays ayant un patrimoine aussi riche, ont autant souffert". Un rapport complet sur l'ampleur des dommages subis par le patrimoine, entre 2011 et 2013, a été présenté par Maamoun Abdulkarim, directeur général des antiquités et des musées de Syrie. "C'est la seule personne qui ait une idée exacte de la situation, estime Béatrice André- Salvini, directrice du département des antiquités orientales du Louvre.

Maamoun Abdulkarim est venu avec la cartographie d'une cinquantaine de sites archéologiques victimes de fouilles illicites, et des treize centres urbains et sites historiques ayant subi des destructions, photos à l'appui. D'entrée, il a affirmé haut et fort qu'il n'est pour aucun camp et ne veut pas savoir de quel côté sont les 2 500 employés qu'il a sous ses ordres. Ajoutant que "l'aide de la population civile lui est très précieuse".

"C'est l'histoire du pays qui est en jeu, la politique change, les gouvernementschangent, mais l'histoire du pays ne change pas, lance-t-il. On est là depuis des millénaires, je suis un technocrate, un professionnel, je défends l'histoire de la Syrie."

Nommé à ce poste en août 2012, alors qu'il était directeur du département d'archéologie, il affirme que son salaire qui "vient toujours de l'université, lui garantit sa liberté pour défendre quarante musées et dix mille sites archéologiques." Trois musées, à Raqqa, à la frontière turque, Maraat Nomaan et Hama, ont cependant été vandalisés et pillés, indique-t-il, précisant que dès son arrivée, il avait fait vider les collections de tous les musées pour les mettre à l'abri.

A Alep, le vieux souk du XIVe, classé à l'Unesco depuis 1986, a été incendié. Les deux minarets de la mosquée des Omeyyades sont détruits. Au total, une centaine d'édifices historiques seraient touchés, dont l'intérieur même de la citadelle de Saladin. A Daraa, c'est la mosquée Al-Omari qui a souffert. Une vingtaine de sites historiques à Homs sont endommagés, dont les marchés, hammams, églises. A Bosra, ce sont la forteresse, des mosquées et églises. Le Krak des chevaliers, colossale citadelle croisée, a été bombardée plusieurs fois, dont dimanche 18 août. A Palmyre, cité romaine, la colonnade d'un kilomètre a été touchée par des obus comme le temple Bel.

PILLAGES ET TRAFIC MAFIEUX

Les pillages, produit de fouilles clandestines sur les sites archéologiques, alimentent un trafic mafieux très organisé – 4 000 pièces auraient déjà été récupérées, notamment à Beyrouth. Une catastrophe irréversible, car "la Syrie,rappelle Béatrice André-Salvini, est une très ancienne et immense civilisation, au carrefour des relations entre l'Egypte et la Mésopotamie".

Apamée, la grande ville hellénistique sur l'Oronte, meurtrie par mille excavations sauvages, a souffert dès le début du conflit, comme le montrent deux photos aériennes, de 2011 et 2013. Pillages importants aussi à Deir el Zor, sur l'Euphrate, à la frontière de l'Irak, précisément à Mari et Ebla, deux cités rayonnantes de 2500 à 1760 av. J.-C. ; et à Doura Europo, immense ville de l'Antiquité tardive.

Au nord, les anciennes villes mortes aux églises byzantines monumentales, souvent en ruines, ce sont les autels qui sont la cible des voleurs. A Deraa, des centaines de personnes à la solde de bandes de pillards opéreraient sur le site deTell Achaari. Même situation à Tell Qaramel – littéralement, "la colline artificielle de ruines" –, où les bandits agissent avec des engins mécaniques.

La majorité des pièces des musées ont été inventoriées et numérisées, tandis que les archives des sites archéologiques sont en cours d'informatisation. La carte du patrimoine syrien en danger sera bientôt diffusée grâce à un système d'information géographique couplé au logiciel Google Earth. Enfin, le Conseil international des musées (ICOM) a lancé la création d'une liste rouge d'urgence des biens culturels syriens en danger.

Le patrimoine mondial de l'Unesco

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