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14/11/2013

Le Cambodge, personne n'en parle ...

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/11/13/au-cambodge-la-revolte-des-ouvrieres-du-textile-s-ete_3512849_3234.html

Au Cambodge, la révolte des ouvrières du textile s'étend 

LE MONDE | 13.11.2013 à 11h52 |Par Nicole Vulser

Une femme a été tuée par balles mardi 12 novembre à Phnom Penh (Cambodge), en marge d'affrontements avec la police, à la suite d'une manifestation d'ouvriers du textile, qui réclamaient une revalorisation de leurs salaires et de meilleures conditions de travail. Cette femme n'était en rien liée à cet événement : elle vendait du riz sur le bord de la route.

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Huit manifestants ont également été blessés. Pour empêcher un millier d'ouvriers de la société singapourienne SL Garment Processing - qui travaille notamment pour Gap et H & M - de marcher en direction de la résidence du premier ministre Hun Sen, les policiers anti-émeute ont utilisé des balles réelles. Ils ont roué de coups les manifestants qui avaient incendié un véhicule de police et plusieurs motos. Une trentaine de personnes ont été arrêtées.

La violence de cette répression est lourdement condamnée par les ONG comme le Cambodian Center for Human Rights. Toutefois, les tensions sociales ne s'apaisent guère dans ce secteur qui pesait, selon l'Organisation internationale du travail (OIT), 5,3 milliards de dollars (3,9 milliards d'euros) en 2012, dans la balance commerciale à l'export du pays.

Quelque 615 000 travailleurs - très majoritairement des femmes - sont employés dans cette filière, toujours selon l'OIT, qui rappelle que seul les secteurs du textile et de la fabrication des chaussures bénéficient, dans ce pays, d'un salaire minimum mensuel.

Dans une usine textile de Phnom Penh, au Cambodge.

Celui-ci, très insuffisant pour pouvoir vivre décemment, a été récemment porté de 61 à 80 dollars (45,3 à 59,5 euros) par mois, à la suite de négociations annuelles tripartites entre les syndicats, les employeurs et les représentants de l'Etat. Les syndicats exigeaient 150 dollars pour permettre aux ouvriers de se loger, de senourrir et de subvenir à l'éducation des enfants.

DES PRODUITS TRÈS NOCIFS

Selon l'ONG Clean Clothes Campaign, bon nombre d'ouvrières qui doiventsubvenir aux besoins de leurs familles se sacrifient et font l'impasse sur leur propre nourriture. C'est la raison pour laquelle en 2012, plus de 2 400 ouvrières se sont évanouies d'épuisement dans les usines textiles où elles travaillent jusqu'à quinze heures par jour et parfois sept jours sur sept. A ces cadences, s'ajoutent des conditions de travail parfois effrayantes, comme l'exposition à des produits chimiques très nocifs.

L'inspection du travail est quasiment inexistante. Dans une étude publiée en juillet, l'OIT soulignait une détérioration des conditions de travail des ouvriers cambodgiens depuis deux ans, après une amélioration tangible entre 2005 et 2011. L'organisation notait que le pays avait échoué à faire des progrès dans la sécurité, la prévention des incendies et le travail des enfants. Dans plus d'une dizaine d'usines, des doutes sérieux avaient été émis sur le recours à des très jeunes filles.

La majorité des usines textiles reste détenue par des capitaux chinois, souligne le service économique de l'ambassade de France à Phnom Penh. Les principaux donneurs d'ordre sont les mastodontes de la mode mondiale : Gap, Levi's, Zara et H & M. Ce géant suédois, « d'un cynisme désastreux », a, selon l'ONG Collectif Ethique sur l'étiquette (ESE), justifié ces multiples évanouissements d'ouvrières par « un phénomène d'hystérie de masse ».

Redoutant de faire fuir les investisseurs dans des pays dans lesquels la main-d'oeuvre est encore moins chère, notamment au Bangladesh ou en Birmanie, les pouvoirs publics cambodgiens font tout pour ne pas trop augmenter les salaires. C'est « l'une des excuses les plus avancées par les marques pour ne pas payerun salaire vital », assure le collectif ESE. Il rappelle que le coût de la main-d'oeuvre ne représente que 1 à 3 % du prix de vente d'un vêtement.

La grogne sociale s'intensifie depuis des mois. Cet été, les 4 000 ouvriers de SL Garment Processing avaient déjà défilé pour marquer leur mécontentement après la visite d'un inspecteur flanqué de policiers armés. Une mesure que les syndicats jugeaient destinée à intimider les travailleurs.

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