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18/12/2013

La couleur du caméléon comme moyen de communiquer entre individus

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www.lemonde.fr/sciences/article/2013/12/16/le-cameleon...

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 16.12.2013 à 17h16 • Mis à jour le 17.12.2013 à 09h25 |Hervé Morin

La formidable capacité du caméléon à changer de couleur lui sert, pense-t-on souvent, à se fondre dans le paysage. Bien utile pour échapper aux prédateurs et gober les mouches d’un coup de langue foudroyant. Pourtant, la fonction première de ce transformisme n’est sans doute pas le mimétisme, mais une modalité de communication entre congénères.

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C’est l’hypothèse qu’ont voulu tester Russell Ligon et Kevin McGraw, de l’université de l’Arizona, en s’armant des dernières avancées techniques en traitement de l’image. Les deux chercheurs estiment avoir mis en évidence cette fonction de communication au cours de rencontres forcées entre mâles de l’espèce Chamaeleo calyptratus, lesquels sont naturellement assez portés à s’affronter.

LA MOTIVATION POUR SE BATTRE, LA CAPACITÉ À L’EMPORTER

Comme ils l’expliquent dans la revue Biology Letters du 12 décembre, la livrée portée par le caméléon permet même de prédire son comportement : ceux qui, en début de rencontre, exhibaient des rayures plus colorées sur le corps étaient plus susceptibles de s’approcher de leur adversaire, et ceux qui montraient ensuite une pigmentation plus brillante et plus changeante sur la tête étaient eux-mêmes plus souvent les vainqueurs de la confrontation. Les ternes cédant le terrain.

Selon les chercheurs, ces corrélations entre la coloration et le comportement des caméléons suggèrent que ces différents changements de coloris peuvent servir à communiquer des informations de nature différente, à savoir la motivation pour se battre, et la capacité à l’emporter. Ils notent que dans la première phase d’approche, celle où les deux opposants se jaugent du regard, ils se présentent de côté, de façon à ce que chacun puisse voir les stries qui couvrent le corps de l’adversaire. L’affrontement peut s’arrêter là, mais les individus les plus chamarrés se contentent rarement de ce round d’observation. Ce qui conduit à la seconde phase, un tête-à-tête plus agressif où les signaux visuels changeants se concentrent logiquement sur la face des combattants.

« PROCESSUS PHYSIOLOGIQUES »

« Une explication possible du lien entre le niveau de changement de couleur et l’habileté au combat est que l’expression de couleurs vives et changeant rapidement dépend de processus physiologiques – le statut hormonal et les réserves énergétiques – eux-mêmes associés à la capacité à bien combattre », indiquent les chercheurs. Ivan Ineich, herpétologue au Muséum national d’histoire naturelle à Paris, partage cette analyse : « Chez de nombreux lézards, pas seulement chez les caméléons, une coloration vive reflète un bon état de santé. Des études ont montré qu’elle était directement corrélée à un bon niveau immunitaire. Les femelles d’ailleurs ne s’y trompent pas en préférant ces individus pour s’accoupler. »

Le changement de coloration est un processus actif, qui dépend de la mobilisation de plusieurs populations cellulaires situées sous l’épiderme transparent, ainsi que l’indique la vétérinaire Fany Junius-Bourdain dans sa thèse consacrée à l’animal (2006). Il y a d’abord les iridocytes superficielles qui, selon leur conformation spatiale, absorbent ou non les rayons lumineux, masquant plus ou moins les chromatophores, des cellules pigmentées sous-jacentes capables de réfléchir, selon leur type, les portions jaunes, bleues ou rouges du spectre lumineux. En dessous, les mélanophores sont responsables des teintes plus sombres. La contraction de ces différentes cellules module les couleurs de l’animal. Les mâles dominants semblent bien les mieux armés pour jouer des chatoiements de cette palette.

09:56 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (0)

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