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15/12/2013

La Lune comme indicateur de la puissance technologique

lu sur :

www.lemonde.fr/.../retour-sur-la-lune_3523974_1650684.html

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 02.12.2013 à 15h44 • Mis à jour le 14.12.2013 à 23h26 |Par Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)
Pour la première fois en trente-sept ans, c'est-à-dire depuis la sonde soviétique Luna 24 en 1976, un engin venu de Terre a aluni. Il s’appelle Chang'e 3, déesse de la Lune, et est chinois. La sonde lunaire a été lancée avec succès le 1er décembre et s'est posée le 14 décembre sur une plaine de lave basaltique lunaire.

Le rover de 120 kilogrammes à six roues, baptisé Yutu (« le lapin de jade »), chargé d'enregistrer toutes sortes de données physiques et visuelles, a été déployé sur la Lune plusieurs heures après l'alunissage de la sonde spatiale Chang'e-3. L’astromobile y évoluera pendant trois mois sur une surface de près de cinq kilomètres carrés. Il est doté de sept instruments scientifiques, dont un radar pour analyser le sous-sol, de caméras ainsi que d’un télescope pour observer le cosmos depuis la Lune.

Le premier rover à avoir roulé en 1970 sur le sol lunaire, Lunakhod 1, était soviétique. Au cours des dernières décennies, plusieurs pays en Asie – l'Inde, le Japon et la Chine – ont envoyé des sondes s’écraser sur la Lune.

Avec Chang'e 3, la Chine reprend toutefois le relais de l’exploration lunaire et, surtout, franchit une étape-clé de sa marche vers la Lune : d’ici à 2020, le pays, qui a envoyé à cinq reprises des hommes dans l’espace depuis 2003 et a mis en orbite une mini-station spatiale habitable en 2012, devrait en principe maîtriser toute la séquence technologique qui permettra de faire séjourner des taïkonautes sur l’astre des nuits et de les ramener sur Terre.

Lire aussi :  « Les Chinois ont la volonté de résider sur la Lune »

Deux sondes avaient été préalablement envoyées en orbite lunaire par les Chinois pour reconnaître le terrain en 2007 et 2010 et choisir une région encore inconnue de la Lune. Ce premier atterrissage lunaire, a rappelé le directeur adjoint du programme lunaire chinois Li Zhengben, quelques jours avant le lancement, « comporte des risques » : 80 % des technologies de la mission Chang'e 3 seraient « nouvelles » par rapport au reste du programme spatial chinois.

« Ce genre de mission a un double objectif : scientifique, puisqu'il s'agira de recueillir toutes sortes de données et d'explorer la zone autour de l'atterrisseur, explique Philippe Coué, un expert français qui a consacré plusieurs ouvrages à l’aventure chinoise dans l’espace. Mais surtout technologique, car il s’agit pour les Chinois de valider des technologies qui leur serviront plus tard, comme la navigation du rover, l’utilisation d’un bras télémanipulateur, ou encore le moteur à poussée variable de l’atterrisseur. » Il poursuit : « A partir du moment où l’on sait se poser, se mettre en orbite, revenir, on a toute la séquence. Après, c’est le vol habité. »

A terme, la Chine envisage de créer une base lunaire, tout en continuant son programme de station orbitale. C’est le seul pays au monde à être engagé à ce jour dans un programme aussi ambitieux et aussi complet. Le pari est osé, mais rien n’interdit à la Chine, soulignent les observateurs, d’ouvrir plus tard ses programmes à des participants étrangers : elle attirera de nouveaux financements, tout en gardant la tutelle.

