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14/09/2013

Les banques responsables de la crise ont prospéré ...

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http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/09/14/chute-de-lehman-brothers-les-banquiers-se-sont-bien-recases_3477570_3234.html

Chute de Lehman Brothers : Les banquiers se sont bien recasés

LE MONDE | 14.09.2013 à 09h43 • Mis à jour le 14.09.2013 à 11h12 |

Par Marc Roche (Londres, correspondant) 

Ils ont camouflé les créances pourries. Ils ont affirmé que leur établissement se portait au mieux. Et pourtant, les banquiers qui ont joué un rôle-clé dans le krach de 2007-2008 – avec en point d'orgue la faillite retentissante de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 – sont souvent sortis indemnes de cette débâcle.

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Cinq ans plus tard, le constat est édifiant : les premiers responsables de la crise – mais pas les seuls – n'ont pas seulement survécu, ils ont prospéré, aux Etats-Unis comme en Europe.

Lire : Jean-Claude Trichet : "Nous sommes encore dans une situation dangereuse"

Qu'importe que les contribuables du monde entier aient dû déverser des milliards dans le système bancaire pour lui éviter l'implosion. Qu'importe si aujourd'hui encore ils en paient la facture. Qu'importe que les banques aient massivement licencié. A lire quotidiennement les pages des journaux, la liste des "revenants" est longue. "Les vieux banquiers ne meurent jamais", résume l'hebdomadaire britannique Financial News.

Aux Etats-Unis, à l'exception des inoxydables Jamie Dimon et Lloyd Blankfein, respectivement PDG de JP Morgan Chase et de Goldman Sachs toujours en place, les banquiers qui étaient au pouvoir en 2007-2008 ont tous rendu leur tablier. Mais loin de se la couler douce sous les cocotiers ou de passer des journées à frapper des balles sur les terrains de golf, les stars déchues ont repris du service.

ÉVITER LE NAUFRAGE

Ainsi, John Thain, le responsable de la débâcle de Merrill Lynch, dirige aujourd'hui CIT, un prêteur aux PME. Il a été écarté en janvier 2009, trois mois après que Bank of America, sous pression de l'administration Bush, a racheté Merrill Lynch qui croulait sous les pertes liées aux subprimes (les crédits hypothécaires à risque) et un mois après avoir annoncé 25 000 licenciements.

Charles Prince, qui a dirigé la banque américaine Citigroup entre 2003 et la fin 2007 avant d'être débarqué, opère dans un prestigieux bureau de conseil en management de Washington. Celui qui, en 2007, justifiait les investissements risqués de la banque en proclamant, fine allusion au Titanic"tant qu'il y a de la musique, il faut danser", a pourtant laissé derrière lui un champ de bataille. En novembre 2008, son successeur, Vikram Pandit, annonçait 53 000 licenciements. En février 2009, l'Etat américain prenait 36 % de la banque pour lui éviter le naufrage...

Les cinq ex-plus hauts dirigeants des activités de crédits hypothécaires pourris à l'origine de la faillite de la banque Bear Stearns en mars 2008, qui a précédé celle de Lehman Brothers, se sont tous recyclés... dans le crédit immobilier au sein des plus prestigieuses institutions de Wall Street, affirme la dernière livraison du magazine alternatif Mother Jones.

Quant à Dick Fuld, l'ancien directeur général de Lehman, s'il n'a pas repris un emploi dans un établissement, il a créé sa propre société de conseil en fusions-acquisitions, qui ne manque pas de clients.

UN SI PETIT MONDE

En Europe aussi, les financiers de la crise sont résilients. Johnny Cameron, qui avait coulé la Royal Bank of Scotland, conseille à mi-temps Gleacher Shacklock, firme experte en capital-investissement. Daniel Bouton, à la tête de la Société générale lors du scandale Kerviel, est consultant chez Rothschild, tandis que son ex-bras droit, Jean-Pierre Mustier, est le numéro deux d'Unicredit.

Lire: Des centaines de traders ou d'avocats travaillent encore à la liquidation de Lehman Brothers

Après son départBarclays, dans la foulée du scandale du Libor, Bob Diamond, responsable des dérivés de la banque d'affaires du groupe, a créé son propre fonds d'investissement en Afrique. Peter Wuffli, l'ancien chef d'UBS, est aujourd'hui gestionnaire de patrimoine, tandis que son collaborateur le plus proche, John Costas, a fondé un bureau de conseil.

