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01/10/2013

Cigarettes : le ministère de l'économie négocie ces prix avec l'industrie du tabac

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/09/30/un-cartel-entre-big-tobacco-et-bercy_3487322_1650684.html

"Un cartel entre Big Tobacco et Bercy"

 LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 30.09.2013 à 15h52 • Mis à jour le 30.09.2013 à 17h45 |

Propos recueillis par Pascale Santi

Si le tabac reste la première cause de mortalité évitable dans les pays développés (73 000 morts par an en France) - dix-huit fois plus que les accidents de la route -, ses coûts sanitaires sont peu connus. Pierre Kopp, professeur d'économie à l'université Panthéon-Sorbonne (Paris-I, Paris School of Economics), nous donne des clés.

Les économistes ont-ils évalué ce que la cigarette électronique pourrait générer comme "économies" sur les coûts de la santé ? 

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Ces travaux seront possibles dès que l'on disposera d'études épidémiologiques sérieuses sur l'impact réel de la cigarette électronique sur l'arrêt du tabac et, par conséquent, sur la mortalité liée au tabagisme. On n'a pas encore suffisamment de recul.

On dit souvent que le tabac fait gagner de l'argent à l'Etat, quel est le coût du tabagisme pour la collectivité ? 

Contrairement aux idées reçues, le tabac ne rapporte pas d'argent à l'Etat. Le tabagisme est en effet un problème de santé publique qui a un coût sanitaire, des coûts directs, comme les dépenses de l'Assurance-maladie pour soigner les maladies directement imputables au tabac (cancer du poumon, maladies cardio-vasculaires...), et des coûts indirects, comme les journées non travaillées en raison des arrêts-maladie et de leur indemnisation. 

Certes, les recettes fiscales sont estimées à environ 15 milliards d'euros chaque année. Mais le tabagisme induit un coût pour la collectivité. Même en ajoutant aux "recettes" de l'Etat la part des retraites non versées du fait de la mort prématurée des personnes (environ 5 milliards), le coût net du tabagisme a représenté en France, en 2005, plus de 47 milliards d'euros, soit 3 % du PIB. Selon mes calculs, cela représente l'équivalent d'un impôt indirect annuel de 772 euros pour chaque concitoyen. De plus, les économies générées par l'arrêt du tabac se reportent sur d'autres dépenses et sur des secteurs plus créateurs d'emplois, alors que l'industrie du tabac n'en crée plus.

Comment sont calculées les augmentations de prix ?

Le ministère de l'économie négocie ces prix avec l'industrie du tabac, qui se comporte comme un cartel. Cette entente entre Bercy et Big Tobacco empêche de fait une réduction de mortalité liée au tabac. Ce alors même que le ministère de la santé ne cesse de dénoncer les méfaits de la cigarette. Le tabagisme étant la première cause de mortalité évitable dans les pays développés.

Le curseur est "habilement" placé afin d'éviter une trop grande baisse de la consommation. En gros, les 28 000 buralistes perçoivent environ 8,5 % du prix du paquet de cigarettes, les fabricants 11 %, le reste allant à l'Etat. Ces hausses de prix profitent à l'industrie du tabac, dominée par quatre géants (Philip Morris International, Imperial Tobacco, British American Tobacco et Japan Tobacco).

Pour mémoire, seules les augmentations répétées (8 % en janvier 2003, 18 % en octobre et 9 % en janvier 2004) avaient eu un impact sur le nombre de fumeurs (les faisant passer de 35 % à 30 %) de 2000 à 2005. Depuis ce chiffre stagne.

Dans ce contexte, comment expliquer que l'Etat n'investisse pas plus dans la lutte contre le tabac ? 

Il est difficile de savoir vraiment ce qui fonctionne ou pas en termes de prévention. En revanche, on sait que la prise en charge à 100 % par l'Assurance-maladie des aides au sevrage tabagique a des effets positifs, comme l'a montré la Grande-Bretagne, mais la France n'a pas choisi cette voie. Même si Marisol Touraine, la ministre de la santé, vient d'annoncer le remboursement des substituts nicotiniques par l'Assurance-maladie à hauteur de 150 euros par an pour les jeunes de 20 à 25 ans - trois fois plus que le forfait actuel - dans le cadre du projet de loi sur le financement de la Sécurité sociale. 

Lire le dossier : "La e-cigarette, substitut idéal ?"

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