Brice Pedroletti (Pékin, correspondant) 

Journaliste au Monde

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Lire aussi : L’Inde, tous azimuts dans la conquête spatiale

Le Monde | 02.12.2013 à 15h46 • Mis à jour le 02.12.2013 à 17h19 |Julien Bouissou (New Delhi, correspondance)

Le 5 novembre, la veille du lancement de la première mission spatiale indienne sur mars, le directeur de l’ISRO, l’agence spatiale indienne, a pris soin de déposer une maquette du satellite dans le temple de Tirupati afin d’obtenir la protection des dieux. Il faut dire que la mission est périlleuse. C’est sa deuxième dans l’« espace lointain », quelques années après avoir lancé une sonde en orbite lunaire qui s’est soldée par un succès en demi-teinte puisqu’elle a disparu des écrans de contrôle au bout d’un an seulement.

Le pari est d’autant plus risqué que la mission a dû être préparée en un temps record – quinze mois, contre trente-six à quarante-huit pour des missions similaires de l’Agence spatiale européenne ou de la NASA – et que le taux d’échec des missions sur mars se situe aux alentours de 60 %.

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Le pays ne disposant pas d’un lanceur assez puissant pour envoyer directement la sonde sur la Planète rouge, cette dernière a d’abord été posée en orbite terrestre, où elle doit prendre de la vitesse avant de rejoindre Mars, pour une arrivée prévue en septembre 2014.

Pourquoi l’Inde veut-elle à tout prix explorer Mars ? Les premiers arguments sont scientifiques. « La mission va nous aider à détecter ou non la présence de méthane sur Mars », explique Mayank N. Vahia, professeur au département d’astronomie et d’astrophysique du Tata Institute of Fundamental Research à Bombay. La sonde Mangalyaan embarque cinq instruments, dont un photomètre pour mieux comprendre la manière dont l’eau s’évapore à la surface de la planète, un spectromètre de masse pour analyser la composition des particules de l’atmosphère et un détecteur de méthane.

TROP AMBITIEUSE

« Mais cette mission est avant tout technologique, plutôt que scientifique », tempère Francis Rocard, responsable des programmes d’exploration du système solaire au Centre national d’études spatiales (CNES). Il s’agit pour l’agence spatiale indienne de tester les technologies qu’elle a mises au point pour cette mission, comme les instruments de communication ou l’autonomie de la sonde.

Dans une tribune publiée dans The Indian Express, Amitabha Ghosh, scientifique à la NASA, craint toutefois que l’Inde, à vouloir être trop ambitieuse, brûle les étapes de sa conquête spatiale. D’autres chantiers sont en cours, comme l’exploration lunaire ou la mise au point de lanceurs géostationnaires plus puissants, et ils sont loin d’avoir tous abouti. En s’éparpillant dans de multiples programmes, l’agence risque de seulement répéter les expériences menées par les autres puissances spatiales depuis des décennies. Or « l’Inde doit tracer sa propre et unique trajectoire avec des découvertes de premier plan qui laisseront une marque dans la technologie et la science spatiales », insiste Amitabha Ghosh.

La mission sur Mars est au moins autant diplomatique que scientifique. Il y avait là une belle opportunité à saisir pour l’Inde. Quelques mois avant que l’ISRO dévoile sa mission, la Chine venait d’échouer à lancer une sonde en orbite de Mars, quelques années après l’échec du Japon. Si la mission Mangalyaan est un succès, l’Inde pourrait devenir le premier pays asiatique à réussir sa conquête de Mars.

Des voix se sont élevées en Inde pour critiquer ces ambitions coûteuses pour le pays, alors que 32 % de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour. L’ISRO leur rétorque que le budget de lancement de Mangalyaan est l’un des plus bas au monde. Certains observateurs en ont profité pour célébrer le jugaad (« l’innovation à moindre coût »), grâce notamment aux tests effectués, beaucoup moins nombreux qu’en Europe ou aux Etats-Unis. « On ne construit pas un satellite comme une voiture. Dans le spatial, c’est davantage le cahier des charges scientifique ou technologique que la réduction des coûts qui guide un programme », nuance Francis Rocard. L’ISRO bénéficie surtout des bas salaires de ses ingénieurs et peut compter sur un budget en constante progression. Mais avec 1,1 milliard de dollars, il reste toutefois loin des 17 milliards de dollars des Etats-Unis.

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