Et on peut citer dans un autre registre, celui de la crise de l'euro, la promotion à la tête de la compagnie d'assurances maison d'Antigone Loudiadis, la banquière de Goldman Sachs qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes pour rester dans la monnaie unique. Un si petit monde.

"La réputation d'un banquier concerne les autorités, pas les marchés, explique Peter Hahn, professeur à la Cass Business School. Les clients exigent le meilleur élément doté d'un carnet d'adresses étoffé, quel que soit son passé."

L'argument des intéressés est bien rodé. Si les dirigeants sont jugés responsables des agissements de leurs collaborateurs, il leur est néanmoins impossible de tout contrôler, développent-ils. Et puis, ils seraient victimes d'une société qui recherche des boucs émissaires et n'admet pas que les hommes au pouvoir puissent se tromper ou que les accidents arrivent.

Par ailleurs, ces financiers qui ont fait la crise rappellent qu'ils ne sont pas seuls responsables. Et d'accuser les gouvernements, qui ont dérégulé, les régulateurs, qui ont laissé faire, les banques centrales, qui n'ont rien vu venir. Or ces derniers n'ont pas eu de comptes à rendre, arguent les banquiers.

Sans parler de ces ex-ministres qui ont été promus. Ainsi de l'apôtre de la déréglementation, Larry Summers, secrétaire au Trésor de Bill Clinton, conseiller de Barack Obama et aujourd'hui l'un des favoris de la course à la présidence de la Réserve fédérale américaine.

"Je ne voulais pas terminer ma carrière sur un échec, particulièrement aux yeux de ma famille meurtrie par ma déchéance. C'est humain, je voulais sortir du métier par le haut", avoue un banquier de la City qui a rebondi après avoir dû démissionner. D'autres invoquent les coûteux honoraires d'avocats qu'il leur fallait régler dans le cadre de poursuites à leur encontre...

BRACONNIERS

Il ne faut pas mettre tous les banquiers dans le même sac. Bon nombre de braconniers, mêlés de près à l'éclatement de la bulle spéculative pour avoir en leur temps défendu la dérégulation à haute dose, se sont transformés en de redoutables gardes-chasses. La réussite de Gary Gensler, ex-associé de Goldman Sachs, aux commandes du régulateur des marchés de matières premières – la Commodity Futures Trading Commission (voir Le Monde du 30 août) –, de Robert Khuzami, ancien de la Deutsche Bank, passé au gendarme de la Bourse américaine, la Securities and Exchange Commission, ou de Jean-Pierre Jouyet, ancien président de Barclays France, à la direction de l'Autorité des marchés financiers en atteste.

 

Lire : Le système bancaire mondial n'a pas éradiqué tous les risques

 

Tel est aussi le cas de Bill Winters, l'un des animateurs de l'équipe de JPMorgan qui avait inventé les fameux credit default swaps (CDS), ces contrats d'assurance sur une dette qui s'étaient révélés des outils de spéculation funestes. L'Américain a participé à la rédaction du rapport Vickers, au Royaume-Uni, publié en 2011, qui préconise, pour protéger les épargnants des folies des banques d'investissement, la sanctuarisation des activités de détail au sein des conglomérats financiers. 

Des parcours qui restent rares. Car, dans l'ensemble, en cinq ans, la culture bancaire n'a pas beaucoup changé. "La rupture n'a pas eu lieu. Il n'y a pas assez de sang neuf. On a pris les mêmes et on a recommencé", dit un ex-banquier londonien.

La plupart des gestionnaires de patrimoine, des banquiers d'affaires, comme au demeurant des administrateurs censés les superviser, proviennent du même vivier, business schools ou grandes écoles. Le népotisme est de rigueur au sein des hiérarchies comme des conseils de surveillance. Ainsi, le numéro deux de Goldman Sachs, Gary Cohn, est le dauphin attitré de Lloyd Blankfein. Les deux hommes issus du sérail travaillent côte à côte depuis 1981. 

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