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01/10/2013

Budgets sociaux et pressions de l'industrie pharmaceutique

lu sur :

"Une belle entente à trois sur le dos des budgets sociaux"

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 30.09.2013 à 16h06 |Propos recueillis par Sandrine Cabut

Depuis deux ans, le professeur François Chast, pharmacologue, chef du service de pharmacie clinique des hôpitaux universitaires Paris-Centre, a alerté les pouvoirs publics des économies réalisables avec l'Avastin dans la prise en charge de la dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA).

Quelle est votre analyse de ce dossier aujourd'hui ? Je suis scandalisé. En 2012, 400 millions d'euros ont été consacrés au remboursement du Lucentis de Novartis pour le traitement de la DMLA et d'autres maladies de la rétine, alors que l'Avastin Roche, que les pouvoirs publics ont interdit dans ces indications, aurait fait aussi bien pour 10 millions d'euros.

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La Cour des comptes ne le mentionne pas dans son volumineux rapport sur la Sécurité sociale publié le 17 septembre. Pour des raisons incompréhensibles de la part d'un gouvernement censé être sourd aux pressions de l'industriepharmaceutique, la Direction générale de la santé (DGS) a organisé, en juillet 2012, l'enrichissement de deux laboratoires helvètes aux frais de l'Assurance-maladie.

Ces deux firmes sont des géants. Il y a une douzaine d'années, Roche a été reconnu coupable par la Commission européenne d'avoir créé un cartel d'entreprises pharmaceutiques dans le domaine des vitamines et a été condamné pour cela à 462 millions d'euros d'amende. Broutille, puisque ce laboratoire a puacheter et finaliser l'absorption, en 2009, de la firme américaine Genentech pour la somme de 46,8 milliards de dollars (34,5 milliards d'euros).

L'autre géant, Novartis, est également suisse. Selon un accord scellé avec Genentech depuis juin 2003, il dispose d'une licence exclusive pourcommercialiser une fraction d'anticorps (Lucentis) dans le traitement des maladies vasculaires de la rétine (dont la DMLA), alors que l'anticorps complet (Avastin), doté des mêmes propriétés, a été commercialisé par Roche pour traiter des cancers. C'est une belle entente à trois et sur le dos des budgets sociaux puisque la prise en charge est à 100 %.

Les deux molécules sont-elles totalement équivalentes pour traiter les maladies oculaires ? La démonstration de leur similitude d'action en ophtalmologie a été apportée par trois études de haut niveau de preuve : une étude américaine (CATT) publiée avec un recul de deux ans en mai 2012, une étude britannique, plus récente (IVAN) ; et enfin, une étude Française (GEFAL) avec le soutien institutionnel du ministère de la santé. Toutes parviennent à la même conclusion : Avastin et Lucentis se valent, en termes d'efficacité et de tolérance.

Certains soulignent les risques, notamment infectieux, liés au reconditionnement et à la préparation de l'Avastin, qui n'est pas censé être injecté dans l'oeil... Cette notion a été largement diffusée, et ce fut d'ailleurs l'un des arguments de la DGS pour interdire son utilisation. Mais étrangement, les données de pharmacovigilance n'ont jamais été communiquées. A l'Hôtel-Dieu, à Paris, entre 2006 et 2011, nous avons en tout cas traité plus de 3 600 patients avec des injections intra-vitréennes d'Avastin, sans problème d'asepsie ni infection ophtalmique.

De toute façon, l'emploi du Lucentis n'est pas un gage de sécurité en termes d'hygiène : des cas d'endophtalmie ont aussi été décrits avec ce médicament, probablement liés au processus complexe de préparation. Car le Lucentis n'est pas prêt à l'emploi, sa préparation nécessite une série d'opérations, qui devraient être effectuées de façon stérile. En pratique, ces dernières sont souvent réalisées au bloc opératoire ou en consultation, dans un environnement loin de rassemblerles conditions requises pour une préparation stérile.

Au total, les préparations d'Avastin ne sont donc pas moins sûres que celles du Lucentis. Seule la facture n'est pas la même : le Lucentis coûte 900 euros, 36 fois plus cher que l'Avastin (25 euros). Le Lucentis a été le premier poste de dépenses de médicaments en médecine de ville en 2012. Et 2013 sera l'année des records !

Si les comptes sociaux sont vraiment dans le rouge, alors il faut agir, et vite, doncautoriser l'emploi de l'Avastin à partir de préparations stériles effectuées comme on le fait, à l'hôpital, pour des chimiothérapies. Et si l'on peut dépenser encore sans compter, utilisons ces moyens pour recruter du personnel. Lucentis à la place d'Avastin, c'est chaque année l'emploi de 10 000 infirmières !

François Chast n'a pas de lien d'intérêt à signaler.
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