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27/02/2014

Apartheid en Palestine : bulldozers en action

lu sur le site du Monde :

La lutte inégale des Bédouins contre les bulldozers israéliens en Cisjordanie

LE MONDE | 27.02.2014 à 12h18 • Mis à jour le 27.02.2014 à 13h21 |Laurent Zecchini (Tubas, Cisjordanie, envoyé spécial)

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Ce 30 janvier, il était 6 h 30 du matin lorsqu'une quinzaine de véhicules de l'administration civile et de l'armée israélienne sont arrivés sur le lieu-dit de Khirbet Um al-Jamal, situé à une douzaine de kilomètres à l'est de Tubas. Il n'y a eu aucune discussion, pas de violence physique non plus : deux bulldozers sont entrés en action, et moins de deux heures plus tard, le campement était rasé. En pleurs, les femmes et les enfants ont assisté au spectacle des tentes déchiquetées, de leurs maigres possessions écrasées. Les soldats, qui avaient sorti au préalable quelques matelas, les ont empêchés de s'approcher.

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Tel est le lot des Bédouins palestiniens installés dans la vallée du Jourdain, région située dans la « zone C », cette partie du territoire palestinien qui recouvre 61 % de la Cisjordanie occupée et où Israël exerce un contrôle total.

« Que pouvions-nous faire contre la force militaire ? », s'interroge le berger Mahmoud Kaabneh. Il n'y a nulle trace de colère chez ce Bédouin palestinien, juste du fatalisme :« Bien sûr que nous allons reconstruire, et que les soldats reviendront, mais quel autre choix avons-nous ? » Le soir de ce traumatisme familial, Mahmoud, sa femme et leurs dix enfants ont dormi dans un grand réservoir d'eau en plastique, et ils ont allumé un feu pour se réchauffer. Les jours suivants, ils ont été hébergés sous les tentes de l'oncle de Mahmoud, Salman Kaabneh.

VIE PRÉCAIRE

Entourés d'une ribambelle d'enfants aux joues rouges, les deux hommes racontent leur vie précaire, la possibilité d'une arrivée inopinée de véhicules militaires, leur détermination à ne rien changer à leur mode de vie. De temps en temps, quand la vente de fromage et de lait ne suffit plus, Mahmoud Kaabneh vend un mouton, dont il obtient entre 500 et 1 000 shekels (100 à 200 euros). Parfois aussi, les colons établis dans les implantations voisines de Maskiot et Rotem lui volent une bête, en toute impunité. Mahmoud a une dette de 30 000 shekels auprès du fournisseur de fourrage et il sait que la sécheresse persistante en Israël annonce des jours difficiles.

Dix jours se sont écoulés, et rien n'a changé à Khirbet Um al-Jamal : des bâches de plastique déchiquetées, des bidons éventrés, des poutrelles tordues, des vêtements, des gravats… comme si une tornade était passée. Mahmoud Kaabneh a été prévenu que de nouvelles tentes l'attendaient chez le gouverneur de Tubas, fournies par l'Autorité palestinienne, mais il ne veut pas aller les chercher : « J'attends d'être sûr que l'armée ne va pas revenir », explique-t-il.

A peu de distance, une autre partie du campement est intacte : « C'est qu'ils n'ont pas encore reçu d'ordre de démolition », explique Mahmoud, qui avait reçu une telle notification il y a un an. C'est un différend immuable : l'Etat israélien ne reconnaissant pas la validité des titres de propriété (quand ils existent), les habitations sont illégales. Le 30 janvier, 66 personnes, dont 36 enfants, la plupart du clan Kaabneh, ont perdu leur abri. Mais les autres familles installées sur le site, les Makhamreh et les Daraghmeh, savent que leur tour viendra.

Et le calendrier des négociations israélo-palestiniennes, qui doivent s'achever, en principe, fin avril, n'arrange rien. La question de la souveraineté dans la vallée du Jourdain est devenue l'un des dossiers les plus sensibles du processus de paix.

Israël exige d'y maintenir une présence militaire pendant de nombreuses années, afin que la région devienne une zone tampon, pour sa propre sécurité. Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, a récemment indiqué que, dans le cadre de la création d'un Etat palestinien, il était prêt à accepter que des troupes de l'OTAN y soient stationnées indéfiniment. Réponse de Benyamin Nétanyahou : pas question. Le premier ministre israélien a d'ailleurs confirmé qu'il n'avait aucune intention de démanteler les colonies israéliennes.

Dans l'immédiat, la priorité du gouvernement israélien est de pérenniser la situation sur le terrain, ce qui passe par l'éviction du maximum de Palestiniens de la vallée. Selon les chiffres des Nations unies, les démolitions sont passées de 172 en 2012 à 390 en 2013, tandis que le nombre de personnes déplacées progressait de 279 à 590 sur la même période (plus d'un millier sur l'ensemble de la zone C).

Parallèlement, l'armée ne laisse plus aucune marge de manœuvre aux manifestations de solidarité en faveur des populations palestiniennes concernées. Le 7 février, elle a démantelé un camp de quelque 300 militants palestiniens, israéliens et étrangers, installé près de Jéricho.

« ÉCHEC ANNONCÉ »

Le Palestinien Mustafa Barghouti, l'un des principaux chefs de file de l'« Intifada blanche » (la résistance non violente), faisait partie des protestataires. Nous le rencontrons le lendemain au nord de Jéricho, sa voiture arrêtée depuis des heures devant un check-point. Son signalement a été diffusé à tous les détachements militaires de la région : pas question de le laisser passer pour aller apporter de l'aide aux habitants de campements qui ont subi le même sort que celui de Mahmoud Kaabneh.

Ancien candidat à l'élection présidentielle palestinienne de 2005, Mustafa Barghouti n'a aucune illusion sur le sort des négociations en cours avec les Israéliens : « C'est un échec annoncé ; aucun compromis n'est possible avec ce gouvernement de colons. Ce que fait Israël dans la vallée du Jourdain, affirme-t-il, s'apparente à du nettoyage ethnique. L'Etat palestinien, s'il voit le jour, sera un bantoustan, pas un Etat souverain. » Le Palestinien prépare déjà la prochaine manifestation de protestation contre l'extension de la mainmise militaire sur la vallée du Jourdain.

Mais l'action humanitaire en faveur des populations bédouines de la région devient difficile. Début février, le Comité international de la Croix-Rouge a annoncé qu'il ne fournira plus de tentes aux populations locales victimes de la répression militaire, dès lors que celles-ci sont systématiquement confisquées ou détruites par l'armée israélienne.

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