Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

15/10/2013

Économie : apologie des circuits courts

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/10/14/le-retour-des-territoires-les-atouts-des-circuits-courts_3495227_3234.html

Le retour des territoires: les atouts des "circuits courts"

LE MONDE | 14.10.2013 à 12h04 |Jean-Louis Guigou (délégué général d'Ipemed)

La mondialisation et la baisse des coûts de transport ont laissé croire que l'on pouvait produire n'importe quoi, n'importe où et avec n'importe qui, à condition de baisser les coûts. Cette stratégie a certes eu des avantages : elle a permis aux pays émergents de décoller. Mais elle a conduit à la désindustrialisation de l'Occident, à l'explosion du chômage, à la bulle financière et, in fine, au retour du populisme.

Le Monde.fr a le plaisir de vous offrir la lecture de cet article habituellement réservé aux abonnés du Monde.fr. Profitez de tous les articles réservés du Monde.fr en vous abonnant à partir de 1€ / mois | Découvrez l'édition abonnés

La globalisation pensait pouvoir ignorer la proximité géographique. La crise lui redonne toute sa vitalité, dans plusieurs domaines.

C'est d'abord la promotion des circuits courts, du fait du renchérissement des coûts de transport mais surtout de la demande croissante de traçabilité des produits. Le véritable contrôle de la qualité ne peut venir que d'un contrôle social, entre des acteurs partageant une culture et une façon de produire.

Ce contrôle social est d'autant plus aisé que les territoires sont compacts. Faire signer une charte qualité à un sous-traitant lointain est plus aléatoire que de produire avec des partenaires que l'on connaît.

DE SÉRIEUX PROGRÈS À RÉALISER

C'est ensuite le rôle croissant des territoires. Dans tous les pays, on assiste à un intérêt soutenu pour la décentralisation, afin de promouvoir des territoires organisés et attractifs qui facilitent les interactions entre les acteurs.

Or, la France sait non seulement produire de tels territoires, mais elle sait, en quelque sorte, les exporter, avec ses industries de réseau (eau, assainissement, transports...), son ingénierie et ses partenariats entre le public et le privé. Pour autant, nous avons de sérieux progrès à réaliser pour passer d'une approche administrative de la décentralisation des compétences à une approche économique de l'organisation des territoires.

Il est impératif pour chaque pays de maintenir à un haut niveau l'innovation technologique, ce que les pôles de compétitivité et les interactions entre les universités et les entreprises peuvent nourrir à travers des "clusters" (l'Italie des "districts industriels" y est bien parvenue) ; à travers des spécialisations productives locales bien identifiées et valorisées.

L'innovation se répand mondialement mais se génère localement, engendrée par une concentration d'économies externes et une spécialisation des territoires.

 CRÉATION D'EMPLOIS NON DÉLOCALISABLES

C'est enfin la création d'emplois non délocalisables : à travers le tourisme, qui valorise la richesse géographique et culturelle de la France ; à travers la vocation agroalimentaire et culinaire française, que le monde nous envie ; à travers le savoir-faire des petites et moyennes entreprises et des acteurs locaux. A travers, enfin, le recyclage, grâce auquel ce qui était consommé redevient la base d'une production innovante et économe – et surtout locale, plutôt qu'effectuée en Asie.

Au total, la proximité et les territoires sont les ingrédients indispensables à la réindustrialisation de notre économie. Une économie décentralisée et productive, participative et anticipative, et non pas ce capitalisme financier, court-termiste, globalisé, sans régulation et spéculatif. L'Allemagne a non seulement su mettre ce "capitalisme rhénan" en oeuvre chez elle, mais elle a su aussi le déployer en Europe centrale et orientale. C'est l'organisation de son territoire et de son voisinage qui font, en grande partie, le succès de l'économie allemande dans le monde.

Car ce que l'Allemagne démontre, c'est que cette proximité doit aussi se comprendre à l'échelle internationale des "voisinages". En effet, chaque pays doit plus que jamais à la fois maîtriser les coûts de production et accroître la qualité et l'innovation. Le voisinage est une réponse à cette équation complexe : la "coproduction" entre un pays industrialisé et un pays voisin émergent, comme la région euroméditerranéenne en offre déjà de multiples exemples, apparaît un bien meilleur risque que l'aventure du grand large.

Produire en Chine est de plus en plus périlleux, avec des coûts de production et environnementaux qui ne cessent de croître, et un contrôle de la qualité impossible.

PROXIMITÉ NE VEUT PAS DIRE REPLI

On l'aura compris, proximité ne veut pas dire repli localiste, mais signifie plutôt des interactions nombreuses, facilitées par des territoires et des hommes partageant un projet commun.

L'initiative conjointe de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), intitulée "Mesurer le commerce en valeur ajoutée", a montré que, pour exporter, il faut d'abord importer (des matières premières, des sous-ensembles et des biens intermédiaires) dans le cadre d'un partage de la chaîne de valeur.

Il y a vingt ans, les exportations comportaient 20 % de biens importés. Aujourd'hui, la proportion est de 40 %. Dans vingt ans, elle sera de 60 %. Cela implique de choisir ses partenaires internationaux dans une proximité géographique et culturelle qui devient stratégique. La France a la chance de disposer, sur sa frontière sud, des pays partenaires francophones et émergents, aujourd'hui en Afrique du Nord, demain dans toute l'Afrique.

La chute du mur de Berlin devait marquer "la fin de l'histoire". Il n'en est rien ! La mondialisation devait marquer la "fin de la géographie" et le déclin des territoires. C'est le contraire qui se produit.

Les commentaires sont fermés.