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02/02/2014

Les dérives du mandarinat en recherche scientifique : un exemple avec la trisomie 21

lu sur :

www.lemonde.fr/societe/article/2014/02/01/la-vieille...

LE MONDE | 01.02.2014 à 11h32 • Mis à jour le 02.02.2014 à 11h39 |Par Nicolas Chevassus-au-Louis

Qui a découvert, en 1959, l'anomalie chromosomique responsable de la trisomie 21 ? Cette question vient de provoquer l'annulation, sous pression d'huissiers, d'une communication scientifique prévue aux Assises de la génétique médicale et humaine qui se tenaient à Bordeaux.

Marthe Gautier, 88 ans, devait prononcer le 31 janvier une conférence intitulée « Découverte de la trisomie 21 ». Et recevoir, par la même occasion, le grand prix de la Société française de génétique humaine, pour sa participation à cette première mise en évidence d'une cause génétique d'un retard mental. Mais le matin même, deux huissiers se présentent, porteurs d'une ordonnance du tribunal de grande instance de Bordeaux les autorisant à enregistrer le congrès. Ils sont mandatés par la fondation Jérome Lejeune, du nom du médecin et généticien décédé en 1994, également connu pour sa croisade contre la contraception et l'avortement.

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Panique chez les organisateurs du congrès, qui décident d'annuler la communication de Marthe Gautier, tout en lui remettant en catimini son prix. « On ne peut pas tenir un congrès scientifique sans liberté de parole, et on ne pouvait pas faire autrement que d'annuler la communication, dès lors qu'elle se tenait sous la pression des huissiers », explique un des participants, qui se dit, très choqué de cette irruption.

Pour Antoine Beauquier, avocat de la fondation, « du vivant de Jérôme Lejeune, jamais madame Gautier n'a prétendu avoir découvert la trisomie 21 à sa place. Elle semble vouloir le faire à présent. La Fondation et la famille du professeur Lejeune ne peuvent que le déplorer et sont légitimes à défendre l'honneur du généticien et sa découverte reconnue par la communauté scientifique ».

DIFFAMATION

Il ajoute : « le comportement de madame Gautier est pour le moins incompréhensible alors même que le professeur Lejeune a toujours été attentif à rappeler qu'il s'agissait d'un travail d'équipe auquel avaient été associés le professeur Turpin et madame Gautier. »

Les huissiers n'auraient ainsi été diligentés que pour fournir des preuves en prévision d'éventuelles poursuites en diffamation au cas où Marthe Gautier se déclare seule découvreuse de la trisomie 21. Etrange procès d'intention, alors que la chercheuse se contente, depuis quelques années, de rappeler qu'elle a mené, seule, le travail expérimental qui a abouti à l'identification du chromosome surnuméraire… bien que l'article de 1959 l'annonçant à l'Académie de médecine ait été signé en premier auteur par Jérôme Lejeune.

En 1996, les ayants droits de Raymond Turpin, le troisième coauteur de la publication de 1959, avaient déjà enjoint la fondation Jérome Lejeune de cesser de faire de celui dont elle porte le nom le seul découvreur de cette maladie génétique. En vain : il apparaît toujours comme « le découvreur de la trisomie 21 » sur le site de la fondation.

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mon commentaire :

Ce genre de comportement d'appropriation de la paternité des découvertes scientifiques dans les laboratoires  de recherche est courant. Il faut savoir que les directeurs de tels laboratoires sont avant tout des "mandarins", a fortiori dans le domaine médical. (voir wikipedia : Le mandarinat est le pouvoir important, ou excessif, détenu par certains professeurs d'université.)

Un directeur de laboratoire de recherche public est avant tout un gestionnaire chargé des relations avec l'administration de tutelle. Dans le meilleur des cas, il peut aussi orienter les efforts et les moyens matériels du laboratoire qu'il dirige vers tel ou tel sujet de recherche et y participer intellectuellement. Moyennant quoi il signe tous les articles sortant de "son" laboratoire. Ce qui peut entraîner des conflits de paternité des découvertes, car la "découverte" est le fait de celui ou celle qui a eu l'idée première et l'a menée à bien sur le plan expérimental, ce qui n'est jamais le cas du directeur de laboratoire qui ne travaille pas "à la paillasse".

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Lire aussi : Feu vert à un dépistage génétique de la trisomie 21

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